Yves-Landry Kouamé

Agir sur nous-mêmes et agir ensemble

Pailles en plastique, centrale, pollution
©Blog ETRE SENSIBLE A SON ENVIRONNEMENT

Les réflexions ont débuté il y a plus de trente ans. L’urgence climatique, l’épuisement des ressources naturelles et la détérioration de notre environnement font l’objet des plus dispendieuses rencontres de haut rang. Mais devant la lenteur des négociations et face à l’amplification des signes avant-coureurs d’une crise environnementale intraitable, une révolution douce est à l’œuvre, celle impulsée par l’éveil d’une conscience écologique collective.

Nous sommes de plus en plus nombreux à croire que le temps du constat est révolu et de plus en plus convaincus qu’un nouveau monde peut émerger non pas par notre plaidoyer souvent plein d’invectives envers les politiques, mais par un changement de comportement à notre échelle. L’idéal pour lequel nous sommes tous engagés requiert un travail sur nous-mêmes et des efforts d’ensemble car c’est par l’harmonie des aspirations individuelles que le futur de l’humanité sera.

Agir sur nous-mêmes 

Nous ne pourrons infléchir la courbe qu’en modifiant nos comportements individuels et en réinventant notre quotidien de consommateur car après plus de trente ans de diagnostic, les chiffres sont connus, les rapports s’accumulent à la table des décideurs mais rinforzando la mer gagne du terrain. Les stocks de ressources naturelles sont en déclin, la quantité d’eau consommable est en baisse, les terres fertiles sont polluées, dans le pacifique la plus grande poubelle du monde va crescendo et il y a une recrudescence des maladies respiratoires à cause de l’air ambiant trop pollué. Devant la noirceur de ce tableau, s’émanciper de certaines logiques traditionnelles s’impose et cela ne passera surement pas par des politiques à courte vue à la solde d’une vision mercantiliste du monde mais par une prise de conscience générale impulsée par toutes les initiatives vertes qui germent dans tous les pays. Agir sur nous-mêmes requiert que toutes nos actions répondent à un besoin de la planète en détresse. Sommes-nous contraints à l’acceptation des emballages plastiques qu’on nous propose en magasin ? Quel choix efficient entre le transport en commun ou la voiture pour se rendre au travail ou à l’école ? Doit-on être militant écolo pour adopter des gestes éco-responsables ? L’eau qui sort à volonté du robinet vient-elle d’une source intarissable ? Nous sommes pourtant capables de changement dès qu’une prise de conscience s’installe. Il faut de prime abord désapprendre le principe d’abondance et de gratuité des ressources, comprendre que nous sommes une composante de la biodiversité et que dans notre vie de tous les jours nous avons intérêt à agir pour sa sauvegarde. Une fois que cela est fait, il faut changer notre statut de consommateur et porter la casquette du consom’acteur. Le consom’acteur a le pouvoir sur ce qui lui est proposé pendant que le consommateur en est une victime.  Cela peut d’abord se traduire par l’utilisation régulière d’une gourde ou d’une bouteille réutilisable au lieu de toujours acheter comme par habitude une bouteille d’eau qu’on jettera tout de suite après l’avoir vidée (on trouve plus de déchets plastiques dans la mer que n’importe quel autre déchet) ; ne pas laisser couler l’eau inutilement chez soi ; réduire sa consommation d’électricité ; consommer local ; pratiquer le minimalisme; utiliser des moteurs de recherche écolos ; approfondir sa curiosité sur les solutions vertes qui foisonnent : exercer une écocitoyenneté active.

Agir ensemble

Parce qu’il se sentait seul à la manœuvre au sommet de l’Etat, Nicolas Hulot, figure emblématique de la lutte pour la protection de l’environnement, claquait la porte au gouvernement du président français Emmanuel Macron le Mardi 28 Août 2018 après environ 15 mois de ministère en deçà des espérances. Seul on peut aller vite mais c’est ensemble qu’on va plus loin. L’observation du monde que nous sommes en train de construire en détruisant les fondations naturelles nous donne des signes qui nous conduisent à admettre que personne ne fait assez pour laisser une Terre vivable aux générations futures. L’humanité foncerait tout droit au suicide collectif si nous n’agissons pas ensemble pour faire barrière à ceux qui s’entendent pour endiguer tous les projets écologiques ambitieux. Plus le temps passe plus le point de non-retour se rapproche. Dans cette révolution écologique, les batailles d’opinion ne serviront à rien et les efforts personnels bien qu’importants trouvent leurs limites. Il faut apprendre à agir ensemble, se soutenir mutuellement et privilégier ce qui nous permet de progresser d’un même pas. Le mouvement écolo entre radicalité-compromission et pragmatisme-raisonnement traine en émulations. Cela se traduit naturellement par des marches pour le climat qui ne drainent pas suffisamment de monde malgré la multiplicité des organisations vertes, des activistes dispersés, une absence criarde de collaboration sur des projets pourtant similaires, des pétitions qui n’aboutissent pas aux effets escomptés… C’est ainsi que la nature du combat que nous menons est sans cesse remise en cause.

La vision écologique est d’abord une vision d’ensemble car le système qui détruit la planète est fondamentalement égoïste. Les convictions qui paralysent le mouvement devraient donc s’effacer au profit de l’idéal collectif car les logiques individuelles empoisonnent la vision collective. Face à l’effondrement programmé de notre société c’est assurément en manœuvrant ensemble que nous éviterons le pire.

Yves-Landry Kouamé


En 2020, le feu arrose d’abord la forêt!

En 2020, le feu arrose d'abord la forêt
Carte satellite des incendies dans le monde© http://fires.globalforestwatch.org/ (18/01/2020)

Support de la vie par le maintien des écosystèmes, notre patrimoine forestier est en ruine, éreinté par les incendies, l’appât du gain, les abattages illégaux et le réchauffement climatique.

 Plus d’un milliard d’animaux sans défense n’auront vécu qu’une semaine en 2020, le feu en a décidé ainsi sur le territoire australien. Après l’Amazonie en été 2019, ces flammes plus dévastatrices embrasent une surface de forêt tellement importante qu’elle hystérise la toile. Pendant que nos déchets plastiques continuent de mener une guerre féroce contre les animaux aquatiques qui eux meurent par asphyxie en ingurgitant nos immondices, sur la terre le feu assure.

