Yves-Landry Kouamé

Aruna Winner, jeune photographe engagé

Harouna Ouattara, est l’éco-bénévole de la prémière newsletter de l’ONG BienVERT’liance. Plus connu sous le nom d’Aruna Winner, il fait partie de cette nouvelle génération de jeunes chasseurs d’images ivoiriens pour qui la pratique photographique est un acte d’engagement.

J’ai lancé, avec mon équipe de l’ONG BienVERT’liance, une newsletter dédiée aux actions de la jeunesse écolo. L’idée étant d’amplifier la voix de la jeunesse qui se bat au quotidien pour la planète. Parmi les rubriques phares de cette lettre d’information écolo, « l’éco‑bénévole du moment » met en lumière des jeunes qui, comme Harouna Ouattara, changent concrètement le terrain communautaire.

Aruna Winner ou l’art photographique comme outil d’engagement

En 2026, c’est le photographe engagé Aruna Winner qui ouvre le bal et fait la une de la page 6 destinée à l’éco-bénévole du moment. Avec son regard puissant sur nos paysages, notre biodiversité et les menaces qui pèsent sur eux, il a fait de son appareil photo un outil d’éveil des consciences.

Auteur de reportages-photos particulièrement poignants ces derniers mois, notamment sur la pollution de la lagune Ébrié et sur la biodiversité du Zoo d’Abidjan, il marque de plus en plus la conscience collective par ses productions.

Le 17 septembre 2025, la toile ivoirienne est interpellée par une serie de plus 40 photos, publiée sur le compte facebook d’Aruna Winner. Dans cette serie de photos aussi atypiques les unes que les autres, l’on comprend aisément que la lagune Ébrié n’est plus à ses heures de gloires. Les services écosystémiques rendus par la lagune, autrefois attirant des espèces lagunaires impressionnantes, ont laissé place à un spectacle de déchets insolubles.

Pour contraster cette réalité environnementale peu honorable pour un si grand pays, il publie le 28 septembre 2025, une autre série de photos cette fois-ci pour illuminer la richesse faunistique du Zoo d’Abidjan : des images d’une rare beauté.

Être un oiseau au bord de la lagune et briller (ÉBRIÉ)

La périphrase « Abidjan, perle des lagunes » est aujourd’hui difficile à prononcer. Il serait même plus aisé de parler de perle des déchets ou perles des eaux polluées, en observant le spectacle de la lagune Ébrié. Dans ce décor peu réluisant, Aruna met en lumière le sort des oiseaux en intitulant sa série-photo de la façon suivante : « ÊTRE UN OISEAU AU BORD DE LA LAGUNE ET BRILLER »

“J’ai remarqué l’insalubrité au bord de la lagune et j’ai utilisé ce que je sais faire le plus pour attirer l’attention.”

Installé depuis deux ans à Blockhauss, village bordant la lagune à Abidjan, Aruna Winner s’en inspire directement. En capturant la lagune Ébrié, Aruna révèle avec finesse la difficile cohabitation entre la faune ornithologique lagunaire et les pratiques humaines qui contribuent à la dégradation de cet écosystème.

Cette faculté du photographe, et plus globalement des artistes, à faire sortir les internautes, les spectateurs de leur apathie face à des sujets environnementaux d’une grande importance, rend en réalité un service colossal à la cause environnementale.

La faune d’Abidjan est « ZO »

Visitant le Zoo d’Abidjan pour la première fois, Aruna Winner y voit une opportunité de faire briller le patrimoine faunistique que compte la Côte d’Ivoire, en publiant des photos exceptionnelles !

Jouant toujours sur les mots pour qualifier de façon originale ses oeuvres, il va intituler ce photo-reportage de la façon suivante : « LA FAUNE D’ABIDJAN EST ZO ». L’expression « ZO » veut dire « JOLI » en nouchi.

En enlevant le deuxième « O » du mot Zoo, il transmet un message très clair avant d’immerger les internautes dans une serie de clichés dignes de Nat Géo Wild. Au passage, il ne manque pas de faire un peu de culture générale en rappelant que le Zoo d’Abidjan a été créé par une structure privée, puis racheté par l’État en 1965, avant d’être nationalisé en 1972 et placé sous la tutelle du Ministère des eaux et forêts.

