Yves-Landry Kouamé

Heureuse et responsable année 2021

2021, nous y sommes ! Malgré tout, nous y sommes.

L’année qui s’est achevée il y a quelques heures, une année que nous n’osons plus nommer, nous a appris l’essentiel. Commençant par des incendies de forêt majeures en Australie, le ton funeste était ainsi donné, annonçant une année de grands bouleversements. Mais nous sommes là, malgré tout.

Entre notre planète qui s’effrite inexorablement et notre humanité plus que jamais mise à l’épreuve, nous sommes sans doute les derniers espoirs de notre propre avenir. La crise sanitaire, si elle nous a appris une chose, c’est que nos actions aussi minimes soient-elles comptent. Vous rêvez d’une transformation sociale majeure ? Commencez par dire un « bonjour », plein de bienveillance, à votre voisin en ce début d’année ! Vous rêvez de monter un projet écologique à fort impact ? Lancez-vous dans la première initiative verte qui vous vient en tête ! Vous voulez organiser une activité de ramassage d’ordures dans votre quartier ? Alors c’est ça ! Vous avez la meilleure idée, commencez ! Vous voulez faire un post intéressant pour sensibiliser vos abonnés au respect de l’environnement ? Alors c’est ça ! Vous avez la meilleure idée, commencez ! A ce stade, personne ne fait assez pour l’écologie. Tous les indicateurs de notre empreinte environnementale sont au rouge. Alors, commencez !

Toutes les générations ont un peu rêvé de changer le monde. Mais en fait, la votre, elle va être un peu obligée de la changer. Parce que si vous ne faites rien, il va vraiment se passer des choses très embêtantes.

Aurelien Barrau, astrophysicien engagé

C’est avec cette belle phrase que nous vous souhaitons une heureuse et responsable année 2021 ! Cela passe par quelques bonnes résolutions qui vont guider nos prochaines actions. Ci-dessous, quelques unes.

Heureuse et responsable année à tous et à toutes.

Yves-Landry Kouamé


Edith Kouassi, l’étoile montante de l’entrepreneuriat vert en Côte d’Ivoire

Bâtir une entreprise responsable et de référence en matière de gestion des déchets, c’est le rêve qu’entretient Edith Kouassi, co-fondatrice d’Ecoplast Innov, la start-up ivoirienne qui développe l’ambitieux projet de recyclage des déchets plastiques et pneus usagés.

L’entrepreneuriat, cette trajectoire qui mêle incertitude, opportunités et innovation, n’est plus un domaine inconnu aux jeunes Africains. Un dynamisme éclatant voit le jour, notamment en Côte d’Ivoire, sous la houlette de jeunes qui n’ont plus peur de se lancer dans cette voie, pourtant très tortueuse, contribuant ainsi à rendre possible le rêve africain.

Entre la poursuite du cursus universitaire et l’entrepreneuriat : un choix

Edith Kouassi est entrepreneure depuis à peine deux ans, mais quel parcours pour y arriver ! Après l’obtention de son Baccalauréat A1, rien ne la prédestinait à ne serait-ce qu’un flirt avec l’entrepreneuriat, encore moins dans un secteur qui requiert une bonne base de technicité.

En 2017, la native de Bongouanou valide sa licence de Géographie à l’université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan et se dirige avec beaucoup de mérite vers un master en Environnement et Gestion des déchets Plastiques. Ce faisant, la jeune dame de vingt-neuf ans à l’allure pourtant éphèbe développe une sensibilité pour les communautés précaires extrêmement exposées aux polluants plastiques. Elle réalise plusieurs recherches et s’investit dans des études de terrain, dans le but de questionner l’impact des déchets plastiques sur la vie des populations vulnérables.

C’est ainsi qu’elle prend la pleine mesure d’une situation d’extrême urgence : les déchets plastiques, en Côte d’Ivoire, précarisent des communautés déjà en proie à d’énormes difficultés socio-économiques. Les résultats à mi-parcours de ses investigations d’étudiante confirment en effet ce tableau émouvant et renforce en elle le sens de l’engagement. Edith se dit alors qu’il faut aller plus loin dans ses initiatives personnelles. Son petit commerce portant sur des articles de décoration issus d’éléments recyclés devrait connaitre une dimension plus sérieuse. Jonglant entre son Master et son activité de recyclage, Edith sentait qu’elle perdait beaucoup de temps, pendant qu’une autre partie d’elle bouillonnait d’envie de créer, d’innover, de transformer des problèmes en opportunités.

A ce stade de son cursus, elle se sent alors suffisamment sensibilisée aux enjeux liés aux déchets plastiques et veut davantage s’investir dans la production d’une réponse innovante. Cependant, après avoir diagnostiqué le tâtonnement de son premier business autour du recyclage, elle comprend qu’il faut faire plus de place à son imagination pour nourrir sa fibre entrepreneuriale. Quitter l’école traditionnelle pour l’école de son rêve, c’est le pari à l’issue incertaine qu’elle a eu le courage de faire.

Sans savoir si c’était le choix le plus viable, sans avoir de réponse quant à une quelconque sécurité de l’emploi, sans savoir d’où viendront les financements, Edith décide d’abréger son cursus universitaire en Master 1 afin de faire triompher une grande ambition : bâtir une entreprise de référence en matière de gestion des déchets en Afrique.

Commence alors pour elle une aventure des plus passionnantes, nommée Ecoplast Innov, qu’elle raconte avec beaucoup de profondeur, d’enseignements et surtout beaucoup d’espoir.

Ecoplast Innov : des déchets plastiques et pneus usagés aux matériaux de construction

Ecoplast Innov, la matérialisation de la réponse d’Edith Kouassi au problème de la gestion des déchets en Côte d’Ivoire, est une start-up spécialisée dans la collecte et le recyclage de pneus et déchets plastiques.

« Nous transformons les déchets plastiques en pavés, plaques écologiques, briquettes et les pneus usagés en granulats et poudrette en caoutchouc pour la construction et le revêtement des sols », nous explique-t-elle.

A l’origine de ce projet, il y a Edith qui démarre seule, avec ses économies, avant que son idée ne séduise d’éventuels soutiens. Aujourd’hui, son entreprise réunit une dizaine de jeunes qui partagent la même vision et la même passion. Parce qu’Edith tient à s’entourer de personnes motivées et focalisées sur l’objectif à moyen et à long terme, elle compte délocaliser le siège social, actuellement à Abidjan, vers Agboville. Cette stratégie vise à se rapprocher d’une main d’œuvre qui puisse répondre aux exigences des travaux d’Ecoplast Innov. En effet, dans toute la chaine de recyclage, le travail physique n’est pas exclu et à ce stade du projet, les efforts priment sur les calculs individuels et les distractions, d’où la nécessité, selon elle, de s’éloigner de la frivolité qui caractérise l’écosystème juvénile de la capitale abidjanaise.

La première phase du travail à Ecoplast Innov commence dans les rues, les dépôts d’ordures. Pour le ramassage des déchets plastiques, l’entreprise passe par les garagistes communément appelés « mécaniciens », pour la récupération des pneus usés avant d’arriver aux machines. La seule ville d’Abidjan génère environ 288 tonnes de déchets plastiques par jour, dont seulement 5 % sont recyclés selon certains organismes.

La start-up récupère également les déchets collectés par les agents municipaux du district d’Abidjan et aussi ceux de quelques entreprises qui ont compris l’inévitable démarche d’économie circulaire vers laquelle devront muter toutes les entreprises qui veulent s’adapter aux enjeux du monde actuel. Ecoplast collabore ainsi avec la mairie de la commune de Treichville, afin, entre autres, de la débarrasser du fléau des pneus dans la lagune, une réalité qui dérange manifestement les populations.

La valeur d’un tel projet, qui en plus de résoudre une crise latente d’insalubrité urbaine révèle le génie innovateur de cette jeunesse ivoirienne en pleine dynamique, ne laisse aujourd’hui aucune audience indifférente. Tous les acteurs de la sphère économique et sociale qui ont eu à se retrouver en face de ce projet, y ont vu l’espoir de l’entrepreneuriat vert en Côte d’Ivoire.