Un patrimoine forestier en crise

Le plus grand prédateur de la biodiversité terrestre durant ces six derniers mois est bel et bien le feu. Il a tendance à surprendre tout le monde, arrivant si rapidement qu’il sature les capacités humaines à en mesurer la portée et à y faire face. Pourtant en 2018 le Camp Fire, l’incendie le plus meurtrier de Californie avait ravagé 60 mille hectares de forêt et emporté 85 vies humaines. En été 2019, le monde entier assista impuissant à la destruction par le feu d’environ 900 mille hectares de forêt en Amazonie et plus de 700 mille feux ont été détectés dans la forêt du Congo, deuxième plus vaste couvert végétal tropical, là où Greenpeace révèle 15 millions d’hectares exploités illégalement entre 2002 et 2008. Notre patrimoine forestier est en crise. Cependant il n’y a rien de surprenant. En effet, le cinquième rapport biennal produit en 2018 par l’Organisation de recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (CSIRO) et le Bureau australien de météorologie dressait en son temps le tableau cohérent mais sombre des changements climatiques en cours en Australie. Selon ce rapport  le climat australien s’est réchauffé d’un peu plus de 1 ° C depuis 1910, entraînant une augmentation de la fréquence des événements de chaleur extrême et les océans autour de l’Australie se sont réchauffés d’environ 1 ° C depuis 1910, contribuant à des vagues de chaleur marines plus longues et plus fréquentes. Ces prévisions n’empêcheront pas les récents incendies emportant 8 millions d’hectares de forêt soit plus d’un quart du territoire ivoirien mais montrent clairement que ces feux sont imputables au réchauffement climatique qui en asséchant la végétation conduit à une accentuation de la récurrence des feux de forêt autrefois naturels.

Le feu dans la forêt, phénomène naturel mais l’homme…

Le feu dans la forêt ne devrait pas inquiéter mais l’action humaine, à la base de tous les déséquilibres écologiques, a profondément modifié le cycle naturel qui existait entre celui-ci et les forêts. Les experts du secteur forestier s’accordent à dire qu’il fait partie intégrante de l’histoire des forêts car auparavant en période estivale, cela permettait l’émergence d’autres espèces, structurait progressivement le couvert végétal et offrait les minéraux inhérents au développement d’une végétation plus complexe. Ce mécanisme a été hélas dénaturé, transformant cet élément régénérateur de biodiversité en un fait destructeur voire sinistre, les forêts n’ayant plus suffisamment de temps pour se reconstruire naturellement. A long terme, l’intégrité de la biodiversité pourrait en être altérée. Si en Afrique, la culture sur brûlis et l’exploitation du bois ont fait passer le couvert végétal ivoirien de 16 millions d’hectares en 1960 à moins de 2,5 millions d’hectares aujourd’hui, ailleurs des actes malveillants et la négligence ont produit le même effet néfaste.

La forêt, une indispensable ressource négligée        

Le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé. C’est un monde productiviste, hyper capitaliste, un monde de grands bouleversements, où les espèces qui survivent sont celles qui s’adaptent le mieux au changement (Darwin). Elle est passée cette époque où le progrès donnait envie de vivre et donnait espoir en des lendemains meilleurs. Elle a laissé place à l’inquiétude, à l’incertitude et au questionnement sans fin sur l’épuisement des ressources.  Il est impossible que l’humanité arrive à survivre sans les arbres, surtout dans les conditions actuelles car cela suppose de trouver une énergie inépuisable capable d’absorber la même quantité de Co2, réguler le cycle de l’eau et fournir l’humidité nécessaire à la survie de certaines espèces et même de l’agriculture. Mais aussi, la maladie étant l’un des pires ennemis de la vie, il faut dire que la suppression de la forêt originelle, même si elle est remplacée par une végétation  artificielle, entraine la disparition de nombreuses espèces d’intérêt médicinal inégalé.

Nous faisons partie de cette génération, peut-être la dernière, qui peut encore changer les choses. Même si l’actualité géopolitique dominée par la menace d’une troisième guerre mondiale semble avoir plus d’éléments d’analyses médiatiques que la situation d’urgence environnementale, nous aurons tant à perdre si toute la biodiversité tombait en ruine par notre insouciance déraisonnée. Au delà de toute hystérie collective, nous n’avons pas d’autre choix que d’agir car la crise écologique en cours ne laissera bientôt à personne le choix de l’ignorer.

Yves-Landry Kouamé


L’Amazonie au prisme du feu et de l’inaction

Incendies en Amazonie
L’Amazonie en feu© etresensibleasonenvironnement/instagram

Le Mardi 21 Aout 2019, le monde entier apprend avec stupéfaction la nouvelle selon laquelle l’Amazonie serait en feu. L’information circule telle une révolution douce par l’entremise d’une kyrielle de tweets avec en commun les mots-clés  #prayforamazonas et #prayforamazonia. En quelques heures seulement tous les réseaux sociaux sont alertés et l’on remarque l’acrimonie des internautes qui s’indignent d’un silence médiatique sans précédent sur une telle catastrophe écologique.

Il s’agit d’un incendie qui s’inscrit dans une succession de départs de feu observés depuis le début de l’année en Amazonie. La ville de Sao Paulo assombrie en pleine journée attire la curiosité des activistes qui constatent  une fumée spectaculaire au fin fond de l’Amazonie. C’est alors que l’indignation des uns et l’exaspération des  autres se manifeste via les hashtags #prayforamazonas et #prayforamazonia pour signaler ce feu persistant et difficile à stopper. Critiquée pour son silence sur cet incendie qui l’on venait de l’apprendre, se propageait silencieusement depuis 16 jours, la presse internationale tourne un moment la page de l’actualité politique dominée par le G7 à Biarritz et essaie de sauver son honneur en jetant d’abord le doute sur les images apocalyptiques qui circulaient avant d’en arriver à la réalité des faits. Les premières causes évoquées fut naturellement la déforestation, la période de sécheresse et aussi l’agriculture.  L’Etat le plus touché est le Mata Grosso enregistre plus de 13000 départs de feu depuis le début de l’année et les incendies au Brésil ont augmenté de 83 % par rapport à 2018 selon l’INPE (Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais ), des chiffres que conteste le président brésilien.