“Je suis passionné de photographie animalière également donc j’ai voulu montrer cette belle faune que compte notre pays.”

Les photos d’Aruna racontent autant l’émerveillement devant les espèces que les défis liés à leur conservation.

« Ce qui me plaît dans le travail d’Aruna, on sent qu’il ne s’agit pas que de faire des clichés , on sent l’intention de raconter une histoire, de passer un message… il y a de la réflexion derrière les travaux. » (Alban M’lan, en commentaire de la publication d’Aruna sur le Zoo)

À la question de savoir comment la phothographie journalistique peut contribuer à la lutte contre la pollution, il reponds de façon remarquable : “C’est une volonté politique nationale qui peut résoudre ce problème. Il faut créer un sursaut national, en appelant à la conscience de tous. Un photojournaliste c’est celui qui informe à travers des images. On dit que les images valent mieux que milles mots. Évidemment, c’est un outil pour appeler à la conscience collective”.

Yves-Landry Kouamé


Surchauffe urbaine et urbanisation de zones risquées : les villes africaines survivront-elles au réchauffement climatique ?

De plus en plus surchauffées, dépendantes des climatiseurs, ravagées par les inondations successives et en proie à la montée des eaux sur le littoral, l’avenir des villes africaines dans le contexte du réchauffement climatique s’envisage avec appréhension lorsqu’on s’y penche. Avec une population africaine qui doublera en 2050, nos villes sont-elles prêtes ?

Abidjan, Plateau, Centre des affaires, ©Wikimedia

Chaleur extrême, dépendance aux climatiseurs, inondations successives, les villes africaines sont en plein boom, mais nourrissent autant de fantasmes que de vulnérabilités. Villes de contrastes, entre gratte-ciels et bidonvilles, entre confort pour certains et extrême vulnérabilité pour les autres, nos villes offrent des spectacles urbains tout aussi impressionnants qu’inquiétants, en s’illustrant notamment par des signes d’inadaptation aux enjeux climatiques actuels. Survivront-elles aux catastrophes climatiques annoncées par les climatologues ? Seront-elles capables d’absorber les 1,4 milliard de citadins africains en 2050 ? J’espère que oui !  Mais dans ce cas, dans quelles conditions climatiques et urbaines vivront ces futurs citadins ?

Les Îlots de chaleur et la grosse dépendance aux climatiseurs

Des africains qui se plaignent de la chaleur en ville, il y en a de plus en plus. Dehors, comme à la maison, les îlots de chaleur nous suivent partout.

Avec des températures insupportables, le goudron et le bitume brûlants, les bâtiments chauds, l’absence de ventilation naturelle, le manque d’eau, les enjeux climatiques sécouent souvent les plaies enfouies sous les gratte-ciels des villes africaines pourtant en plein boom. 

©Ong bienVERT’liance

À Abidjan, comme dans plusieurs autres villes africaines, au-delà des belles images du boom économique récent, il fait très chaud. Disons-le de façon très prosaïque. Il fait chaud à Abidjan : surtout en février-mars-avril, mois les plus chauds. Nos logements-fours ne sont pas du tout adaptés à la réalité des événements climatiques que prédisent les scientifiques depuis plus de 30 ans et qui se manifestent déjà. 

Il faut noter au passage que l’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée au niveau de notre planète. Et en Côte d’Ivoire, la SODEXAM a enregistré des températures particulièrement ardentes, allant de 36 à 41 degrés sur le premier trimestre.

Imaginez un instant l’impact de cette exposition quotidienne à la chaleur, sur la santé des enfants, des femmes enceintes, des personnes âgées, à l’hôpital, dans les écoles, etc. Ne serait-ce pas là un facteur explicatif de l’explosion des cas de paludisme, de maladies respiratoires, d’infections, de brûlures cutanées et de troubles cardiaques ?

Les populations vivent à Abidjan, à Abuja, au Nigéria, au Kenya, au Mali, au Ghana, avec la conscience du caractère inéluctable de l’intensification de la chaleur urbaine. Les conséquences sont dramatiquement subies lors d’épisodes extrêmes, notammanet là où les îlots de chaleurs urbains font déjà des ravages. 