Parce que la valeur n’attend point le nombre des années

En Décembre 2019, lorsqu’elle lançait officiellement les activités d’Ecoplast Innov avec ses amis et collaborateurs, Edith ne s’attendait pas à remporter une série de petites victoires qui mises ensemble, consolideraient les bases matérielles de son idée. Après un an d’activités intenses, de challenges et d’adaptation à des défis financiers, logistiques et sociaux énormes, celle qui a dû abréger son Master pour s’accrocher à son idée d’entreprise peut afficher aujourd’hui fière allure au panthéon des jeunes qui auront marqué l’année 2020 par leur détermination, leur leadership et leur génie entrepreneurial. Lauréate des prix les plus prestigieux au niveau national comme international, la start-up de recyclage des déchets plastique a pu séduire successivement des jurés sélectifs, composés de personnalités dont la notoriété dans l’écosystème économique n’est plus à démontrer.

C’est lors de l’édition 2018 de la Business Plan Competition du CGECI Academy qu’elle intègre le milieu des jeunes porteurs d’initiatives à succès, s’outille des connaissances précieuses et restructure son entreprise de recyclage avant de se lancer officiellement en 2019. Dès lors, que de conquêtes, que de prix, que de victoires et surtout que de financements substantiels et d’espoirs suscités, car la gestion des déchets plastiques constitue un véritable casse-tête pour les collectivités locales.

Ecoplast Innov et Edith Kouassi, c’est surtout trois trophées majeurs en 2020. Ces récompenses constituent chacune, pour bien de start-up en phase de maturité, une consécration. Ecoplast Innov a pu en rafler trois. Edith a été ainsi lauréate du Challenge des 1000 Entrepreneurs africains organisé par le gouvernement Français, une distinction qui lui a valu de représenter dignement la Côte d’Ivoire au BPI France INNO 2020, une expérience unique de réseautage entre entrepreneurs de haut niveau, en France. Edith Kouassi, c’est aussi le prix BJKD de l’entrepreneuriat féminin initié par la Fondation Bénédicte Janine Kacou Diagou et finalement le prestigieux prix Alassane Ouattara du jeune entrepreneur émergent.

Toutes ces distinctions prises séparément suscitent de l’ambition, du rêve et de l’admiration. C’est au terme de longues procédures que des milliers de jeunes entrepreneurs sont, à chaque fois, mis à l’épreuve afin de justifier la portée des solutions qu’ils proposent, le travail déjà réalisé, les résultats palpables, la viabilité économique sur le long terme et l’impact social de leur projet. A chaque fois, Edith a du imposer sa marque et pitcher brillamment, là où elle était en compétition avec d’autres porteurs de projets tout aussi déterminés que passionnés. Toutefois, la jeune chef d’entreprise ne se repose pas sur ses lauriers. S’autoriser trop d’autosatisfaction, erreur commise par bien de devanciers, Edith en est consciente. D’ailleurs, elle a déjà fixé le cap pour les prochaines années : « d’ici cinq ans, nous comptons couvrir le marché national, exporter notre process de recyclage dans la sous-région et explorer des nouveaux produits issus des pneus et déchets plastiques. »

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La gestion des déchets plastiques est un domaine où beaucoup reste à faire, comme en témoignent toutes les difficultés auxquelles la start-up Ecoplast Innov fait face au quotidien, ne serait-ce que pour récupérer des déchets. Mais parce qu’elle ne s’attendait pas à ce que tout soit facile, Edith a su croire en son projet, commençant avec des moyens rudimentaires, écourtant son parcours universitaire, pour après seulement un an de pleine activité, concrétiser sa vision.

« Si j’ai un conseil à donner à tous les jeunes qui vous liront, je leur dirais d’être passionnés par ce qui les motive, d’avoir une vision claire de ce qu’ils veulent faire et ne pas avoir peur de se lancer. »

Edith Kouassi, co-fondatrice d’Ecoplast Innov

Transformer une forte préoccupation environnementale et sanitaire, la gestion des déchets plastiques, en une innovation entrepreneuriale, elle a su le faire avec audace. Aujourd’hui, Edith Kouassi incarne cette jeunesse prometteuse qu’il convient de suivre, valoriser et pousser au plus haut niveau afin de faire vivre le Rêve Africain.

Yves-Landry Kouamé


Afrique subsaharienne : le casse-tête des déchets de rue

Alors que ses grandes villes attirent de plus en plus de consommateurs, l’Afrique subsaharienne peine à se débarrasser de ses déchets. Ces ordures ménagères, en plus d’être vecteurs de maladies, contribuent à diffuser une image insalubre d’un continent qui a pourtant mieux à présenter. 

L’Afrique subsaharienne peine à se débarrasser de ses déchets. Vecteurs de maladies, ils contribuent aussi à diffuser une image insalubre.

174 millions, c’est l’estimation en tonne de la quantité de déchets produits en Afrique subsaharienne en 2016. Selon la Banque mondiale, environ 69 % de ces déchets ont fini en décharge à ciel ouvert. Cette situation est préoccupante, d’autant plus que les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent la première conséquence de l’insalubrité sur la santé et la troisième cause de mortalité en Afrique.

Les déchets de rue ou quand l’insalubrité devient une habitude

Les conflits ne sont pas les seules sources de mortalité sur le continent. Même en période de relative stabilité, les morts se comptent par milliers dans les hôpitaux. Et ce n’est plus un secret, les établissements sanitaires publics en Afrique subsaharienne ne sont pas les plus pourvus en équipements. Il ne faut donc pas rêver d’un miracle technologique en cas d’accident vasculaire cérébral (AVC), de pneumonie (143 000 enfants en meurent au Nigeria chaque année) ou de maladies diarrhéiques comme au Burkina Faso. Chaque année, le drame côtoie le quotidien de bien des familles à cause de ces pathologies, dont l’étiologie révèle un environnement insalubre, pollué et empesté, un environnement auquel les populations se sont habituées, malgré elles. 

S’habituer à la boue, à la poussière et aux odeurs fortes, s’accommoder à un paysage de rues parsemées de déchets de tous types, en plus de l’insécurité, c’est le défi qui vous attend si vous comptez habiter la commune commerçante d’Adjamé, à Abidjan. Les lagunes de la capitale économique ivoirienne offrent un spectacle d’ordures plastiques remarquable. Les automobilistes au feu rouge, avant que celui-ci ne passe au vert, ont l’aisance de trimballer une bouteille plastique, un mouchoir, un paquet de cigarettes, une canette, un emballage par la fenêtre. Partout, derrière les immeubles, tableau identique : des locataires jettent leurs immondices par la fenêtre ou le balcon de leur maison. Les rats prolifèrent, les moustiques font la fête. Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est le chemin de tous ces déchets jetés et déposés à la hâte. Ils sont transportés par le vent et les pluies, rejoignent les cours d’eau, puis se déversent dans les eaux maritimes pour alimenter les poissons qui vont se retrouver plus tard dans les assiettes des consommateurs.

Une gestion disproportionnée et insuffisante

Alors que ses grandes villes attirent de plus en plus de consommateurs, l’Afrique subsaharienne peine, soixante ans après les indépendances, à se débarrasser des ordures ménagères. Ces ordures, fruits entre autres de la négligence individuelle corrélée aux insuffisances des politiques de gestion et de recyclage, en plus d’être vecteurs de maladies, contribuent à diffuser une image insalubre d’un continent qui a pourtant mieux à présenter. 

Le rapport whate a waste 2.0 dévoile le nombre 44. Ce nombre représente le taux global de collecte des déchets par les différentes filières de gestion de déchets. L’ensemble des filières de collecte n’absorbent que 44 % des détritus des 48 pays d’Afrique subsaharienne. Ce taux, bien que global, est bien évidemment insuffisant et ne concerne que dans une faible proportion les zones rurales. A une échelle plus fine, selon le professeur Paul Vermande, ancien directeur de l’Ecole nationale supérieure polytechnique de Yaoundé (ENSP), si l’on veut sauvegarder l’hygiène d’une ville, la première étape serait de réaliser correctement la collecte des déchets avec un taux de récupération satisfaisant, c’est-à-dire, supérieur à 50 % des déchets produits par la ville.

L’étape suivante après la collecte serait le transport de ces déchets jusqu’au lieu de traitements (par incinération, compostage…) ou au lieu de décharge. Mais le traitement le moins cher, rappelle le professeur dans l’étude sur les villes africaines face à leurs déchets , c’est la « mise en décharge », car il est plus facile pour les communes ou les exploitants de trouver un endroit où abandonner les déchets sans se soucier de ce qu’ils deviendront. Des normes existent donc pour l’identification des sites propices et le traitement des liquides générés par les tas d’ordures dans les décharges, afin d’éviter la contamination des nappes et des cours d’eau.