C’est ainsi que très vite l’actualité politique reprend le dessus pour traduire l’inaction d’une classe de dirigeants dont l’égo passe avant tout.

Tout commence lorsque les médias publient, en se basant sur des documents du régime de Jair Bolsonaro, les intentions d’utilisation du potentiel territorial amazonien à des fins économiques.  Le G7 condamne ce projet et décide d’en faire un élément clé des discussions parce qu’il s’agit de l’habitat naturel de plus de la moitié des espèces animales et végétales terrestres et qu’on estime à près de 118 milliards/an la quantité de CO2 capturés et stockés par cette vaste région forestière d’Amérique du Sud. Ce fut le point de départ d’une ribambelle d’invectives et de tensions diplomatiques sans précédents, tels des enfants qui se chamaillent pour la télécommande. Vingt millions d’euros contre près d’un milliard pour NOTRE DAME ont été décaissés à l’issu des négociations pour sauver la forêt amazonienne mais cette somme selon le président brésilien devrait servir à reboiser l’Europe. Accusant le G7 et la France en particulier d’une attitude colonialiste, Jair Bolsonaro affirmait pourtant que le Brésil n’avait pas les moyens de contrer ces feux.

Au delà de toutes les polémiques, le feu en Amazonie a eu au moins le mérite de révéler une fois de plus les divergences politiques, moteurs de l’inaction planétaire sur les questions environnementales.

Yves-Landry Kouamé


Le dilemme de l’explosion démographique

Le dilemme de l'explosion démographique
Crédit: Geralt / Pixabay – Licence: CCO

Les scientifiques ne cessent de sonner le glas funèbre d’une planète à l’agonie. Le rapport du GIEC publié en automne 2018 dresse le tableau sombre d’un réchauffement de plus de 1,5° à l’horizon 2100 et interpelle une fois de plus les décideurs sur l’urgence ou encore la réalité du phénomène pour ceux qui persistent dans leurs dénégations.

La tiédeur de la COP 24 en décembre 2018 nous a démontré une fois de plus que les tentatives d’émergence d’une stratégie commune peinent à aboutir. Elles se heurtent aux intérêts politiques antagonistes des plus gros pollueurs de la planète aux 7 milliards d’habitants. L’un des défis qui se dressent devant nous aujourd’hui est celui de l’explosion démographique sur une Terre aux ressources limitées et exploitées à un rythme dévorant. Et pourtant s’attaquer aux naissances, c’est faire un choix écologique impopulaire !

Des chiffres inquiétants !

Les 7,5 milliards d’habitants que compte la planète aujourd’hui pourraient selon les Nations Unies passer à 8,4 milliards en 2050 et plus de 11 milliards en 2100. Parmi les 10 pays les plus peuplés au monde, 1 seul en Afrique (Nigeria), 5 se trouvent en Asie (Bangladesh, Chine, Inde, Indonésie, Pakistan), 2 en Amérique latine (Brésil, Mexique), 1 en Amérique du Nord (Etats-Unis) et 1 en Europe (Russie). Parmi ces pays, la population du Nigéria est celle qui augmente le plus rapidement. La chine et l’Inde, les pays les plus peuplés à l’heure actuelle comptent chacun près de 20% de la population mondiale. Cela dit, des inquiétudes se posent car nous sommes de plus en plus nombreux à exploiter des ressources limitées. Plus le nombre d’habitants augmente plus la pression sur les matières premières devient préoccupante. L’Afrique serait responsable de plus de la moitié de la population mondiale d’ici les 35 prochaines années. Il a été constaté qu’aujourd’hui, de tous les continents, c’est la démographie africaine qui augmente le plus rapidement avec une absence nocive de planification pour la réguler. Cependant, y aborder la question des naissances et dans bien de pays, c’est pousser le bouton trop loin car on pense à tort avoir des problèmes plus sérieux. Penser ainsi c’est nier la réalité car l’augmentation trop rapide de la population mondiale nous conduit naturellement à l’épuisement des potentialités de la terre pour nous nourrir, nous vêtir, nous loger, nous soigner etc. L’exploitation accrue des ressources restantes est indéniablement la résultante des 244 000 nouvelles personnes que la Terre accueille chaque jour. 

Le temps du constat est révolu !

Réduire les naissances est le moyen à portée de tous pour atténuer l’empreinte écologique à l’échelle mondiale. Le 1er Aout 2018, l’humanité avait fini de consommer l’ensemble des ressources que la planète était capable de produire en un an : le jour du dépassement. Autrement, à partir de cette date, nous vivions à crédit en consommant les ressources prévues pour 2019. Nous avons donc péché plus de poissons, abattu plus d’arbres, consommé plus d’eau, cultivé plus de terres que ce que la nature était capable de supporter et régénérer en un an. A la liste des choses à faire pour nous éviter une crise environnementale irréversible, il faut ajouter la question des naissances : le temps du constat et des sujets tabous est révolu. Cette piste ne concerne pas que les pays en développement car à ce jour, le mode de vie le plus énergivore est sans équivoque celui des pays développés. Si tout le monde vivait au même rythme que les européens, il nous faudrait 2,8 planètes Terre pour supporter les besoins en nourriture et en énergie. Les risques scientifiquement prouvés de notre inaction face à la finitude de notre planète défilent sous nos yeux sur presque tous les médias. Il faut maintenant agir pour ne pas sombrer.

A l’heure où de nouvelles formes de militantisme s’imposent afin que chacun puisse assumer sa part de responsabilité, il devient impérieux d’oser pour créer du changement, et parfois tendre vers des options impopulaires pour redonner un nouveau souffle à la Terre. Quelques citoyens américains ont pris conscience de cette situation et ont décidé de renoncer à avoir des enfants pour sauver la planète : on les appelle les GINKS ( Green Inclinations No Kids ). Cela peut paraitre extrême pour certains et fou pour d’autres, mais c’est dans les folies d’aujourd’hui que pourraient se trouver les solutions de demain.

Pour l’éveil d’une conscience écologique collective

« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le Colibri lui répondit : « Je sais mais je fais ma part. » Extrait d’une légende amérindienne racontée par Pierre Rabhi.