Les îlots de chaleur sont la manifestation concrète du manque de fraîcheur en ville dû à la bétonisation à tout-va, à la taille des bâtiments ainsi qu’à l’absence d’arbres. Or comment vivre agréablement dans une ville sans fraîcheur naturelle ? 

Yaoundé, Cameroun ©Iwaria

En guise d’antidote, les habitants qui peuvent se le permettre s’en sortent avec des climatiseurs pendant que les classes inférieures s’équipent de ventilateurs. D’autres se débrouillent en dormant à la belle étoile ou avec les fenêtres ouvertes, quitte à risquer de se faire piquer par les vecteurs du paludisme lorsqu’on vit dans des quartiers insalubres. 

Lorsqu’on s’attarde sur la climatisation, on voit qu’elle est doublement problématique pour nos villes. L’Afrique, dans sa situation de continent le plus exposé au réchauffement climatique, n’a pas intérêt à ce que le climatiseur se généralise comme remède aux vagues de chaleur, car la dépendance au climatiseur, est aussi un vecteur de réchauffement climatique. En effet, pendant qu’il rafraîchit l’intérieur de la maison, il rejette dehors de l’air chaud qui aggrave l’effet d’ilot de chaleur. Et techniquement, plus il fait chaud dehors, moins le rendement du climatiseur est bon à l’intérieur. On se retrouve donc dans un cercle vicieux où en voulant se sauver, les victimes creusent leur propre tombe.

Par ailleurs, avec le réchauffement climatique, les citadins africains vont devoir de plus en plus dépenser de l’électricité (et de ce fait de l’argent), sans avoir accès au confort et à la fraîcheur recherchés. Disons d’emblée bon courage aux générations futures !

Quand la concentration démographique et urbaine accentuent les vulnérabilités

Les villes africaines avec leur organisation actuelle absorberont-elles les 2,2 milliards d’africains annoncés pour 2050 dans le dernier rapport de l’OCDE ? Y aura-t-il assez d’espace sain, de ressources alimentaires et énergétiques pour tout le monde ?

À ce sujet, un important rapport vient de sortir et je vous invite à le lire attentivement pour cerner les enjeux urbains de l’Afrique de demain, dans le contexte climatique, surtout si vous faites partie de ceux qui observent qu’il y a beaucoup d’anarchie dans nos villes africaines. 

©Image de couverture du dernier rapport de l’OCDE « Dynamique de l’urbanisation africaine »

Publié en mars 2025 par l’OCDE, la Banque Mondiale, Cities Alliance et CGLU Afrique, ce rapport intitulé dynamique de l’urbanisation africaine 2025” est une mine d’or chiffrée pour avoir une lecture complète et actualisée de nos villes. 

Dans ce rapport, on peut lire que les villes africaines accueilleront 80 % des 2,2 milliards d’africains en 2050. Cela soulève bien évidemment de nombreux défis, surtout lorsqu’on est contemporain des conséquences négatives de l’effet de concentration dans les villes actuelles. Le rapport insiste sur le fait que “l’un des plus grands défis auxquels se trouvent confrontées les villes africaines est de réduire leur vulnérabilité aux risques climatiques.”

Aussi, il est important de noter que les pays africains sont souvent caractérisés par une concentration des activités dans une ou deux villes principales. Abidjan qui fait de l’ombre aux autres villes ivoiriennes en est l’illustration parfaite. Et même la capitale politique, Yamoussoukro, n’y peut rien. 

Cette réalité génère d’énormes fractures urbaines, économiques et sociales. La concentration des activités détériore l’expérience citadine et rend certaines populations fragiles non seulement face aux nuisances urbaines, mais surtout face aux risques naturels et climatiques. En effet, une inondation dans une ville déserte n’est pas trop à craindre. Un cyclone qui touche une ville faiblement peuplée n’aura pas le même impact dans une zone à risque et peuplée.

Un bidonville en Afrique du Sud©Iwaria

De plus, les experts des risques climatiques s’accordent à dire que plus les villes accueillent en grand nombre les habitants les plus précaires, plus elles s’exposent à un niveau élevé de vulnérabilité. Pourtant, aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale vit en ville et tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. 

