Eco-anxiété : le grand malaise de la jeunesse écologique

Article : Eco-anxiété : le grand malaise de la jeunesse écologique
Crédit:
19 mars 2021

Eco-anxiété : le grand malaise de la jeunesse écologique

Surcharge informationnelle, fake news, dramatisation, l’actualité écologique jouit d’une attention particulière de la part des médias ces dernières années. Noyée dans un déluge d’informations, l’écologie continue de déchaîner les passions et de créer une forte angoisse, à tel point qu’il commence à se développer chez bien de jeunes, des symptômes d’éco-anxiété.

https://iwaria.com/

Les batailles médiatiques sur les sujets qui engagent l’avenir de l’humanité sautent aux yeux. Qu’il s’agisse de politique, d’économie, d’éducation, d’inégalités sociales et surtout d’écologie, les médias constituent, depuis longtemps mais encore plus aujourd’hui, de véritables leviers de productions intellectuelles diverses. Plusieurs postures s’expriment en distillant souvent plus de biais de compréhension que d’éclaircissements chez le citoyen ordinaire. Cette réalité couplée à la forte volonté d’action chez les jeunes, face à l’urgence climatique, généralise subtilement un grand malaise d’éco-anxiété.

L’eco-anxiété: de quoi s’agit-il?

Ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d’agir. Cette idée d’Einstein passe aujourd’hui pour le leitmotiv de millions de jeunes engagés à travers le monde. Ils sont de la génération Y et Z, jouissent d’une richesse informationnelle débordante et font preuve d’une conscience écologique manifestement plus accrue que celle des générations passées. Leurs prises de position, que ce soit sur Internet ou lors de rencontres formelles comme la COP, laissent transparaître la colère, la peur de l’avenir et l’indignation. Ils font entendre leurs voix partout où l’occasion leur est donnée et lorsque ce n’est pas cas, ils créent des occasions de rébellion:. « Friday for Future!», scandent-ils tous les vendredis pour réclamer un avenir vertueux. Mais cette peur de l’avenir, bien que légitime, engendre par la même occasion un sentiment d’éco-anxiété. En effet, hors des grandes manifestations, lorsqu’ils sont devant la télévision, à l’école, en famille, ces jeunes ne sentent aucun signe d’espoir pour la planète en constante dégénérescence. Ils sont rongés par l’éco-anxiété, la solastalgie ou encore le malaise d’être sur une planète qui brûle littéralement à un rythme infernal, par la faute de nos actions. Ils développent ainsi la hantise de ce que sera l’humanité dans dix, vingt, trente ans…

Ce coup de blues conduit à une auto-culpabilisation, un mal-être entretenu par la crainte d’un avenir résolument funeste d’une part et le désespoir d’une lutte vouée à l’échec d’autre part.

Le poids de la surinformation et des idées reçues

La calotte glaciaire a atteint son point de non-retour au Groenland. Même si l’on arrivait à freiner le changement climatique, cette partie de la banquise restera irrécupérable. Un tel scénario était-il évitable ? Est-ce une première dans l’histoire ?

Les tentatives d’explications de ce genre de catastrophes climatiques vont dans tous les sens. Les idées reçues se distillent généreusement et sont d’une extrême viralité. Le choix de l’information la plus pertinente dans cette infobesité devient le véritable défi. Il est difficile en ce 21e siècle de se faire une idée juste de l’actualité écologique, à cause des médias qui se sont érigés au fil du temps en de véritables leviers de moralisation de la société. Il ne s’agit plus de juste donner une information pour éclairer les actions. L’espace médiatique est devenu pour bien des acteurs, l’agora des grandes expertises, aussi variées et controversées qu’elles puissent s’avérer. En face, il y a des jeunes consommateurs de plus en plus anxieux et apeurés par ce qui est annoncé d’ici 100 ans pour notre planète.

Dans cette ère, où l’exagération des faits et des causes fait mieux vendre, le plaisir de s’informer et de se cultiver a vite fait de se transformer en angoisse. Sur la question polémique de la consommation de viande par exemple, il y a deux ans, l’animateur Nagui faisait sortir les professionnels de l’élevage de leur silence, lorsqu’il affirma à la télévision que la viande rouge polluait plus que tout le secteur du transport. Il réveillait ainsi un vieux débat qui avait opposé des statistiques de la FAO sur l’élevage aux statistiques du GIEC sur le transport. La part d’émission du secteur de l’élevage, prenant en compte les émissions directes et les émissions indirectes paraissait plus grande que la part d’émission des transports en circulation. Cette comparaison rejetée à plusieurs reprises mais encore populaire, n’aurait pas dû se faire selon certains experts, étant donné que les deux études ne se basaient pas sur les mêmes modes de calcul. Les jeunes assistent ainsi et couramment, à des tribunes médiatiques qui hyperbolisent et extrapolent des faits, contribuant inhéremment à leur casser le moral.

Des faits et un entourage pesants

Noyée dans un déluge d’informations alarmistes, l’écologie continue de déchaîner les passions et créer une forte angoisse, à tel point qu’il commence à se développer chez bien de jeunes qui n’en mènent plus large comme Béatrice, des symptômes d’éco-anxiété.

femme anxieuse ©Freepik

Comme Greta Thunberg, Béatrice a pris conscience très tôt de l’impact de ses activités sur les écosystèmes. Elle suit l’actualité environnementale et sait en quoi consiste son empreinte écologique. Sur les réseaux sociaux, elle est intéressée par toutes les astuces qui pourraient l’aider à réduire son impact sur les écosystèmes mais elle a l’impression de faire peu. Pendant qu’elle s’attelle à réduire sa consommation de viande, elle reçoit régulièrement des vidéos de son amie végane, Rebecca, montrant de manière troublante le traitement des animaux dans les abattoirs et expliquant la toxicité de l’élevage de bovins. Hier, elle suivait avec George le débat sur le nucléaire après avoir visionné un documentaire sur la fonte des glaciers. Il y a quelques mois, Mamadou lui disait que le téléphone qu’elle tient depuis deux ans et qui lui a coûté ses économies, vient des mines du Congo et de l’exploitation des enfants.