Nous sommes nombreux à consommer des ressources qui s’épuisent progressivement mais rien n’est encore foutu. C’est dans la somme de toutes les actions individuelles et collectives que peuvent se créer les alchimies les plus puissantes. Entre des entreprises cupidement attirées par l’appât du gain et le tâtonnement des gouvernements, les citoyens doivent s’engager. Nous sommes déjà nés et donc condamnés à exploiter des ressources limitées pour survivre. Toutefois, l’avenir de l’humanité se joue avec nous et il pourrait ne rien rester de bon à vivre pour nos enfants si nous ne changeons pas ce système de consommation. Il faut aujourd’hui des consom’acteurs à la place des consommateurs. Les citoyens du monde entier, pas les uns regardant les autres, doivent s’approprier ce combat et se mouvoir en questionnant quotidiennement l’impact écologique de leurs modes de vie. Bien évidemment tout le monde ne ressent pas actuellement les effets du désastre écologique tel qu’on nous le montre dans les médias, mais il est important de s’informer, avoir une vision prospective et passer à l’action. Personne ne fait actuellement assez pour la planète, il faut d’abord que l’idée d’économie d’énergie entre dans les mœurs.

Planter un arbre, donner de son temps pour des activités de nettoyage et valorisation de déchets, consommer les produits locaux et de saison, réduire le gaspillage alimentaire chez soi, refuser tout emballage plastique et se déplacer avec ses propres emballages réutilisables, boycotter les marques qui font du profit dans l’exploitation abusive de ressources, opter pour le vélo et les moyens de transport collectifs tant que possible, autant de gestes éco-citoyens qui soulageront la planète. Le futur de l’humanité dépend de nous.

Yves-Landry Kouamé


Pour sauver notre planète, il faut des consom’acteurs!

Pour sauver notre planète il faut des consomacteurs
Gaspillage alimentaire © INFOGRAPHIE LE MONDE

Poussés par le marketing et la publicité, nous sommes devenus des hyperconsommateurs, nous achetons plus que nous ne consommons.

C’est devenu une banalité inconsciemment nourrie que d’accumuler des produits dont nous ignorons l’impact environnemental de la fabrication et dont l’utilisation est limitée dans le temps. Et pourtant la production de déchets augmente à un rythme dantesque et certaines poubelles sont bien souvent plus riches que des assiettes pleines sous d’autres cieux.

Pendant ce temps, la baisse du taux de mortalité dans le monde et plusieurs indicateurs font croire que les niveaux de vie ont évolué. Cette amélioration globale des conditions de vie, occultant les réalités des pays en développement, s’accompagne d’un changement de mentalité et d’une nouvelle façon d’appréhender le bonheur dans nos sociétés.

Qu’est-ce que le bonheur aujourd’hui ?

Tout se résume en un mot : posséder. Acheter autant qu’on en a envie, posséder mieux, posséder grand sans se soucier de la provenance des matières utilisées pour la fabrication de ces produits. Et les géants du e-commerce, du luxe et du divertissement l’ont bien compris. Si le patron d’Amazon figure en haut du Classement Forbes 2019 des hommes les plus riches du monde et que Bernard Arnault, patron de l’industrie du luxe reste le français le plus fortuné, c’est bien parce qu’ils ont réussi à offrir aux consommateurs que nous sommes une gamme de produits et de services qui nous rendent heureux : heureux au sens contemporain du terme. Aux origines de ce mécanisme psychique, on pourrait évoquer une thèse bouddhiste liant le désir de posséder à la peur de perdre et la tristesse liée au manque. L’idée de posséder donne le sentiment d’exister. Mais est-ce la bonne version du bonheur ? Le bonheur ne se trouverait-il pas dans les moments partagés avec des êtres chers que dans l’accumulation d’objets ? Sommes-nous plus heureux que ceux qui possèdent moins que nous ? Plus concrètement, utilisons-nous tout ce que nous achetons ?

Du consommateur au consom’acteur

Il y a surement dans nos maisons, des objets qu’on utilise rarement et qui paraissaient il y a quelques mois incontournables pour être à la mode. Chaque année, les marques innovent en répondant à nos goûts, en anticipant sur nos besoins futurs mais très souvent en créant des besoins auxquels nous serions attachés progressivement par passivité. Nous sommes victimes du markéting, des publicités à outrance sur nos téléphones, tablettes et ordinateurs, victimes de notre statut de consommateur. C’est pourquoi une nouvelle vague de consuméristes avertis suggère d’inverser la tendance. Il s’agit de quitter le stade de cible dogmatisée par les entreprises, commencer à interroger les produits qui parsèment les grandes surfaces et ne pas hésiter à utiliser tous les canaux de communication dont nous disposons pour dénoncer ce qui n’est pas écoresponsable et socialement éthique : être consom’acteur. Comprendre que notre porte-monnaie a un impact qui peut être positif comme négatif, c’est déjà être dans cette mouvance qui va sans doute à contre-courant d’un monde où certaines logiques tendent à s’imposer pour nourrir des intérêts mercantiles. Cela peut donc paraître difficile et chronophage d’analyser chacun de nos produits avant de les acheter mais cela en vaut vraiment la peine car sans le faire, on peut se rendre complice d’une forme d’esclavage dans les ateliers de fabrication de certaines marques et financer inconsciemment la dégradation de notre planète.

Le consom’acteur est minimaliste

Ce qu’il faut savoir avant de s’engager dans nos courses, c’est que pour la confection d’un vêtement, un sac, une paire de chaussure et d’un téléphone, il faut d’abord de la matière première qui doit être obtenue souvent loin de nos contrées et dans des conditions atroces presqu’inimaginables dans notre petit monde de bisounours. De la matière au produit fini, ce sont des heures de travail et le fruit de la sueur des personnes qui n’ont d’autre choix que de vendre leurs forces physiques à des marques en échange d’un salaire souvent inférieur au prix d’un produit. Personne ne veut être responsable d’un tel complot, il est donc plus que nécessaire de changer notre train de vie.