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Les compétences ne manquent pas non plus pour une telle tâche. C’est le management et l’organisation efficiente des services et potentialité de collecte comme de traitements qui font défaut. Les choses risquent pourtant de se complexifier avec le temps. En effet, le rapport  de la Banque mondiale sur le sujet nous annonce que d’ici 2050, la production actuelle de déchets en Afrique subsaharienne estimée à 174 millions en 2016 de tonnes, devrait tripler. Alors, soit nous mettons en place dès maintenant des politiques efficaces de réduction, réutilisation et recyclage, soit nous continuons  dans la culture du “tout jetable” et la propension d’abandon des déchets dans les rues, avec toutes les conséquences funèbres qui en découlent.

Réduction, Réutilisation, Recyclage

Il s’agit de la règle des trois R. L’objectif est d’aboutir au Zéro Déchet. Aujourd’hui la Suède bat positivement tous les records en recyclant 99 % de ses déchets. Elle traite même les déchets d’autres pays. En Afrique subsaharienne, au delà des déchets, heureusement, tout n’est pas sombre et il suffit de ne plus regarder en direction des politiques pour s’en apercevoir. Des initiatives naissent, des jeunes s’adonnent au recyclage et au compostage. Des pneus et déchets, surtout plastiques, sont transformés en meubles et en matériaux de construction. Ces initiatives sont observables au Mali, au Nigeria, en Côte d’Ivoire etc. Cependant, il reste beaucoup à faire quand on sait que ces concepts ne sont pas suffisamment valorisés localement. Au demeurant, le meilleur déchet étant celui qu’on ne produit pas, malgré tous les efforts qui pourraient être consentis en faveur du recyclage, si la quantité de déchets par habitant ne diminue pas, il y aura toujours des agents pathogènes difficiles à éliminer.

Cela parait simple mais il est important de le rappeler : pour bien vivre, il faut être en bonne santé. Pour être en bonne santé, il faut vivre dans un environnement propre. Par environnement propre, il est question d’hygiène du milieu de vie. Cela dit, l’enjeu n’est pas que sanitaire car les dépotoirs à l’air libre, concourent à l’image négative de l’Afrique auprès de ses voisins. L’expérience montre que l’Afrique vue d’ailleurs, ce n’est pas seulement l’enfant à moitié nu au ventre ballonné, peau desséchée couvrant difficilement la colonne vertébrale. C’est aussi l’image de rues embouées et poussiéreuses, jonchées de déchets de tous types. Cette Afrique dont l’image impropre s’exporte facilement, ne souffre finalement pas seulement d’un déficit d’image. Elle est également en proie à un véritable fléau d’insalubrité, une réalité morbidique difficile à cacher. 

Yves-Landry Kouamé


Côte d’Ivoire : quand la démocratie est à l’épreuve, l’environnement s’incline

Berceau d’une biodiversité unique il y a soixante ans, le patrimoine naturel ivoirien ne finit pas de déchanter sous le poids des soubresauts démocratiques.

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© by Iwaria

Il y a une soixantaine d’années, entre l’humide et le chaud, la polymorphie climatique de la Côte d’Ivoire favorisait l’exubérance d’une flore merveilleuse et le développement d’une faune exceptionnelle. Mais aujourd’hui, les crises ont presque tout emporté. Sur la route de la démocratie, ce pays au patrimoine floristique et faunistique immense n’a pas été épargné par les récessions.

Sur la route de la démocratie

La démocratie ivoirienne est le fruit d’une politique tournée vers la coopération internationale. Quand les règles internationales suggèrent donc des régimes démocratiques, il faut s’adapter. Le principe de conditionnalité, qui s’est appliqué lors de l’accession à l’indépendance des pays ayant opté pour une rupture moins rigoureuse d’avec la métropole, s’est aussi appliqué dans les années 1990 avec François Mitterrand.

« La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté ». Dans ce discours au sommet franco-africain de la Baule, le président français venait d’introduire une nouvelle donne dans les échanges : la liberté pour les peuples africains de choisir leurs dirigeants, d’aller vers un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Cet appel à la démocratie a donné lieu à de fortes ambigüités dans les anciennes colonies de parti unique. Dans la foulée, la Côte d’ivoire négocie sa première élection démocratique entre avril et octobre 1990. Était-elle socialement, politiquement et culturellement préparée à accueillir le jeu démocratique tous les 5 ans ?

La suite des évènements ne nous donne pas l’aisance de répondre par l’affirmative. En effet, les années après cette élection, comme un coup du sort, ne seront que troubles. L’année 1993 est marquée par le décès du bâtisseur de la Côte d’Ivoire moderne, feu Félix Houphouët Boigny. Le Baobab tombé, le bruit fut lourd, la première alternance ouvrait la voie à une instabilité sans précédent car les enfants du vieux, de mères différentes, ne s’accorderont pas malgré la clarté des textes constitutionnels. Celui qui héritera du pouvoir dans une continuité logique et selon la constitution, sera renversé en 1999 par un coup d’Etat. Depuis lors, il a fallu composer, vivre et préparer l’avenir dans la crainte d’une crise sociopolitique tous les cinq ans. Toutes les manifestations de la démocratie ont abrégé des vies.

Chaque fois que le peuple a dû se présenter aux rendez-vous de la liberté de choisir, que ce soit pour des élections présidentielles, municipales, législatives, le pays a été violemment secoué. En somme, et pour résumer sans trop dire, la Côte d’ivoire, c’est un coup d’Etat en 1999, une guerre civile en 2002, une crise post électorale en 2011, une mutinerie en 2017 et une crise préélectorale en cours avec déjà une cinquantaine de victimes et selon toute vraisemblance, une crise post électorale en cas d’élection le 31 octobre 2020. Or, dans la seule région du Haut Sassandra, de 2002 à 2011, les tensions politiques et sociales ont fait 9736 pertes en vies humaines selon une ONG locale.

Expectative oblige, retenons que les impacts de ces alternances démocratiques entortillées sont énormes et presque irrattrapables, notamment sur le plan écologique. Qui parlera de protection de l’environnement en période de crise politique ? Quand la démocratie s’exprime, l’écologie se taie. Quand la démocratie est à l’épreuve, l’environnement s’incline.

Quand la démocratie est à l’épreuve, l’environnement s’incline      

La Côte d’voire, à l’instar de nombreux pays Africains, a cette particularité d’offrir des conditions naturelles favorables à la faune et à la flore. Entre l’humide et le chaud, sa diversité climatique a donné un climat propice à l’exubérance d’une flore merveilleuse mais aussi au développement d’une faune exceptionnelle. Malheureusement, cette richesse naturelle s’atrophie sous le poids des crises intestines.

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A l’issu de la longue période d’échanges de tirs en 2011, l’une des images choquantes de la dégénérescence fut l’état du Zoo d’Abidjan. Près d’une décennie après, malgré une opération d’urgence pour lui redonner un coup d’air frais, ce lieu ne fait toujours pas rêver les animaux, encore moins les touristes.

Du coté de la flore, 300 000 hectares de forêt disparaissent chaque année en Côte d’Ivoire selon la Sodefor, société de développement des forêts ivoiriennes. Le pays est passé de 16,5 millions d’hectares de couvert végétal en 1960 à moins de 2 millions d’hectares aujourd’hui. De plus, quasiment tous les 13 parcs nationaux et réserves naturelles ont subi des infiltrations à plus ou moins grandes échelles selon l’Office ivoirienne des parcs et réserves. Ces infiltrations ont été possibles lors des différentes crises qui ont sapé le rayonnement du pays entre 1999 et 2011.

Car la surveillance n’étant plus de rigueur et l’insécurité grandissante, certaines populations n’ont pas eu d’autre choix que de se retrancher dans des espaces naturels dits protégés, n’hésitant pas à y pratiquer la chasse et toutes sortes de prédations pour survivre. Pourtant en Côte d’ivoire, la chasse est interdite depuis 1974 mais le fait de manger de la « viande de brousse » reste une pratique courante, comme faisant partie d’une culture à part entière. L’écart entre la volonté affichée par les dispositions légales et les faits est vaste. S’il n’y avait pas eu Ebola, personne ne saurait l’existence d’une telle interdiction.