Elle qui aime le chocolat, l’enquête sur le cacao ivoirien, révélant l’exploitation des enfants, lui a fait perdre son appétence pour les dérivés de cette matière première. Troublée, elle veut faire sa part pour révolutionner le monde car à l’image du Colibri, elle croit en l’action des petits gestes quotidiens. Chaque jour, elle vit avec l’envie de mieux faire mais culpabilise de ne pas pouvoir faire plus. Ce dimanche, après avoir consulté un article sur l’explosion démographique, elle a pris une décision importante: rejoindre l’idéologie portée par le mouvement GINKS (Green Inclinations No Kids). Ce mouvement prône la renonciation à l’idée de procréer. Parce qu’elle veut préserver la planète d’autres bouches à nourrir et d’autres corps à vêtir, Béatrice a décidé de ne pas faire d’enfant. Aussi, la semaine dernière, elle n’a pas pu se rendre à la marche pour le climat car fatiguée et pas trop motivée.

Béatrice fait des efforts mais chaque fois qu’elle essaie de suivre l’actualité environnementale son moral prend un coup. Elle se sent finalement inutile malgré sa gourde, son alimentation orientée vers le bio, ses achats en vrac, le choix des produits locaux et artisanaux, son militantisme écologique et sa résolution de ne pas faire d’enfant. Béatrice souffre en réalité  d’éco-anxiété. Ses amis l’appellent ironiquement « madame bio ». Cette pression de la cause environnementale s’est transformée en pression sociale et se matérialise par son effroyable bigoterie quand elle se rend dans un centre commercial, un supermarché et même quand elle se présente chez des artisans locaux. Pour se libérer de cet état, Béatrice doit mieux s’informer, prendre du recul et peut-être apprendre à apprécier autrement sa jeunesse.

Mieux s’informer et prendre du recul pour mieux agir

Des “Béatrice” il y en a des milliers aujourd’hui, ces jeunes, atteints par les informations apocalyptiques et dont le moral baisse à chaque fois qu’une hausse de la température terrestre est annoncée. Ils se nourrissent d’informations calibrées sur des sujets en réalité plus vastes et développent souvent sans le savoir des signes d’éco-anxiété qui les empêchent de vivre et d’exercer un engagement juste. Pour en guérir, prendre de la distance face aux informations synthétisées dans la presse en ligne se révèle une piste importante. 

©Freepik

S’affranchir de l’influence médiatique n’est pas l’ultime solution. Ce serait même passer à coté de données essentielles d’engagement. L’on pourrait en revanche intégrer quelques prédispositions. L’un des premiers éléments à intégrer, c’est que les bonnes nouvelles ne sont pas ébruitées. A l’opposé, les mauvaises nouvelles font très vite le tour du monde car elles suscitent plus de réactions. Le deuxième élément à intégrer, c’est que quand on ne se documente pas à la lumière de plusieurs sources sur le sujet qui nous intéresse, on risque d’être juste au courant au lieu de comprendre. Le troisième élément à intégrer c’est qu’autant l’actualité peut être marquée par le même événement donnant l’effet d’urgence, autant elle peut véhiculer de fausses informations qui à force de répétition donnent ce même effet. Il est également important de garder à l’esprit que l’on a le droit de penser, remettre en cause, suivre et ne pas suivre.

Tout citoyen a le droit de choisir sa façon de s’engager. Toute les contributions, qu’elles soient médiatiques, scientifiques ou politiques devraient être en accord avec la diversité des convictions et laisser des marges pour que le citoyen se fasse sa propre idée. Car si l’objectif visé depuis quelques années par les médias, est de susciter un sentiment de culpabilité chez les jeunes afin de les pousser à mieux agir, le résultat reste très mitigé. En effet, malgré l’apport médiatique pour l’éveil de la conscience écologique des jeunes par le biais de messages effroyables, les habitudes demeurent consuméristes. La jeunesse est donc écologiquement consciente, mais nombreux sont ces jeunes qui ne voient plus l’intérêt de se priver de certaines habitudes de consommation, puisque de toute façon, les médias annoncent surabondamment l’apocalypse écologique sur tous les continents. Il est temps de changer de stratégie.

Yves-Landry Kouamé

Partagez

Commentaires

Ange Nathan
Répondre

Cette idée d’hyperboliser les faits par des fausses statistiques est déplorable mais l’approche d’exagération en elle-même à le mérite d’exister.
Les Etres humains sont en effet plus sensibles aux discours tragiques.La prise de conscience environnementale actuelle unilatérale émane de cette approche d’exagération.Je n’ose pas imaginer comment le monde serait présentement sans elle.

L’article est bien rédigé et instructif.

Yves-Landry Kouamé
Répondre

C’est vraiment dommage qu’il faille sans cesse hyperboliser les faits pour attirer notre attention. Cela témoigne de l’état de notre humanité. Merci de nous lire Nathan 💛

Simon
Répondre

Article de qualité, bravo, c'est très intéressant et très bien expliqué ! 👏👏👏

Yves-Landry Kouamé
Répondre

Merci pour votre commentaire Simon, ça fait plaisir💛