Pour Elodie-Joy Jaubert « vivre en ne gardant que ce que l’on aime vraiment et ce que l’on utilise au quotidien permet de redéfinir sa vraie valeur. » ( Elodie-Joy J., l’art du minimalisme )

Le fait de vouloir être prévoyant ou à la mode nous conduit souvent à acheter des objets qui ne nous servirons pas à grand chose. Le minimalisme, c’est vivre avec ce qui nous sert au quotidien en proscrivant la surconsommation qui nous éloigne de nos réels besoins. Il nous permet de faire des choix objectifs dans nos achats, nous évite le gaspillage, le superflu et l’encombrant. Cette attitude nous conduit à préférer la qualité et le durable à la quantité et l’effet de l’esthétique. Être minimaliste, c’est avoir le goût de l’essentiel. En quoi suis-je obligé d’acheter ce vêtement ? Est-ce que je ne peux plus utiliser le téléphone tel qu’il est ? Est-ce que je sais comment rendre utile les anciens meubles que je veux remplacer ? Ce sont quelques questions à se poser avant d’ouvrir le porte-monnaie. Au demeurant, être minimaliste ne signifie pas être angoissé et se sentir coupable de posséder plus, mais c’est faire le choix de l’utile.

Décider d’être acteur de sa consommation, revient à prendre de nouvelles résolutions. L’objectif est de réduire son impact écologique et se libérer du piège des capitalistes qui ne souhaitent que faire beaucoup d’argent en nous amenant à consommer plus qu’on en a besoin. Passer du stade de la consommation à celui de la consom’action, c’est faire le premier pas vers l’écocitoyenneté. Nous avons le pouvoir d’orienter ce qui nous est proposé, nous pouvons changer le monde avec nos achats. Pour sauver notre planète, il nous faut opter maintenant pour le statut de ‘’consom’acteur’’.

Yves-Landry Kouamé


Marche pour le climat : la leçon des jeunes

Depuis son discours mémorable à la COP 24 le 4 décembre 2018, la militante suédoise Greta Thunberg enchaîne les initiatives retentissantes. Le vendredi 15 Mars 2019, son appel à la grève pour le climat mobilisa des milliers de marches étudiantes à travers la planète.

©Twitter #YouthStrike4Climate

Pourquoi ?

On a formé de grands économistes dans ce monde, de grands médecins et des juristes chevronnés. On a créé la bombe atomique, et des systèmes de robots complexes. L’homme est ingénieux, super intelligent ! Mais aujourd’hui les limites de l’ingéniosité humaine sont là, sous nos yeux et nous les sentons. On n’a pas encore inventé le remède contre le changement climatique. On n’a pas encore inventé un produit qui nous permettra de ressusciter les espèces en voie de disparition. Le remède contre la sécheresse galopante, on ne l’a pas encore inventé. En gros la science a réussi à nous mettre dans un tel confort qu’on ne se pose plus les questions fondamentales. Nous sommes devenus des consommateurs aveugles dans un système très énergivores. Au sommet de cette décadence, nos gouvernements sont pointés du doigt pour « non assistance à planète en danger ».

Que veulent les jeunes?

Les jeunes veulent des reformes dans toute la chaîne de production. La prise en compte de l’impact de chaque maillon de la chaîne doit être immédiate et non reléguée au second plan derrière les bénéfices économiques. Ils veulent des actions immédiates et efficaces de la part de ceux qui dirigent le monde. Ils veulent par exemple la fermeture des usines de production d’emballages plastiques pour freiner l’extension spatiale des océans de déchets. Ils sont pour la réduction de l’empreinte carbone et pour une alimentation sans intrants chimiques. Ils sont en colère car aujourd’hui, tout le monde sait la catastrophe mais personne ne veut sacrifier son menu habituel pour sauver la planète.

©Twitter #YouthStrike4Climate

L’inaction généralisée, mais jusqu’à quand ?

Heureusement ou malheureusement, toute chose a une fin. La fin de la dégénérescence de notre environnement arrivera aussi. Tout ce qu’on peut espérer c’est que cette fin ne soit pas aussi celle de l’espèce humaine.

Eux en tout cas, ils l’ont compris ! Face à l’épuisement des ressources et au choc climatique, les jeunes se sont exprimés pour réclamer un meilleur héritage naturel. Ils ont compris que leur avenir se joue aujourd’hui car ce qui arrivera dans 30 ans n’est surement pas une préoccupation des adultes d’aujourd’hui. Là où les parents ont échoué, les jeunes prennent les devants.

Par ailleurs, on entend souvent dire que la jeunesse est perdue, inconsciente, s’amusent trop. Mais ce vendredi, cette jeunesse est sortie pour rappeler aux adultes que ceux qui ont tout ratatiné, c’est bien nos ancêtres, nos aînés, nos parents en complicité avec leurs gouvernements successifs. Ces jeunes battent à plate couture leurs devanciers sur le front de la prospective écologique.

Finalement, il semble que l’heure ne soit pas aux longs discours. Toutefois sommes-nous prêts à sacrifier notre menu habituel pour l’avenir de la planète ?

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©Twitter #YouthStrike4Climate

Yves-Landry Kouamé


Aujourd’hui bien plus qu’hier, la nature a besoin de nous

4300 milliards, c’est le nombre de mégots de cigarettes jetés dans les rues chaque année dans le monde selon l’OMS soit 137000 mégots par seconde. Les statistiques mondiales sur l’environnement sont hallucinantes, chaque année des records de dégradation sont battus. La nature est piétinée.

Doit-on au sens propre du terme, parler encore de la NATURE aujourd’hui ? Quand on observe la rapidité avec laquelle le monde évolue et l’insouciance ou encore l’optimisme déraisonné vis-à-vis de l’héritage naturel dans lequel baigne toute l’humanité, il ne serait pas malavisé de dire que la crise environnementale que veulent éviter les amoureux de la nature finira par arriver dans peu de temps.

La fumée d’une cigarette pollue autant que 10 voitures diesels tournant au ralenti pendant 30 minutes et le mégot est susceptible à lui seul de polluer 500 litres d’eau. Pourtant tous les cours d’eau se jettent dans des masses d’eau plus importantes. Les déchets plastiques, dont les pailles, tant verbalement combattus aujourd’hui n’ont pas fini leur chemin de baignade dans nos océans, bouleversant ainsi tout un équilibre aquatique déjà en difficulté du fait du réchauffement climatique. Des espèces animales meurent dans des pièges de pollution, de déforestation, de gaz carbonique, enroulées avec des lianes en plastique, de déchets dont elles n’arrivent pas à se défaire. Des espèces végétales uniques de leur valeur thérapeutique inégalée disparaissent et d’autres malheureusement meurent avant même d’être étudiées.