En fait, le regard que les populations portent sur le milieu naturel est loin d’être bienveillant, c’est un regard de prédation. Mais une fois qu’elle n’existera plus, où trouverons-nous à manger ? Une fois que les espèces que nous chassons au lieu d’introduire dans le système d’élevage n’existeront plus vers quelles autres espèces allons-nous converger ? Quand la démocratie s’exprime en Côte d’Ivoire, l’environnement en pâtit. Il est temps de penser ensemble à bâtir durablement demain comme une vraie Nation. Chaque Ivoirien, chaque habitant de la Côte d’Ivoire a intérêt à contribuer au projet commun de la Paix.

Il y a pourtant tout pour vivre en harmonie en Côte d’Ivoire

Avec plus de soixante langues locales, la Côte d’Ivoire, est d’abord un pays aux multiples visages où l’intelligence linguistique a sans cesse dû se réinventer pour faciliter la cohabitation. Comme le Portugnol, la langue de la triple frontières en Amérique latine, le Nouchi en Côte d’Ivoire permet facilement à un Sénoufo de parler à un Baoulé, un bété ou un Yacouba.

Les mets locaux sont multiples selon les ethnies, mais le Garba national n’a pas d’ethnie. Au garbadrome, les Ivoiriens se bousculent pour avoir le plus gros poisson thon sans jamais en arriver aux mains. L’humour ivoirien est unique, reconnu dans toute l’Afrique. Les chrétiens sont invités aux fêtes musulmanes et les musulmans sont invités aux fêtes chrétiennes. De tous les territoires d’Afrique de l’Ouest, vous remarquerez que la Côte d’Ivoire est l’un des pays les plus accueillants avec un taux d’immigration d’environ 25%. Béninois, Burkinabés, Ghanéens, Guinéens, Libanais, Maliens, Nigérians, Nigériens et Sénégalais y trouvent confortablement leurs comptes, développent bien d’activités lucratives et vivent dans d’excellents voisinages. Il y a donc tout pour vivre en harmonie en Côte d’Ivoire, alors si c’est la démocratie qui pose problème, il serait peut-être temps de réfléchir à un autre modèle d’expression de la volonté du peuple.

Yves-Landry Kouamé


Le greenwashing, ou l’écologie du pollueur

La bataille d’image pour verdir la notoriété des pollueurs fait rage. Le cœur noir et l’habit messianique, parce que les consommateurs sont de plus en plus regardants sur la façon dont ils sont servis, chaque entreprise veut passer pour le champion de la protection de l’environnement.

Le Greenwashing ou l’écologie du pollueur @etresensibleasonenvironnement

Le Greenwashing, cette utilisation abusive des messages à connotation écologique dans la communication marketing des entreprises voile le projet mesquin de priorisation du gain sur le bien-être des consommateurs. L’utilisation est dite abusive car, cette pratique est pour le moins contraire aux méthodes de production des entreprises qui y ont recourt. Le Greenwashing fait office d’engagement vertueux pour des entreprises qui doivent en plus de faire face à une clientèle sensible aux enjeux écologiques, perpétuellement adapter leurs stratégies de communication afin d’échapper aux scandales. C’est ainsi que par des éléments de langage bien pensés, l’émergence de la conscience écologique au lieu de soigner notre planète, aide plutôt les marques à réaménager leur communication pour changer notre perception sur des produits réputés très toxiques.

Une diffusion verte des produits du désastre écologique

L’aberrante société de consommation à laquelle nous nous sommes accommodés a profondément changé nos habitudes et façonné nos réflexions. Se faisant, nous nous sommes rendus coupables des plus grandes instabilités qui pèsent sur l’humanité.

Tous, autant que nous sommes, nous avons participé à l’extinction de 882 espèces et nous nous sommes rendus fautifs de la menace de disparition qui hante la destinée de 32441 espèces selon la dernière mise à jour de la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) [i], publiée le 09 Juillet 2020.

Toutefois,  jusque là, rien ne va mal. Oui bien sûr, tant que nous sommes exposés aux médias, rien ne nous fera remarquer que bon nombre de produits industriels que nous consommons contiennent des substances cancérigènes. Une diffusion massive des produits du désastre écologique par le moyen de la publicité nous pousse à consommer davantage, au delà de nos besoins réels, sur une Terre aux ressources limitées. Guidées par les géants du marketing, nos envies deviennent de plus en plus lourdes à satisfaire pour la planète. Pour s’amuser, profiter de la vie, se rafraichir, nos neurones tournent aujourd’hui en mode soda, boissons gazeuses, alcool, bouteilles fraiches. Un nouveau menu chez Burger King, McDonald’s, KFC suffit pour faire le rang devant ces baraqués de la restauration rapide.

Malgré les critiques, les scandales et bad buzz, ces entreprises s’adaptent extraordinairement. Malgré l’éveil de la conscience écologique, difficile pour les consommateurs de tourner le dos aux plus gros émetteurs de déchets au monde, ces machines à polluer que les animaux aquatiques abhorrent. La raison d’un tel attachement est toute simple : une communication marketing sans cesse en mutation pour nous laver le cerveau. Nous sommes entrainés dans un déni de responsabilité nourri par un lobbying communicationnel puissant de la part de nos marques préférées. Celui qui sait communiquer possède une arme. Les armes, décidemment, il y en a partout ! Quarante ans après l’introduction du développement durable dans le langage public (Rapport Brundtland, 1987), le discours a pris le pas sur l’action écologique.

Ils le savent, nous en avons besoin pour notre bonne conscience, le désir complice de certains de ne pas s’interroger sur l’essence des produits, de peur de se sentir impliqués dans la déforestation en Amazonie, dans l’exploitation des enfants dans les mines du Congo et les champs de Cacao en Côte d’Ivoire, peur de leur facture amère dans la dégénérescence du vivant et la pollution de l’océan Atlantique, une ignorance qui rassure. Les entreprises le savent, une communication sur mesure pulule nos écrans, à nos dépens.

McDonald’s: de bad buzz à héro  

A l’ère de la “com’’, l’oppresseur peut jouir d’une meilleure notoriété que le libérateur. Si des marques aussi controversées que McDo et Coca Cola tiennent encore,  c’est parce qu’elles ont su tout simplement se déguiser mais surtout se réinventer ingénieusement pendant les heures les plus chaudes de l’actualité environnementale. L’habit ne fait pas le moine, mais c’est par l’accoutrement du fou qu’on le reconnait. Dans les années 1990, José Bové, figure de proue d’un mouvement écologiste anti-malbouffe résolu se dresse contre le géant américain. Nous sommes en été 1999 quand, le 12 août, l’agriculteur lève le poing en signe de contestation sur le chantier de construction du McDo de Millau [ii]. Cet homme, dont nous saluons la mémoire, venait de réaliser le rôle crucial de cette multinationale dans l’américanisation de la société, la culture de la diffusion de masse, la promotion de la malbouffe.

Quelques mois de collapsus pour McDo, l’égo fouetté, il a fallu réagir. Dès les années 2000, tout change : les couleurs, l’architecture et la sociologie du fast-food notamment en France, à tel point que le patron Denis Hennequin affirmera quelque temps après : « indubitablement, José Bové nous a rendu service ». En effet, pour faire face à une dégradation sans précédent de l’image de la marque qui devenait le symbole de la malbouffe, l’on déploiera la campagne de communication « Born in USA, made in french », pour mettre en avant la réduction des kilomètres alimentaires. Des menus dits “bio’’ sont proposés, et le décor change carrément. La maison mère porte le rouge aux Etats-Unis, mais l’adaptation au contexte local fait virer les enceintes françaises au vert, ce qui va attirer magistralement du monde, gonfler les recettes et assurer un retour triomphant à la marque.

Les magasins deviennent alors exigus pour les familles qui vont y passer du temps et partager leurs repas comme on va au restaurant. Très vite, l’on va agrandir les espaces et miser sur les centres-villes pour se rapprocher d’un public jeune et estudiantin. Tout aura changé en bien depuis, sauf la qualité de l’alimentation proposée qui ne changera pratiquement pas. La consommation de masse s’intensifiera, en brisant toutes les règles de gestion des déchets : une seule poubelle pour débarrasser les plateaux des clients, des plateaux où l’on retrouve des pailles, des canettes, déchets plastiques, tout cela pour le bien-être de la faune aquatique. 

C’est dans un mépris flagrant de la biodiversité que bien de marques se développent et les médias y contribuent fortement.

C’est pour cela qu’il est aujourd’hui nécessaire de redonner une vocation vertueuse aux médias, chose qui requiert des communicant.es engagé.es.

