COP29 et échecs des sommets climatiques : à quoi faut-il s’attendre à Bakou ?

Article : COP29 et échecs des sommets climatiques : à quoi faut-il s’attendre à Bakou ?
Crédit: AP - Sergei Grits
31 octobre 2024

COP29 et échecs des sommets climatiques : à quoi faut-il s’attendre à Bakou ?

Cette année, la COP29 a lieu en Azerbaïdjan du 11 au 22 novembre, sur fond de souvenirs plutôt décevants des précédentes COP et plus largement des sommets sur le climat.

Depuis 1995, les 197 signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) se réunissent annuellement pour discuter des grandes orientations mondiales lors de la Conférence des Parties (COP). Cette année, c’est à Bakou, la capitale d’Azerbaïdjan, que la 29ᵉ Conférence des Parties a lieu. Face aux échecs successifs des sommets climatiques, à quoi faut-il s’attendre cette fois ? En réalité, les conclusions décevantes des COP passées donnent quelques indices.

Des engagements non contraignants

Il s’agit ici d’un écueil qui saute aux yeux à chaque fois qu’on aborde le bilan des COP : le caractère inopérant, réversible et évasif des décisions qui en découlent. 

À l’instar des grands sommets internationaux sur l’environnement, les COP aboutissent souvent à des annonces géantes aux pieds d’argile. C’est comme si l’un des gros points d’attention des dirigeants mondiaux lorsqu’ils se décident à prendre une décision sur le climat, c’est de s’assurer du caractère non contraignant de la décision. 

Ces derniers peuvent, au gré des alternances politiques locales, tourner casaque en ne jouant pas le jeu concernant les engagements climatiques pris collectivement, au mépris des conséquences à l’autre bout du monde.

En 2015, les États ont par exemple signé trois accords majeurs que quasiment personne ne respecte aujourd’hui : l’accord de Paris sur le climat, les 17 objectifs de développement durable à New York, le partenariat pour le financement du développement à Addis-Abeba, en Éthiopie. Quelque temps après : les États-Unis vont sortir de l’accord de Paris après l’élection de Donald Trump et la Chine continue d’investir dans sa dépendance aux sources d’énergie polluantes. Pareil pour les promesses d’appui financier aux pays vulnérables entre 2009 et 2020 : une fois l’objectif annoncé, les pays riches pollueurs ont longtemps trainé les pas pour respecter cet engagement.

Les postures politiciennes entretiennent l’inaction climatique sur chaque sujet à l’ordre du jour à la COP. Or, quand un problème devient politique, on peut être sûr qu’il ne sera pas résolu de si tôt. Et quand il devient économique, on peut déjà passer au sujet suivant.

La COP28 à Dubaï a permis de voir en gros plan cette réalité. On avait à la même table : d’un côté les gros pollueurs du monde de l’énergie qui n’ont pas intérêt à arrêter de polluer, encore moins à se laisser dicter un rythme de sortie des énergies fossiles et de l’autre, les pays pauvres qui subissent tout en restant accrochés aux éventuelles mesures compensatoires des pays riches. 

La COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan (et peut-être aussi la COP30) risque de reproduire le même tableau.

Une COP en Azerbaïdjan : encore un hôte critiquable

Le choix du pays hôte rappelle le boycott de la COP28 à Dubaï, dans une région où les habitants sont loin d’être bons élèves en matière d’écologie. 

Depuis son annonce, le choix de l’Azerbaïdjan fait aussi grincer des dents. C’est un pays où on ne connait pas les concepts de démocratie, de diversité, d’inclusion, de liberté de la presse, de liberté… Sachant que les rendez-vous climatiques sont les meilleures occasions pour les activistes et la société civile d’amplifier leurs actions par des manifestations, c’est assez contre-intuitif. Pour preuve, l’ONG Freedom House a accordé la note de 7/100 à l’Azerbaïdjan sur l’échelle de mesure du niveau de liberté dans le pays. La question climatique est pourtant aussi une question de justice.

Même en ligne, la répression semble forte : 34/100 comme note en termes d’indicateur de liberté d’expression sur les réseaux sociaux par exemple. Ce pays est présenté comme autoritaire et dictatorial selon plusieurs ONG. Le président est au pouvoir depuis 2003, a succédé à son père et s’inscrit dans la droite ligne d’un pouvoir exercé depuis plus de 50 ans par la même caste. Toutes les manifestations pour dénoncer quoi que ce soit ne sont pas les bienvenues, y compris les manifestations climatiques.