Un bidonville de Lagos ©Wikimedia

Au sujet de la concentration de la précarité : plus d’un milliard de personnes dans le monde, dont 85 % en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, vit dans un bidonville. En Afrique, le Kenya (Kibera), l’Éthiopie, le Nigeria, abrite des bidonvilles importants. Par ailleurs, qui dit taudis, bidonville, dit faible capacité de faire face à la chaleur, au manque d’eau, aux inondations, etc.

Maisons sur un site à risque à Abidjan ©Fofana et Kra

En Côte d’Ivoire, encore une fois pour parler du pays que je connais mieux, on a tous intégré le rendez-vous annuel des inondations dans les zones à risque. On a tous en tête les 9 morts en 2007, imputables aux inondations d’Attecoubé à Abidjan. Toujours à Abidjan, on a tous en tête les 32 morts de 2018 (Cocody, Attécoubé) et les 24 morts de 2024. Quand on analyse l’étiologie de ces inondations, on se rend compte que les maisons inondées étaient construites sur chemins d’évacuation des eaux usées et globalement dans des zones à risques.

Ailleurs, au sein des villes africaines subissant une pression démographique et un manque de planification urbaine, il y a des exemples similaires. Ne dit-on pas que les mêmes causes provoquent les mêmes effets ? On a tous en tête le bidonville flottant Makoko, à Lagos, qui est à lui seul une illustration parfaite du lien entre précarité urbaine et exposition aux risques climatiques.

Et quand on voit comment, en 2024, le cyclone Shido a rayé de la carte du monde, Kaweni, le plus grand bidonville d’Europe, il y a de quoi s’inquiéter pour nos villes côtières. Le Mozambique et le Malawi, ont été aussi frappé par le cyclone, avec des dégâts tragiquement spectaculaires. 

Laisser mourir nos villes ou penser maintenant à des villes durables ?

Face à un problème, il y a toujours des choix à faire, allant du laisser-faire à la réponse pragmatique. 

Les constructions à la hâte, la mauvaise maîtrise foncière, l’anarchie urbaine couplée au manque de curage des caniveaux, l’absence d’identité architecturale, la dépendance au climatiseur et à la voiture, contribuent aujourd’hui au laisser-faire mortifère dans la plupart des villes africaines. En continuant ainsi, sans autre forme de politique urbaine ambitieuse, nous programmons la mort de ces villes.

©Iwaria

À contrario, si nous décidons de rêver à des villes acceptables, adaptées aux enjeux actuels et futurs, il faudrait nécessairement faire des choix politiques plus ingénieux et valoriser les métiers des spécialistes de la ville. Il faut construire sur la base de vrais projets urbains, au lieu de laisser proliférer les vendeurs d’illusions et marchands de sommeil. Et « le projet urbain s’oppose au laisser-faire », comme l’explique si bien Ariella Masboungi dans “Le plaisir de l’urbanisme”.

En réalité, à l’heure actuelle, les experts de la ville africaine de demain semblent absents des nombreuses mutations urbaines en cours. Les universités locales n’en forment pas assez. Les rares qui existent n’ont pas assez de marge sur le tissu urbain anarchique qui échappe au contrôle des administrations locales. 

À Abidjan, par exemple, tout le monde peut s’improviser urbaniste, aménageur, constructeur, promoteur immobilier, maçon. Normal : “le chevreuil peut mordre le tigreau en l’absence du tigre” et “le bœuf enjambe toujours là où la barrière est basse”. Une anarchie urbaine d’une rare dangerosité prend place, générant, en plus des problèmes fonciers habituels, des aménagements à risque, inadaptés aux risques climatiques.

De ce fait, on voit s’étaler des quartiers avec des îlots de chaleur étouffants, des “logements-fours”, sans aucune aménités environnementales. Je crois toutefois qu’il n’est pas trop tard pour basculer vers des villes africaines mieux dimensionnées. Celles qui réconcilieront le citadin à la nature et lui faciliteront la vie. Serait-ce un jour possible ? 

Peut-on encore rêver à des villes africaines ayant une trame esthétiquement enviable, viable et vivante ? Il devient un peu suranné de rêver à notre époque. Et pourtant, je rêve de villes africaines, où on peut se poser tranquillement dans son quartier, en ayant la sensation de respirer un air pur, sans que les odeurs des ordures sauvages environnantes s’en mêlent. 