Boycott, réduction de la consommation, consommation locale

Plus l’on achète, plus les comptes en banques se remplissent au détriment d’une planète outrageusement vandalisée. Ce serait une avancée considérable si tous les consommateurs se refusaient d’associer leurs portemonnaies à tous les produits issus de l’exploitation démesurée des ressources naturelles. Il faut réaliser que toutes nos terres sont altérées à cause de l’agriculture intensive, les extractions anarchiques de ressources, et ce, dans un déni de responsabilité généralisé. Pendant ce temps, les bouches à nourrir et les corps à vêtir se multiplient. Qui parlera de réduction des naissances sans subir la foudre ?

Energie propre, villes durables, alimentation bio, véganisme, les termes sont légions pour designer le monde vert que nous visons. Nos habitudes de consommation sont cependant aux antipodes de ces convictions. Le temps ne nous attend pas, il faut maintenant réduire notre consommation, privilégier les circuits courts et prendre des résolutions collectives comme le boycott des marques climaticides. C’est d’ailleurs ce que préconise Aurélien Barrau [iii] quand il affirme dans Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité : « Une croissance exponentielle de l’utilisation des ressources n’est pas tenable dans un monde fini. » Cette conscience écologique qui se développe aujourd’hui, nous devons la préserver de toutes les attaques publicitaires.

Comme de véritables consom’acteurs, le rejet catégorique des fruits du désastre s’impose. Le but ultime et merveilleux d’une telle démarche, c’est de rendre Demain possible dès maintenant.

Yves-Landry Kouamé


[i] https://www.iucn.org/fr/news/species/202007/pres-dun-tiers-des-lemuriens-et-la-baleine-franche-de-latlantique-nord-sont-en-danger-critique-dextinction-liste-rouge-de-luicn (consultée le 25/07/2020)

[ii] https://www.lefigaro.fr/conso/jose-bove-nous-avons-oblige-mcdonald-s-a-changer-son-image-20190812 (consultée le 25/07/2020)

[iii] BARRAU, Aurelien. Des ébauches d’évolution simples et urgentes. In  Le plus grand défi  de l’histoire de l’humanité. Michef  Lafon, 2020.  pp. 34-62. ISBN 978-2-7499-4263-6.


Fousseny Traoré, symbole malien de citoyenneté active

Le cœur plein d’espoir pour son continent, l’esprit éveillé et la parole habile, Traoré Fousseny ne compte pas pour du beurre dans le débat écologique mondial. Même sans la Kora, le jeune activiste malien se fait le chantre de l’écologie dans son pays.

L’actualité de son pays est chaude au moment où nous le rencontrons. Mais c’est un jeune plein de vie à la voix grave et au regard profond que nous avons pu observer et écouter. Malgré la pluralité des problèmes que rencontre le Mali dans sa quête de stabilité, le jeune activiste a toujours tout donné pour ouvrir les yeux de ses compatriotes sur un fait déplorable devenu normalité : la dégradation de l’environnement.

Le parcours d’un jeune à la recherche de solutions

Malien de nationalité, Fousseny Traoré est pourtant né à Bouaké, en Côte d’Ivoire. A l’âge de 9 ans, il rejoint Bamako, sur la terre de son géniteur où il sera influencé par son oncle enseignant et cultivateur qui en plus de lui inculquer le savoir moderne, va transmettre à l’adolescent l’amour de la terre. Il le dit à toutes les interviews : « j’ai été éduqué par mon oncle cultivateur et enseignant. C’est lui qui m’a enseigné la beauté et la fragilité de la nature ».

Très vite, Fousseny comprend l’importance de l’équilibre naturel, surtout lorsqu’il constate les dégâts occasionnés par les pluies diluviennes sur les infrastructures. Curieux et attentif aux enseignements, il commence à jeter un regard inquiet et plein de questionnements sur les déséquilibres environnementaux persistants au Mali. Le manque d’eau, la pauvreté et tous ces déchets qui jettent l’opprobre sur le paysage urbain bamakois l’inquiètent. Il essaie alors de situer les responsabilités.

Mais où avoir des réponses précises sur l’action publique dans le domaine de l’environnement? Pourquoi le gouvernement ne fait rien ? Qu’est-ce que le citoyen ordinaire peut faire pour redonner une image honorable aux rues de son quartier ? Par où commencer ? Un nombre surabondant de questions lui traverse l’esprit avant qu’il ne se tourne vers les réseaux sociaux. C’est ainsi qu’il découvre et prend part à différentes conférences animées par des spécialistes de l’environnement comme Adama Togola.

Son engagement prend forme au fil du temps, il commence à sensibiliser ses amis, ses parents, ses compatriotes : sa voix commence à porter. Entre temps, Traoré Fousseny a le temps de valider sa licence en marketing et son certificat de santé lui donnant accès au métier d’auxiliaire en pharmacie. Dans un pays déchiré par la montée terroriste, où les opportunités d’emploi se raréfient et où la jeunesse est livrée à elle-même, tentant désespérément d’apercevoir la voie de sortie, Fousseny trouve la motivation pour s’instruire, consulte les différents rapports du GIEC, suit de près les mouvements écologistes internationaux et s’en inspire pour agir localement.

Parce que «la dégradation de l’environnement accentue la pauvreté au Mali…»

Au Mali, la dégradation de l’environnement est un facteur aggravant mais aussi révélateur des problèmes structurels et socioéconomiques qui rongent le pays. Il peut arriver que la date de rentrée scolaire soit repoussée pour indisponibilité des salles de classes, nous apprend Fousseny. Elles abritent très souvent des sinistrés, au lendemain des saisons pluvieuses. Pire, les élèves sont souvent obligés de rester chez eux à cause des poubelles environnantes qui rendent le cadre d’étude nauséabond.

Quand nous lui demandons les causes d’un tel désastre, Fousseny pointe du doigt la dictature des multinationales et l’incapacité des autorités politiques. Il nous relate dépité, le diktat des entreprises d’extraction qui ne se contentent que de leur gain sans se soucier de la population. Or, une bonne partie de celle-ci vit en dessous du seuil de pauvreté et cela saute aux yeux. Manquant du minimum vital, la jeunesse malienne, avec le sentiment d’impuissante face à un quotidien éprouvant et un avenir destiné à la promiscuité, sombre dans bien des vices. Comme le dit si bien notre jeune écolo : « Quand j’analyse bien, je crois que la dégradation de l’environnement accentue la pauvreté au Mali. Tout cela provoque la dérive de la jeunesse vers des voies extrémistes et suicidaires ».

Difficile de regarder un tel tableau avec émerveillement.  Néanmoins, Fousseny, plein de détermination, s’est engagé à contribuer positivement au changement jusqu’à son dernier souffle sans toutefois occulter la complexité des difficultés auxquelles son pays est confronté. Parce qu’il sait que l’Etat à lui seul n’y pourra rien. Il sait aussi que toutes les critiques pleines d’invectives envers le gouvernement n’y pourront rien. Ce dont il est sûr, c’est qu’avec la sensibilisation, l’information et l’orientation, la société civile peut contribuer à panser quelques plaies.

Fousseny Traoré prête ainsi sa voix à la cause, jouissant progressivement du soutien de ses proches et de sa communauté, ces mêmes qui au départ lui disaient: «Tu perds ton temps. C’est à la mairie de nettoyer les rues ». Aujourd’hui fervent écolo par conviction et reconnu à sa juste valeur, son cri d’alarme rejoint celui de millions de jeunes à travers le monde.

Fousseny Traoré positionne le Mali dans le mouvement écologique planétaire en cours

Si l’Afrique est un continent fragile face à la crise climatique, c’est bien parce qu’elle n’a pas tous les moyens d’une transition écologique effective et elle ne l’a quasiment pas encore entamée. Symboliquement présente lors des grands rendez-vous internationaux , les résolutions prises ne sont jamais localement tangibles et les différents mouvements citoyens planétaires ont du mal à y trouver leur continuité ou l’écho souhaité. Fousseny nous dit que si la réalité est ainsi, c’est parce que « la jeunesse africaine n’est pas du tout engagée ! »

Au Mali, il a donc accepté de représenter Fridays For Future, le mouvement écologique international de désobéissance et de grèves hebdomadaires, impulsé par la jeune suédoise Greta Thunberg. Rendu populaire depuis le discours mémorable de l’adolescente à la COP 24 en Décembre 2018, alors qu’elle n’avait que 15 ans, ce mouvement va se rependre et toucher tous les coins du globe, jusqu’à trouver l’adhésion de la jeunesse malienne.