Combien est grande notre ignorance ! On est loin d’avoir fait l’inventaire du vivant et déjà l’extinction avance à grands pas à cause de nos plaisirs puérils et gourmands. Il faut arrêter de produire pour gagner trop. Il faut arrêter de consommer sans réfléchir loin. Il faut arrêter d’agir sans penser à demain. Certains pourraient demander si on peut se développer sans détruire la planète. La réponse à cette préoccupation n’est pas OUI ou NON mais celle qui prendrait en compte l’évidence d’une crise environnementale intraitable si rien n’est fait d’ici quelques années. Si l’Amazonie, cette vaste région forestière de l’Amérique du Sud n’a pas été épargnée par la déforestation, rien ne dit que le désert tant redouté par les hommes ne sera pas la demeure de nos progénitures.

Dans ce nouveau monde où l’infirmité des portions naturelles restantes est de plus en plus considérable, où la pauvreté peine à freiner sa course malgré tout, où des populations migrent pour être à l’abri des conditions climatiques extrêmes, où des dirigeants ferment les yeux sur des actes ignobles envers la nature, se fixer dans le futur avec des plages lumineuses et divertissantes, des paysages naturels aux couleurs extraordinaires et aux chants d’oiseaux devient un leurre des écolos convaincus, des spécialistes de l’environnement.

Aujourd’hui bien plus qu’hier, la nature a besoin de nous. Faut-il peut-être rappeler à ce génie consommateur qu’est l’Homme et aux géants du capitalisme que nous ne sommes que des usufruitiers sur cette terre. Nous avons le droit de profiter des ressources existantes pour subvenir à nos besoins les plus essentiels, mais notre devoir en retour est de léguer une part bien suffisante de ces prérogatives aux générations après nous.

Yves-Landry Kouamé


Le bois, l’eau, le pétrole: voici les ressources dont il faut prévoir l’épuisement

Le bois, l'eau le pétrole:voici les ressources dont il faut prévoir l'épuisement
La crise de l’eau de Brian Richter photo© d’illustration p122: une morue Murray prélevée morte dans un cours d’eau asséché une légende

L’abondance des ressources naturelles inhérentes à toute vie sur terre ne revêt plus ce caractère inépuisable qui pourrait expliquer l’étourderie des consommateurs et producteurs.

Les ressources naturelles comme le bois, l’eau et l’énergie ( type fossile ) sont des produits d’une nécessité absolue. Notre communauté est fondée sur elles car, indispensables à la satisfaction des besoins les plus simples comme les plus complexes. Leur épuisement progressif suscite de plus en plus de conjectures dans un contexte où tous les pays sont confrontés à la compétition économique et à la pression démographique. L’importance de ce trinôme nous emmène à nous interroger sur la situation qui pourrait découler de leur épuisement. Le bois, l’eau et l’énergie sont liés à des civilisations, à des climats, à des habitudes inchangeables et cela à tel point qu’il serait déterminant d’anticiper leur inévitable pénurie. Nous devons exploiter de façon plus significative, les pistes qui s’offrent à nous.

Il n’y a rien de plus normal que de prendre un nouveau cahier lorsque celui que nous avons sous la main n’a plus de pages vierges. Quoi de plus intéressant que de pouvoir changer les meubles de la maison lorsqu’ils deviennent vieillissants ? Quand l’hiver approche, quel foyer ne pense pas à l’idée de chauffage ? Pour tous ces besoins, le bois est la principale ressource. De ce fait, nous pensons que plus une matière est importante, plus il faut s’atteler à assurer sa pérennité, dans certains cas, son renouvellement ou dans d’autres, son remplacement. Dès lors, comment maintenir les avantages que nous tirons de cette ressource sans compromettre l’avenir ? Voilà une préoccupation qui nous pousse à avoir un regard prospectif.

Heureusement pour nous le bois est une ressource renouvelable et la sylviculture se pratique de plus en plus dans un certain nombre de pays qui ont compris la vision prospective. Au-delà de l’aspect didactique de ce terme, il faudrait en faire une pratique suivie dans tous les pays du monde. Quand on consomme, il faut remplacer. Chaque pays devrait avoir un calendrier sylvicole respecté selon ses capacités forestières et ses besoins. Au sein des organisations régionales, cela devrait faire l’objet d’un programme annuel. Selon Eurostat, parmi les pays membres de l’Union Européenne, la Suède a produit le plus de bois rond (74,3 millions de m3) en 2015, suivie de la Finlande, de l’Allemagne et la France et environ un quart de la production de bois rond est utilisé comme bois de chauffage et trois quarts sont du bois industriel utilisé pour le sciage et le placage ou pour la production de pâte de papier. La sylviculture est donc la meilleure alternative au besoin croissant de bois si l’on ne veut pas se retrouver à grignoter les forêts classées.

Aussi, là où il pourrait avoir débat quant à l’indispensabilité du bois dans la survie de l’homme, tout le monde s’accorde à dire que « l’eau est source de vie ». On le dit sans véritablement saisir sa sacralité, vu qu’on peut en avoir à volonté, juste en ouvrant le robinet. Or c’est un bien rare, convoité et même source de conflit sous d’autres cieux. Brian Richter dans son œuvre la crise de l’eau traduite de l’anglais par Olivier Evrard rappelle certaines mises en gardes des dirigeants de l’ONU. Nous étions encore en 1985 lorsque Boutros Boutros Ghali, qui deviendra secrétaire général des Nations Unis sept ans plus tard, avertissait que « la prochaine guerre au Moyen-Orient porterait sur l’eau, et non sur des questions politiques ». Ce fut un coup de semonce dans le monde entier conduisant de nombreux pays à réfléchir sur leurs propres besoins futurs en eau. Koffi Annan le successeur de Boutros Boutros Ghali à l’ONU, a mis le monde en garde en 2001 en disant que « la concurrence féroce pour les ressources d’eau douce pourrait devenir une source de conflits et de guerres à l’avenir ». Parce que les dégâts économiques et sociaux du manque d’eau sont désastreux, il importe urgemmentde trouver des solutions et Brian Richter dans son œuvre nous en propose six (6) qui selon un ordre de coût décroissant sont : le dessalement, la réutilisation de l’eau, l’importation de l’eau, le stockage de l’eau, la gestion des bassins versants et la conservation de l’eau. Le dessalement de l’eau de mer, bien que couteux (nécessite une grande quantité d’électricité), est une piste des plus rentables qu’on pourrait explorer car il protège les sources d’eau douce naturelles que sont les rivières, les lacs et les aquifères d’une exploitation accrue. À ces propositions louables nous ajouterons qu’il faut éduquer les populations au minimalisme. En juillet 2017, dans son rapport sur le sujet de l’eau, l’OMS estime à 844 millions, le nombre de personnes qui ne disposent pas d’un service de base d’approvisionnement en eau potable. Parmi ces personnes, 90 % vivent en zones rurales et ne bénéficient pas des avancées de leur pays, selon l’UNICEF. Il ne devrait donc pas avoir place au gaspillage dans les grandes villes où l’on ne connait pas ce problème : il faut éduquer les populations à juste utiliser ce qu’il faut et à faire réparer avec empressement les dispositifs défectueux.