Je rêve de villes africaines où avoir un bout d’espace public végétalisé, permettant de promener les enfants, est à la portée de tous. Je rêve de villes où on croise, sur des kilomètres, des arbres le long des rues, permettant de marcher à l’ombre, en toute béatitude.

Yves-Landry Kouamé


Scandale écologique en Côte d’Ivoire : Zimrida accoste avec son nitrate d’ammoniaque

L’année 2025 débute en Côte d’Ivoire avec un scandale écologique flottant. Étonnement, fureur et surtout indignation, c’est ce qui ressort de la blogosphère ivoirienne en ébullition ce premier samedi de l’année. Les internautes ont fait basculer ce qui semble être une énième tentative d’atteinte à l’environnement au pays de l’éléphant, une affaire aux allures de Probo Koala 2.

Position du navire, via vesselfinder le 05/01/2024

Un bateau contenant des substances dangereuses, de l’engrais chimique plus précisément, apparemment refusé par plusieurs ports internationaux, se fait prendre en flagrant délit avant d’opérer aux larges d’Abidjan. Avec cette affaire, la toile ivoirienne a une fois de plus brouillé l’ordre traditionnel de circulation des informations administratives et institutionnelles. Il faut dire que le temps de la rétention d’information est derrière nous.

Avec la démocratisation d’internet, plusieurs réseaux d’information rendent caduques les circuits traditionnels de diffusion des nouvelles du pays.  C’est par exemple par l’intermédiaire d’un certain Jean Christian Konan (JCK), un blogueur mué en lanceur d’alerte, que la nouvelle s’irrigue et écourte le week-end des locataires des bureaux dorés du Port Autonome d’Abidjan (PAA).

20 000 tonnes de substances dangereuses

Cette fois, l’affaire semble avoir mal tourné du côté des ennemis de la République, les encaisseurs nocturnes de liasses de billets corrompus dans les bureaux administratifs ivoiriens. Ils viennent sûrement de perdre un gros contrat et auront probablement du plomb dans l’aile.

En octobre 2024, la télévision française attirait l’attention de ses téléspectateurs sur les mouvements de ce navire problématique en parlant de « bombe flottante ». Les autorités maritimes françaises ont alors rassuré l’opinion nationale sur la surveillance des moindres gestes du bateau pour qu’il n’accoste pas aux larges du littoral.

https://twitter.com/lemedia100filtr/status/1875475252983050320

En Côte d’Ivoire, nous n’avons pas eu droit à ce type d’alerte. Cela aurait été une prouesse pour nos autorités administratives. Le départ de feu est parti d’un post Facebook, sur une page portant le nom de Jean Christian Konan / Analys blog, vendredi 3 janvier à 23h58. Le post était millimétré.

C’est ce post relayé par millier qui va positionner l’administration du premier port thonier d’Afrique de l’Ouest, le poumon de l’économie ivoirienne, sur une corde raide.

JCK écrit ceci : « Une cargaison de près de 20 000 tonnes d’engrais à base de nitrate d’ammonium, également qualifiée de « bombe flottante » par de nombreux médias occidentaux spécialisés, est actuellement au mouillage, c’est-à-dire en attente de pouvoir accoster au poste à quai N°5 du port autonome d’Abidjan. Les autorités de la Côte d’Ivoire vont-elles autoriser l’entrée effective de ce navire jusqu’aux quais ? Depuis des semaines, un de nos consultants séniors suit ce navire, convaincu qu’il allait finalement atterrir discrètement en Afrique. C’est chose faite, ce navire est au port d’Abidjan. L’engrais, transporté par le cargo Zimrida battant pavillon de la Barbade, est arrivé à Abidjan plus tôt cette semaine. La cargaison avait été transportée à l’origine par le navire battant pavillon maltais Ruby, qui a attiré l’attention du monde entier en raison de son état dangereux et de sa cargaison extrêmement explosive. La quantité d’engrais utilisée était sept fois supérieure à celle utilisée lors de l’explosion de Beyrouth en 2020, qui avait tué plus de 200 personnes et en avait blessé des milliers. […] »

Ce post a été immédiatement relayé en masse par la blogosphère ivoirienne, y compris celle habituellement abonnée aux buzz divertissants. Le spectre de diffusion s’est donc très rapidement élargi. 