Mais si Greta Thunberg manifeste devant le parlement Suédois, Fousseny lui, manifeste devant le gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keita qu’il trouve inefficace et dépourvu d’idées concrètes pour faire face à l’urgence climatique et environnementale. Ayant évolué dans un environnement considérablement dégradé et en croissante dégradation, son cri d’alerte dépasse Bamako et s’intègre parfaitement dans celui des millions de jeunes à travers le monde pour réclamer un futur digne d’être vécu.

En plus de Friday For Future, notre ami Fousseny multiplie les actions à la tête de l’association Citoyens pour le Climat-Bamako. Cette association qui concentre toutes ses forces dans la sensibilisation des populations aux comportements écocitoyens s’inscrit dans la même ligne d’actions que le mouvement planétaire du même nom. Né en 2018, spontanément, le mouvement Citoyens pour le climat voit le jour dans un contexte des plus favorables car les statistiques climatiques choquantes faisaient la une de l’actualité, devant des gouvernements en flagrant déni de responsabilité.

Un été des plus chauds jamais ressenti, la démission de l’ancien ministre de la transition écologique française Nicolas Hulot, l’écho des successifs discours de Greta Thunberg, les différents rapports et modélisations climatiques qui s’accumulaient sans suite dans les tiroirs et placards des décideurs, autant de facteurs qui ont vu naître cette vague citoyenne verte apartisane. Le Mali a pu, grâce au rêve de Fousseny de voir son pays luire comme exemple de l’éveil écologique, révéler le potentiel d’engagement de la jeunesse africaine. 

« Nous organisons des marches, des grèves, des conférences et des journées de salubrité. Nous descendons dans la ville ramasser des déchets plastiques. Nous partons au marché pour faire des campagnes de sensibilisation écologique auprès de nos parents commerçants. Nous rencontrons des ministres et autorités locales pour proposer des projets. » Selon l’activiste, le manque d’informations est le plus grand frein à l’éveil de la conscience des jeunes. Il mise par conséquent sur l’éducation comme axe prioritaire d’action.

Des jeunes comme Fousseny, tous les pays en ont besoin. Environnementaliste par conviction et non de formation, il a su briser la barrière de l’obscurantisme intellectuel et le manque d’informations. Aujourd’hui, il voue sa jeunesse à la transformation de sa communauté par la sensibilisation, l’information et l’orientation des populations vers des habitudes citoyennes. Fousseny est un modèle de citoyenneté active. Il fait partie des jeunes à suivre et à encourager car l’image de son pays lui tient à cœur.

Yves-Landry Kouamé



Ce monde sauvage au symbolisme édifiant

Du règne animal au règne végétal, le monde sauvage regorge de valeurs précieuses. Ces espèces naturelles que nous nous appliquons à détruire sans connaitre, nous enseignent des leçons qu’aucune pédagogie ne saurait nous inculquer.

Entraide, fidélité et courage, autant de valeurs, apanage des grands esprits, vous ne les verrez aucunement dans leurs véritables parangons que dans l’observation de cette nature merveilleuse dont il ne reste que quelques essences.

L’hirondelle, symbole de fidélité

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Hirondelle en pleine construction de nid ©Christiane Charmeaux, dans le Journal de Saône-et-Loire

La fidélité, ce n’est pas le renard c’est sûr ! « Chipeur arrête de chiper » disait Dora l’exploratrice pour freiner l’élan du rusé, sournois et trompeur renard redouté, dans le dessin animé qui a bercé notre adolescence. Les plus fidèles ne sont pas toujours les plus robustes, les plus spectaculaires, encore moins les plus bavards comme les charognards vautours. Dans cette ère qui a vu éclore les pires êtres humains, avoir des personnes fidèles est d’une rareté frappante.

Or, comment bâtir solidement sa vie et ses projets sans s’entourer de personnes ayant la fidélité comme principale vertu? Comment pourrait-on développer une nation sans des travailleurs fidèles à leurs engagements ? Mais quelle relation sans fidélité ?

Une personne fidèle, c’est la garantie d’une présence régulière et une oreille attentive au bon moment et sur le long terme. Etre soi-même une personne de confiance, fidèle et constante dans un monde où tous les intérêts convergent vers l’appât du gain, c’est lutter âprement contre sa propre nature à l’école des relations humaines, l’école de la vie. L’école de la vie, celle qui consiste à être au contact quotidien avec nos semblables, avec la nature, la faune, la flore! Cette école dont les clés se retrouvent dans la bonne appréciation de la portée symbolique des éléments qui nous entourent dont le symbolisme des animaux.  

La nature nous donne l’un des plus beaux exemples de fidélité. Observer l’hirondelle sur un an, c’est tomber sous le charme d’un oiseau dont la nidification fait école de fidélité. L’hirondelle, oiseau de la famille des Hirundinidés fait son nid au même endroit tous les ans tant qu’elle n’est pas empêchée.

Pourtant migrateur, africain dès Septembre et européen dès Mars, on a longtemps compté sur cet oiseau pour annoncer le printemps. Dans les recoins de nos habitations, à l’aube de la saison ensoleillée, sous les toitures ou les balcons,  une alchimie d’argile et de terre ferme peut donner lieu à des cavités suspendues qu’il ne faut surtout pas détruire. Car, il y a de fortes chances qu’un ami fidèle ait décidé d’y déposer ses œufs. Si vous n’empêchez pas sa nidification, elle reviendra vous faire un coucou l’an prochain à la même saison, en donnant encore la vie. Les hirondelles sont fidèles à l’aire d’éclosion de leurs petits. C’est un symbole de fidélité. Toutefois, vous remarquerez que nous les voyons de moins en moins. Leur nombre se réduit considérablement sous la pression des activités humaines. L’usage intensif d’insecticides[i] nuit à leur survie. Quand il n’y a pas d’insectes, c’est la fringale chez nos adorables hirondelles.

La panthère nébuleuse ou la puissance de la discrétion

La puissance et la dextérité résident dans la discrétion. C’est la panthère nébuleuse qui nous l’apprend.

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Panthère longibande ou panthère nébuleuse © MNHN – FG Grandin

Les chances de l’observer dans les randonnées forestières habituelles sont faibles mais si vous l’apercevez, attention à ne pas vous fier à sa silhouette fébrile et son beau pelage. Il ne faut surtout pas penser à un chat égaré. Cet admirable prédateur possède en effet les plus longues canines dans le rang des félins. Rien ne l’empêche de se frayer un chemin en forêt car il est redoutablement adapté à son territoire : il court, grimpe et adore l’humidité. Furtive et très agile,  la panthère nébuleuse observe ses détracteurs de haut, depuis les cimes des arbres et aucune de ses proies ne lui échappe quand elle bondit. Prendre de la hauteur dans les arbres lui permet d’éviter certains combats qu’elle sait infructueux et souvent dangereux. C’est ainsi qu’elle évite les tigres et les léopards[ii].

Mais ce qui la distingue des autres prédateurs, c’est le fait que sa puissance égale sa discrétion.

La discrétion ! Faut-il ETRE puissant ou SE MONTRER puissant ? Notre félin ne se montre pas puissant, il ne crie pas sa puissance. Il l’est mais reste discret. La discrétion, cette vertu que nous apprend ce bijou faunistique, est rarissime à l’ère de l’exhibitionnisme.

Or, la discrétion n’étouffe aucunement la force, bien au contraire, c’est un signe de pouvoir, d’équilibre et de distinction. Entre deux personnalités puissantes, la plus circonspecte reste la plus redoutable.

C’est le secret de la panthère nébuleuse du haut de ses 84 centimètres de long et ses 20 kilogrammes à l’âge adulte[iii]. Avec elle, la règle première de la nature trouve son essence : manger et ne pas se faire manger. Reconnaissable par sa longue queue qui fait pratiquement sa longueur, notre Dame Discrète a par-delà tout pour se défendre et attaquer efficacement. Elle a l’art du positionnement. De femelles relativement moins imposantes physiquement que les mâles, on retrouve les panthères nébuleuses en Asie du Sud-est, au Bangladesh, en Inde, à Taiwan. Malheureusement, cette espèce est inscrite dans le registre rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) car les chasseurs s’arrachent pour sa peau et la végétation forestière qu’elle adore se réduit inexorablement. Elle pourrait donc bientôt s’éteindre aussi.