De ce fait, certains observateurs parlent de greenwashing. La COP29 permettra au pays de se refaire une santé médiatique alors qu’il fait partie du problème. Plusieurs sujets sont d’emblée voués à être abordés de façon superficielle, comme lors de la COP28 à Dubaï, comme la question de la transition énergétique.

À part vouloir soigner le mal par le mal, qu’est-ce qui peut bien justifier une COP dans ces conditions ? En même temps, si on commence à lister les pays infréquentables, la liste des redflags sera longue.

NCQG : retour du sujet de la réparation par le levier financier

Les inondations au Pakistan de 2022 ont coûté 40 milliards de dollars de pertes et dommages. Mais lors de la COP28 à Dubaï l’année dernière, le monde entier applaudissait l’effort de 700 millions de dollars levés timidement par les gros pollueurs pour aider les pays vulnérables. Le gap est énorme. 

En Afrique, plus de 700 000 personnes ont subi la violence des épisodes climatiques extrêmes en 2024. Surtout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale où plusieurs dizaines de décès ont été enregistrés. Aucun prix ne vaut toutes ces vies arrachées à cause du dérèglement climatique.

Pire, le changement climatique pourrait entraîner d´ici 2050, autour de 250 000 décès supplémentaires par an, selon l’OMS.

Malgré ce triste tableau, les pays pollueurs ne répondent presque jamais spontanément à l’appel de la solidarité internationale. Ils s’étaient engagés à Copenhague en 2009, à fournir 100 milliards de dollars (là où les pays africains espéraient 400) par an jusqu’en 2020, afin de compenser les pertes et dommages causés à l’autre bout du monde. Cet objectif n’a jamais comblé les espoirs suscités lors de son adoption.

Malgré ce bilan mitigé, un nouvel accord (NCQG) devrait émerger lors de la COP29 à Azerbaïdjan sur le financement climatique, avec un appel significatif au secteur privé. Le NCQG, pour dire « New Collective Quantified Goal » ou Nouvel objectif Collectif Quantifié, vise à actualiser le principe de réparation des pertes et dommages. Mais sérieusement : qui croit à l’idée de régler la pollution climatique à coup de compensation par des milliards, sans jamais s’arrêter de polluer ?

Ce sujet de la réparation des pertes et dommages, qui COP après COP, a transformé les délégations des pays vulnérables dont les pays africains en mendiants climatiques, sera le point central de la COP29. 

La réunion préparatoire de la COP29 qui s’est tenue en juin dernier à Bonn a toutefois donné quelques couleurs loin d’être reluisantes. Les attentes égalent les risques de défilement sur le sujet.

Lire aussi : COP28 à Dubaï, face aux promesses en trompe-l’œil, une jeunesse africaine méfiante

Le rêve est-il encore permis ?

Voilà le tableau de la COP29 et peut-être aussi celui de la COP30. Entre accords non contraignants, responsabilités climatiques mal assumées, une solidarité internationale en panne, le bilan des COP ne me fait plus rêver.

Sans une institution supranationale capable d’identifier et sanctionner les gros pollueurs, nous serons toujours loin du compte. Tout porte à croire que les conditions d’une action mondiale sur le climat ne sont jamais réunies.

Pour ma part, en analysant tous ces sommets qui n’ont jamais permis de juguler les problématiques environnementales primaires qui les justifient, plusieurs autres questions me taraudent l’esprit. L’une des questions qui me laisse quotidiennement dans un flou total est celle qui consiste à s’interroger sur le remède qui pourrait nous éviter de sombrer. Est-ce la disparition totale de l’espèce humaine ou est-ce l’action concertée des humains ? Pour l’instant, la deuxième hypothèse ne donne aucun gage de sûreté.

Une autre chose dont je suis certain, c’est qu’un jour, ces vieilles postures qui asphyxient l’essence de ces sommets couteront tellement cher qu’il sera trop tard pour se réunir à la COP128. Il est peut-être temps de faire évoluer ce cadre de réflexion.

Yves-Landry Kouamé

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Commentaires

Adelaïde Fouejeu Fouebou
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Salut Yves-Landry, très belle analyse. Mais je pense que d'ici là COP128, on aura beaucoup évolué.

Yves-Landry Kouamé
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Merci pour ton retour Adélaïde. J'espère comme toi qu'on aura beaucoup évolué (dans le bon sens) d'ici à la COP128. Mais les modélisations scientifiques basées sur nos réalités actuelles, nos modes de vie et les choix des dirigeants actuels ne donnent pas beaucoup d'espoir. C'est donc maintenant que tout se joue.

Le Point Final
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Très bonne chronique. Bravo pour cet analyse objectif et si bien illustré.

Yves-Landry Kouamé
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Merci pour ce retour Phatal EBODÉ