Par ailleurs, le calme sur le front géopolitique est toujours menacé à cause des guerres pour l’énergie. Le prix du pétrole ne cesse de grimper car la demande d’énergie se fait de plus en plus forte. Fixée à 53 dollars, le baril de pétrole devrait atteindre 56 dollars en 2018 sous l’effet de l’augmentation constante de la demande, des accords entre producteurs sur une diminution des volumes de production et de la stabilisation de l’extraction de l’huile de schiste aux États-Unis, indiquait la banque mondiale en octobre 2017. Qu’est-ce qu’il faut faire pour prévenir la crise de pétrole et toutes les autres sources d’énergie ? Maîtriser la demande, accroître le rendement des installations, se tourner vers les énergies renouvelables, lutter contre le gaspillage sont entre autres les choses à faire pour y arriver. À côté de tout cela, il y a de nouvelles formes de production d’énergie par le recyclage des déchets et autres matières dont il faut évaluer la productivité et si nécessaire les développer. Rien n’est à négliger, pourvu que cela participe à réduire la pression à quelque niveau que ce soit.

En guise de conclusion, nous pourrions affirmer aisément que le monde tel qu’il va, foncerait droit dans un mur si des mesures pratiques ne sont pas prises afin d’anticiper l’épuisement des ressources naturelles. Le bois, l’eau et l’énergie sont inhérents à notre survie si bien que prévoir leur épuisement ne serait pas une tâche de trop, tant s’en faut.

Yves-Landry Kouamé


Bananikro, un quartier précaire d’Abidjan

Habitat précaire de Bananikro  ©  Yves-Landry Kouamé
Habitat précaire de Bananikro ©  Yves-Landry Kouamé

Comme la plupart des villes africaines et plusieurs grandes villes sur d’autres continents, Abidjan, la perle des lagunes, capitale économique de la Côte d’Ivoire est jonchée de quartiers précaires, des quartiers caractérisés par des habitats qualitativement inférieurs aux normes et des populations qui vivent dans des conditions déplorables. Bananikro en était un exemple particulier.

Nous sommes à Cocody, une commune d’Abidjan connue pour son beau cadre et le niveau de vie élevé de ses habitants. Le quartier qui a fait l’objet de notre curiosité jouit d’un statut de quartier résidentiel synonyme d’infrastructures modernes et atmosphère de modestie voire de bourgeoisie : la riviera palmeraie. Nous posons donc un regard de géographe sur ce site.

“ La riviera palmeraie, entre notoriété et réalité contrastée ’’

En effet, la riviera palmeraie est topographiquement située dans une zone de cuvette qui fait d’elle la cible des inondations de ces dernières années. A-t-on pensé au préalable l’aménagement de ce site ? Que faire pour éviter les accidents dans ce quartier en plein essor ? Les questions restent posées.

Ce qui attire plus notre attention dans ce périmètre, c’est Bananikro, un quartier précaire situé à l’Est de la riviera palmeraie. Il est bâti sur une voie publique qui doit relier selon les autorités, la commune de Bingerville à celle d’Anyama. Le nom donné à cet endroit est dû au fait qu’il était autrefois recouvert d’un champ de bananes dont quelques plants sont encore visibles.

Le contraste est saisissant ! C’est un village en plein quartier urbain.

D’une vue générale, la précarité du logement saute aux yeux. Nous avons des habitats ruraux groupés et les bâtis, en bois, sont formées de matériaux de récupération.

L’aspect de ces habitations est peu reluisant et la salubrité laisse à désirer. Son architecture propre au milieu rural tache le décor de ce quartier résidentiel. Aux alentours de chaque habitation, les douches se mêlent aux cuisines pendant que les déchets plastiques parsèment les rues . Le coût du loyer oscille entre 10mille FCFA et 15mille FCFA selon le nombre de pièces contrairement à leurs voisins d’en face dont le cout minimum du loyer est estimé à 60mille FCFA pour le studio.

“ Nous avons un président de quartier qui discute avec les autorités quand nous sommes indexés… ’’

Comme tout groupement, Bananikro est régi par un président de quartier qui se charge du dialogue avec l’extérieur. Celui-ci est installé depuis au moins 10 ans sur ce site avec sa famille. S’étant prêté à nos préoccupations, Ulrich quant à lui est bachelier depuis 2010 mais a coupé les ponts avec les études depuis les bouleversements de la crise postélectorale de 2011. Attendant un emploi décent depuis 6 ans, il s’est installé provisoirement sur ce site.

“Nous sommes plus proches de nos occupations, nous recherchons un mieux-être ’’

Interrogés sur leurs activités, il ressort que nombreux sont ceux qui se sont installés sur ce site à cause des revenus faibles des activités menées, la nature de celles-ci et la proximité d’avec le lieu de travail. Les activités sont de différents ordres.

Les femmes dans leurs grandes majorités exercent la fonction d’auxiliaire de ménage (servante) dans des cellules familiales modestes ou bourgeoises et viennent se reposer à Bananikro en fin de journée, de semaines ou de mois d’après les témoignages recueillis. Elles exercent aussi dans le commerce et ont souvent des étales devant leurs maisons où elles vendent des produits de première nécessité à bas prix.

Majoritairement ouvriers, les hommes sont vendeurs de produits cosmétiques dans différents marchés, maçons, menuisiers, blanchisseurs, plombiers etc.