Lire aussi – Cohabitations et interdependances : quand les animaux sauvages nous apprennent à vivre

Interdépendance faune-flore : un monde d’entraide est possible

L’altérité n’obstrue pas la concorde. Deux cerveaux valent mieux qu’un. Pourtant aujourd’hui, l’idée de différence empêche d’envisager bien de situations d’entente tout en  légitimant certaines barrières qu’il ne devrait pas avoir parmi les hommes. Ici encore, la nature nous donne le bon exemple. En effet, le couple faune-flore apprivoise les différences et nous dit que l’idée d’entraide peut rendre toute union possible. La symbiose réside dans la diversité des parties prenantes.

Si l’animal social qu’est l’homme, pour des différences religieuses, ethniques, raciales et idéologiques sombre égoïquement dans d’interminables désaccords avec ses semblables, la brousse nous apprend que le règne végétal s’abreuve à la source des pactes d’amitié avec le règne animal.

Pseudomyrmex sp. © Dreed41 - CC BY-NC 2.0
Pseudomyrmex sp. © Dreed41 – CC BY-NC 2.0

Faune et flore se savent intrinsèquement vulnérables et par conséquent multiplient les accords avec d’autres espèces jusqu’à lier des amitiés extraordinaires, n’hésitant pas à faire preuve d’incroyables générosités afin de décomplexer la cohabitation. C’est ainsi que les arbres du genre Acacia s’offrent généreusement en guise de couverture et refuge aux fourmis du genre Pseudomyrmex en échange d’une protection rapprochée contre les ravageurs[iv].

Tout organisme qui s’aventurerait  à grignoter les feuilles de l’Acacia devra de prime abord vaincre l’armée fourmilière. C’est un bel exemple de complicité, d’entraide et d’hospitalité.

Et si notre société devenait plus hospitalière malgré les différences ? Nos différences originelles et séculaires ont-elles abouti à un meilleur monde ? N’y aurait-il pas plus d’avantages dans le mutualisme que dans nos antagonismes persistants? Les espèces faunistiques et floristiques n’hésitent pas à se serrer les coudes car elles savent que leurs valeurs augmentent quand elles se mettent au service d’autres espèces. L’entraide ! Sans entraide, le danger est permanent et pourrait venir de partout, surtout du mauvais voisinage.

Pour la survie de notre espèce nous n’avons pas été tendres avec les autres espèces. Piétinée, dévalorisée et bouleversée, cette nature généreuse et inoffensive que nous mettons plus d’énergie à détruire qu’à préserver nous livre malgré tout, les plus grands secrets de vie. Fidélité, patience, courage, discrétion, stratégie, entraide, il y a tout à apprendre avec elle. Des livres entiers ne sauraient révéler pleinement toutes les valeurs que renferme le monde que nous disons sauvage. Cette profusion de beauté, de savoir-faire et de savoir-être que recèle le milieu naturel nous conforte à l’idée qu’elle regorge des éléments essentiels pour forger nos personnes. Cette faune et cette flore méritent tout autant notre attention que notre protection d’où l’urgence de la concentration de toutes nos forces pour recoller les morceaux encore visibles et sauver ce qui reste.

Yves-Landry Kouamé


[i] https://www.lpo.fr/actualites/cohabiter-avec-les-hirondelles

[ii] Holmes, K. 2009. « Neofelis nebulosa » (En ligne), Animal Diversity Web. Consulté le 2 juillet 2020

[iii] https://www.wwf.fr/especes-prioritaires/panthere-nebuleuse

[iv] Servigne, P., Chapelle, G. (2017). L’entraide – L’autre loi de la jungle, p. 252.


Les 7 pas de l’apprenti écolo

S’inscrire dans une démarche éco-responsable n’est pas chose facile. Il faut s’y mettre pas à pas. Mais très souvent, nous ne savons pas par où commencer. Ici, nous vous proposons les 7 premiers pas quotidiens, pour tendre vers cet idéal. Le temps est venu d’adopter des habitudes qui soignent la planète.

À essayer, à partager et à enrichir!

Pour éviter de consommer plus que le nécessaire, parce que la ressource EAU n’est pas inépuisable.
Parce que 91% des déchets plastiques ne sont pas recyclés.
Parce que la production de l’électricité a des effets négatifs sur notre planète.
Sans oublier que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas.
Pour verdir un peu plus notre conscience car de toute façon, surfer sur internet c’est participer à la pollution numérique.
On oppose souvent l’écologie à l’économie. Ici les deux vocations sont réunies.
Parce que les efforts personnels bien qu’importants trouvent souvent leurs limites. Il faut agir ensemble , s’engager.

Lire aussi : À la découverte de huit citations écologiques de héros africains


World Environment Day pour sauver une biodiversité en crise

Depuis plus de 40 ans, chaque année avec son thème, la journée mondiale de l’environnement s’invite au cinquième jour du mois de Juin pour rappeler certains aspects de la dégénérescence des fondements du vivant.  Nous sommes en 2020 et c’est au tour de la biodiversité de jouir momentanément du regard attentionné si rare de la part d’une civilisation qui jouit sans parcimonie de sa générosité.

@etresensibleasonenvironnement/Journée Mondiale de l'environnement
© Blog Etre sensible à son environnement

Comme les traditionnelles journées du même type, cette journée bénéficie d’une médiatisation exceptionnelle et le message nodal a toujours été le même: « notre environnement va mal.»

Biodiversité : entre surexploitation et inégalités sociales

La biodiversité si riche et généreuse est opprimée par un bourreau qui ne lui est pas étranger. Représentant le vivant sous toutes ses formes animales, végétales et humaines, elle voit se réduire dangereusement, un nombre impressionnant d’espèces et d’habitas naturels, gages de son équilibre. C’est sous la houlette de l’espèce humaine qu’on dit éprise de bon sens que tout se passe. Selon l’Académie des Sciences, la surexploitation des espèces sur les continents et dans les océans, l’agriculture, l’élevage, la déforestation, l’urbanisation et les espèces invasives sont à la base de la dégradation actuelle de la biodiversité. Quasiment toutes ces causes sont liées aux activités humaines. C’est pour cela qu’il est aujourd’hui vital de changer notre façon de consommer, de produire, de commercer et notre conception même du progrès est remise en cause.  Depuis Rio en 1992, la notion de développement durable véhicule l’idée d’un progrès socialement équitable, écologiquement soutenable et économiquement efficace. Mais le constat est cousu de fil blanc: seul l’économiquement efficace est le mieux poursuivi. L’écologiquement soutenable est un objectif bien loin des habitudes de consommation actuelles. En 2019 par exemple, le jour du dépassement [1]est arrivé plus tôt que l’année précédente car le 29 Juillet déjà, l’humanité avait fini de consommer exagérément toutes les ressources que la Terre était capable de régénérer en une année. Quant au socialement équitable, dire que l’objectif est encore imaginaire serait un euphémisme, à voir les inégalités qui se creusent inéluctablement. Pour preuve, selon le nouveau rapport d’Oxfam [2] sur les inégalités mondiales, les richesses des 1% les plus riches de la planète dépassent doublement la richesse de 6,9 milliards de personnes réunies. Par ailleurs, les Nations Unies elles-mêmes rappellent le chiffre de 25 mille représentant le nombre de personnes qui par jour meurent parce qu’elles n’ont rien à manger pendant que  826 millions de personnes vivent avec la faim au ventre. Au Yémen, le Programme Alimentaire Mondial souligne le chiffre de 15,9 millions de personnes en état d’urgence alimentaire. Toutefois, derrière de telles inégalités se cachent les 1,3 milliards de tonnes de nourriture jetées ou perdues chaque année dans le monde.

Notre empreinte écologique est lourde pourtant, les fruits ne profitent pas au plus grand nombre. Les écosystèmes ont été modifié, certains maillons de la chaine alimentaire ont dû s’adapter, d’autres n’ont malheureusement pas survécu à nos ambitions prédatrices. La biodiversité aquatique a elle été transformée tout simplement en un réceptacle insatiable à ordures.

Focus sur la biodiversité aquatique

La faune aquatique est polluée, asphyxiée, piégée cyniquement mais dévorée telle quelle. Le milieu marin est le siège de tous les déversements toxiques. Et pour attirer notre attention sur la pollution aux hydrocarbures, il y a eu le naufrage du Torrey Canyon dans la Manche en 1967 sur les côtes occidentales britanniques, l’une des plus tristes actualités environnementales. Selon le Cedre, organisme de lutte contre les pollutions aquatiques, plus de 25 mille oiseaux ont péri dans cette marée noire. Ce n’était que le début d’une succession d’empoisonnements chimiques des masses d’eau. Car, malgré cette catastrophe, le trafic délétère a très vite légalement repris. Les rejets accidentels, dissimulés et répréhensibles se sont alors accumulés dans les fonds marins. Le Golf de Guinée, l’une des régions les plus polluées d’Afrique a pris cher de sa gestion légère en 2006. Le 19 Août 2006, des résidus toxiques sont déversés en quantité suffisante pour rendre malade tout un quartier en quelques heures et intoxiquer la capitale économique ivoirienne en quelques jours. Que de rebondissements pour situer les responsabilités et les impacts réels du désastre écologique en Côte d’Ivoire. Jusqu’aujourd’hui, les malades ambulants se comptent par milliers mais l’affaire reste tout un mythe. En réalité tout ce que nous rejetons inconsciemment ou consciemment dans les océans se retrouve dans nos assiettes. Nous cuisinons nos propres déchets.  Le corps humain est devenu tellement fragile ! Nous consommons des ressources halieutiques intoxiquées par nos déchets liquides comme solides à tel point que le plastique se retrouve dans notre organisme. «La plupart d’entre nous avons aujourd’hui dans notre intestin une quantité non négligeable de microplastiques.» affirme le biologiste Jean Weissenbach[3]. Alors une journée de l’environnement #PourLaNature : de quelle nature s’agit-il ? Des recherches ont prouvé que même les régions terrestres humainement inhabitables contiennent des traces de l’homme. Les scientifiques ont ainsi découvert des traces de gaz carboniques issus des moteurs dans les glaces de l’Antarctique.

Le temps est plus que jamais venu de donner une nouvelle orientation à ce monde en crise mais qui s’entête à poursuivre sa marche inéluctable vers sa fin. La Covid19 ne nous a-t-elle pas assez fait réfléchir ? Allons-nous renouer avec notre monde d’avant ou réfléchirons-nous à un modèle qui nous permettrait de nous soigner sans rendre la planète malade ? Un nouvel avenir est quoi qu’il en soit en construction: cet avenir qui nous sauvera ou nous enfoncera pour de bon.

Yves-Landry Kouamé


[1] « Jour du dépassement »https://www.footprintnetwork.org/2019/06/26/press-release-june-2019-earth-overshoot-day/ (page consultée le 04/06/2020)

[2] « Rapport Oxfam » https://www.oxfamfrance.org/communiques-de-presse/davos-2020-nouveau-rapport-doxfam-sur-les-inegalites-mondiales/  (page consultée le 04/06/2020)

[3] Jean Weissenbach. Dépolluer la planète,2019, p. 29.


Ce plastique qui nous enterrera, le coronavirus nous indique comment en sortir

Coronavirus et mésure environnementale
©Blog Etre Sensible à Son Environnement

Notre civilisation pour le moins dissolue ne tient pas compte des conséquences dramatiques de cette matière omniprésente, pourtant le plastique fait des milliers de victimes chaque année.

Malgré l’éveil de la conscience collective sur les dangers liés à l’ubiquité de la matière plastique aujourd’hui et l’utilisation le plus souvent éphémère des produits qui en résultent, les industries d’emballages, pailles, cotons tiges, eau minérale, gobelets et assiettes jetables tardent à y trouver des alternatives économiquement soutenables. Pendant ce temps les déchets plastiques bâtissent leur empire monstrueusement dans nos océans profitant de notre négligence. Un 7e continent est annoncé.

La bouleversante découverte de Charles J. Moore

« Seuls nous les humains produisons des déchets que la nature ne peut pas digérer » disait Charles J. Moore, fondateur de la Fondation Algata pour la Recherche en Mer. En 1997, cet homme dont l’océan est devenu le bureau aujourd’hui découvre le vortex de déchets du Pacifique nord, une accumulation de détritus majoritairement plastiques. Son équipage et lui ont eu du mal à s’en défère au retour d’une course à la voile entre Los Angeles et Honolulu la capitale d’Hawaï. Quel ne fut pas leur bouleversement quand ils ont réalisé qu’un seul jour ne suffirait pas pour s’en sortir : il leur a fallu une semaine pour se libérer de ce piège à poubelle océanique. Avec une superficie de 3,4 millions de km2 soit la taille de l’Inde, cette découverte en plus de transformer la vie du capitaine Moore qui s’est engagé depuis lors à porter de la voix afin d’alerter les esprits pour une véritable transformation de nos habitudes, a davantage attiré l’attention des scientifiques et de l’opinion publique. Un gigantesque tas d’ordures  flottant, comment en sommes-nous arrivés là ? Sommes-nous devenus trop dangereux pour la planète ? Une chose qui est certaine, c’est qu’avec tout ce qu’on y déverse, on peut être sûr de la toxicité de ce qui en ressort comme ressources halieutiques.

Cent mille mammifères marins en meurent chaque année. C’est un chiffre énorme mais pas surréaliste car environ douze tonnes de plastiques sont produits par seconde dans le monde. Cependant, jusque là on n’a fait que sensibiliser.

Entre sensibilisation et sanction que choisir ?

Jusque là on n’a fait que sensibiliser. L’inaction n’est plus une option et nous en sommes plus que jamais conscients. Toutefois, nos modes de vie sont tellement enracinés dans ce modèle sans cesse remis en cause que la sensibilisation ne trouve pas bonne oreille. Malgré les campagnes de communication, les interdictions de distribution d’emballages plastiques jetables dans le commerce, les populations restent attachées voire attirées par ces emballages jugés plus propres, pratiques, en adéquation avec les besoins immédiats et coûtent moins cher. De leur cotés, les industriels du plastique se portent bien et pour le moment rien ne menace leur business. A qui la faute ? Cette question n’aidera guère à résoudre le problème lorsque nous seront submergés par nos propres déchets. Si nous ne faisons rien, la planète continuera de vivre sous d’autres formes tout en admirant notre extinction. Vous l’aurez bien compris, aujourd’hui la lutte écologique n’est plus celle de la préservation de la nature car elle n’existe plus. Il s’agit à présent de préserver les restes de cette biodiversité mourante et dont la disparition totale sonnera surement la fin de notre ère. Il s’agit en un mot de prolonger l’habitabilité de terre. Pour ce faire, il faudra sûrement des mesures drastiques car la sensibilisation a fait son temps mais l’être humain semble agir que par contrainte.

Le coronavirus ou les hommes à l’épreuve de la contrainte

Il est regrettable et déplorable le nombre de personnes que nous avons perdues depuis le début de l’année 2020. Ces jeunes, ces adultes, ces mères et pères de familles, ces frères et sœurs, ces proches que les catastrophes climatiques et sanitaires n’ont malheureusement pas épargnés. Mais cela n’a pas échappé aux consciences éveillées, le Coronavirus a montré qu’il était tout à fait possible de changer des comportements, prendre des mesures drastiques, se mobiliser à l’échelle globale face à un risque planétaire. Le changement est donc possible quand l’urgence devient à l’unanimité une évidence et lorsqu’on dépasse le cadre de la sensibilisation. Ce plastique qui nous enterrera, le coronavirus nous indique comment en sortir. Bien qu’il y ait eu des signes avant-coureurs d’une crise sanitaire mondiale (comme le cas de la crise environnementale en cours aujourd’hui), bien qu’il y ait eu des alertes et des sensibilisations aux gestes à éviter, les populations et leurs dirigeants n’ont rien respecté jusqu’aux 100 premiers morts. Il a fallu hausser le ton, il a fallu ordonner le confinement, il a fallu des amendes, il a fallu contraindre. Il faut s’attendre à davantage de crises surtout sanitaires car à force de ne plus avoir d’arbre, à force d’appauvrir la biodiversité, à force de consommer des produits issus de l’élevage industriel, la nature n’a plus de forces pour absorber certains microbes, l’organisme n’a plus de défense naturelle pour résister à la moindre attaque.

 Il semble aujourd’hui évident que la planète atteint progressivement son point de rupture face à une douteuse pertinence de l’action gouvernementale, cette action qui se mue progressivement en greenwashing, une utilisation abusive des messages de protection de l’environnement, un verdissement des logos de campagne non environnementales, un écoblanchiment souvent institutionnel maquillant des projets qui n’ont jamais aboutis. La lutte contre la pollution plastique doit aujourd’hui dépasser le stade de la sensibilisation, car les relations entre l’homme et son environnement se sont fortement détériorées à cause de cette matière.

Yves-Landry Kouamé