“ Des conditions de vie de promiscuité, difficilement évoquées’’

Les branchements parallèles sont légions à Bananikro. Rares sont les compteurs d’eau et d’électricité. L’accès en eau se fait par raccordement. Aussi, ayant connaissance de l’opinion générale plutôt négative à leur endroit, les populations de Bananikro s’efforcent de garder un certain calme dans toutes leurs actions pour éviter d’attirer l’attention de leurs voisins. Cependant l’existence d’un fumoir est vérifiable.

“ Nous n’avons pas de soucis avec nos voisins…’’

La cohabitation est quasi parfaite entre les populations bien que d’origines diverses. Cependant, les voisins modestes se plaignent du bruit des maquis gérés et fréquentés par les populations de Bananikro et de l’aspect précaire qu’ils confèrent à cette partie d’une commune dont on cite les fragments avec une connotation de beaux quartiers.

Vous avez pu le constater sur les images, le site étudié attire l’attention par la cassure que l’on peut observer car il semble s’isoler dans un quartier aux infrastructures modernes, preuve du haut niveau de vie de ses habitants. Les maisons de Bananikro ne sont pas résistantes et sont construites en majorité de façon anarchique. On peut observer également une flagrante insalubrité et des enfants aux ventres ballonnés qui se baladent sans chaussure et sans habits effectuant leurs besoins un peu partout, ce qui les expose à un certain nombre de maladies. C’est un village en plein quartier urbain.

Notre excursion dans ce mini-quartier a permis de mettre en évidence une réalité qui n’échappe pas aux villes ivoiriennes : les quartiers précaires ou quartiers défavorisés. Bien que peu médiatisés, ces sites illustrent de fort belle manière les disparités qu’il pourrait avoir sur un même territoire. En plus d’être des lieux d’expressions de la promiscuité, ce sont souvent des lieux d’insalubrité, nids de moustiques et autres nuisibles: vecteurs de maladies. L’exemple de Bananikro nous a permis de saisir le contraste de la vie précaire dans la commune de Cocody citée habituellement pour son cadre luxueux.

NB: Cette enquête date de 2017 et ce site a été définitivement détruit lors d’une opération de déguerpissement initiée en 2018 par les autorités ivoiriennes.

Yves-Landry Kouamé


La terre face aux ennemis de l’environnement

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Foret détruite pour des activités anthropiques ; Photo © @Ptiteoulie/Instagram

Tel un feu qui perd progressivement de son ardeur au contact intermittent avec les gouttes de pluie, la terre n’est plus dans toute sa vitalité. Pour cause, des facteurs exogènes multiples que l’on peine à maitriser.

Pendant qu’on mesure annuellement dans tous les pays, les prouesses économiques enregistrées au prix de reformes et d’efforts inlassables des gouvernants dans des secteurs clés, une inquiétante situation se présente à nous: si rien n’est fait, la nature serait dans un état tellement critique que seule une régénérescence pourrait l’en sortir. En effet, notre patrimoine naturel mondial fait face dans ce XXIe siècle à des ennemis aussi redoutables que tenaces.

D’abord, il y a cette mondialisation incontrôlée de l’économie.

Celle-ci met les différents pays du monde dans une sorte de compétition dont les règles vacillent d’un instant à un autre, dictées par le profit. Cette situation conduit à détruire les forets pour laisser place à l’urbanisation. Cette urbanisation conduit plus tard à une confiscation du substrat de la biocénose par certains Etats qui décident de l’aménager au détriment de l’écosystème et de toute la biodiversité. Pour des places de premiers producteurs, les Etats n’épargnent aucune terre, aucun moyen de production de masse. On combine agriculture intensive et extensive, tout cela pour répondre aux exigences du marché unique. L’environnement se retrouve alors dos au mur dans le couloir de la mondialisation qui traine déjà une foultitude de défauts.

Ensuite, les OGM, parlons-en sérieusement.

Les organismes génétiquement modifiés ne font pas aujourd’hui l’objet d’études sérieuses, tant cela se révélerait ardu et remettrait en cause tout le système d’alimentation. Lorsque cela est fait, les conclusions ne sont pas systématiquement portées à la connaissance des acteurs du domaine et des consommateurs. Pourtant des études ont révélés des résultats qui méritent attentions et remise en cause. En 1999, un travail en laboratoire, publié par John Losey et ses collaborateurs dans la revue Nature, suggérait un effet toxique du pollen de maïs Bt (maïs capable d’autodéfense contre les insectes nuisibles) sur le papillon Monarque. Précisons que ce papillon ne se nourrit pas de maïs. Dans l’expérience, le pollen fut répandu sur les feuilles de l’espèce dont il se nourrit habituellement, l’asclépiade de Syrie. Les insectes furent ainsi forcés d’ingérer le pollen et donc la toxine Bt qu’il contient : environ 40% des papillons périrent dans cette expérience. Aujourd’hui certains herbicides dont le glyphosate font l’objet d’un débat sans précèdent. Ces exemples confirment la nécessité d’évaluer au cas par cas, les différentes procédures relatives aux OGM et leurs utilisations.

Abordons enfin l’ennemi de l’environnement le plus représentatif des conséquences de nos agissements: la pollution.

C’est de loin le résultat de tous les progrès réalisés dans le domaine de la science, le résultat de nos habitudes destructrices souvent inconscientes et passives. Cela se répercute sur le climat qui devient de plus en plus chaud et une prolifération de certaines maladies. Les statistiques sont très inquiétantes : neuf personnes sur dix dans le monde respirent un air ambiant trop pollué selon l’OMS et 5,5 millions de personnes décèdent chaque année du fait de la pollution de l’air selon la banque mondiale. Les gaz à effet de serre bénéficient d’une grande littérature tendant dans la majorité des cas à sensibiliser les uns et les autres sur les dangers qui guettent la terre du fait de la fragilité de la couche d’ozone. Mais cette sensibilisation semble infructueuse car l’on ressent de plus en plus les effets du réchauffement climatique.

Le constat est cousu du fil au blanc, la nature crie à la retenue ainsi qu’à la tempérance dans l’utilisation et la manipulation de ses ressources. La terre a perdu de sa vigueur mais résiste toujours. Pendant qu’elle arrive encore à nous contenir, il est temps de mettre en œuvre les résolutions des grandes conférences et successifs sommets qui ont eu la protection de notre environnement à la table des discussions.

Yves-Landry Kouamé