En réalité, il s’agit d’un buzz plus sérieux cette fois, un buzz d’intérêt national. Le navire contient 20 000 tonnes de nitrates d’ammoniaque. Il est question d’un engrais dangereux, susceptible d’exploser s’il est mal dosé et encore plus en cas d’incendie. Il a déjà causé de graves explosions ailleurs, notamment à Toulouse en 2001 et à Beyrouth en 2020. En 2010, avant Beyrouth, la base de données Aria recensait historiquement 28 cas d’explosions graves à travers le monde en lien avec ce nitrate d’ammoniaque. 

Au vu de la dangerosité du navire, on peut se demander quelle forme de légèreté a bien pu conduire les responsables du Port Autonome d’Abidjan à laisser accoster une telle cargaison.

Premier communiqué du Port Autonome d’Abidjan

Devant l’ampleur du mouvement sur la toile, une réaction officielle n’a pas tardé. En fin de journée, le Port Autonome d’Abidjan, qui n’est pas connu pour être un astre de la communication de crise, file un mauvais coton et se retrouve dans l’obligation de publier, illico presto, un communiqué dont la teneur est largement rejetée par les internautes. Était-ce le meilleur moment pour réagir ? Une chose est sûre : le contenu du communiqué est plus embarrassant pour le PAA que rassurant pour les ivoiriens.

Réminiscences de l’affaire Probo Koala

L’histoire est têtue. Ce énième scandale écologique en Côte d’Ivoire rappelle des souvenirs amers du début des années 2000. Zimrida remue le couteau dans une plaie mal cicatrisée : celle du scandale écologique du Probo Koala. En effet, le 20 aout 2006, les ivoiriens se réveillaient avec une forte odeur, suite au déversement clandestin de déchets pétroliers aux larges d’Abidjan via également un navire. Ce scandale écologique a causé 43 000 cas d’empoisonnement ! Le désastre écologique sur les lieux est quant à lui inestimable. Il y avait un peu de tout dans ce scandale : corruption des autorités, laxisme du système de protection et de gestion des côtes, impuissance face au fait accompli. 

Aussi, disons que toutes les questions concernant l’affaire Probo koala n’ont pas trouvé de réponse, même si l’affaire est aux archives. Les internautes n’ont pas manqué de rappeler cet épisode douloureux, qui pour certains a touché des membres de leurs familles.

Heureusement, cette fois, le scénario est différent grâce aux réseaux sociaux. La référence systématique à l’affaire du Probo Koala, qui malheureusement n’a pas pu être évité en son temps, démontre une mémoire collective encore vive et une prise de conscience des enjeux écologiques.

Quelle suite judiciaire aura cette affaire Zimrida ? Aurons-nous des noms, des complices ? Car il est évident qu’un simple communiqué ne suffit pas. Nulle été la vigilance d’un groupuscule, sinon d’une poignée de lanceurs d’alertes, le pire serait arrivé. D’ailleurs combien d’autres scandales nous ont échappé au port ? À quoi faut-il s’attendre à l’avenir si Probo Koala n’a pas servi de leçon ? Sérieusement : les côtes ivoiriennes sont-elles à ce point faciles d’accès ?

La blogosphère ivoirienne de plus en plus importante

Les réseaux sociaux créent de nouveaux tribunaux. Bonne ou mauvaise nouvelle pour les démocraties et la justice ? En tout cas, rien ne se passe sans trace numérique désormais. Les ivoiriens se sont d’ailleurs découverts une nouvelle compétence numérique dans cette affaire Zimrida : traquer les mouvements du navire en temps réel, via un site internet spécialisé.

L’éveil de la conscience écologique passera aussi par le numérique et je me réjouis d’y avoir cru dès 2017 en créant ce blog. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui des tribunaux populaires, avec leurs vices certes, mais une utilité certaine dans plusieurs cas à travers le monde. 

Le numérique s’est encore avéré incontournable dans l’accès à l’information sans filtre, en instantané. Ne dit-on pas que celui qui a l’information a le pouvoir ?

Toutefois, si tout le monde a l’information, à quelle société faut-il s’attendre ? À une société plus transparente ou à une société plus diffuse ? Qui croire entre les communiqués officiels et les lanceurs d’alerte ?

Cette matière que les professionnels des médias était les seuls à manipuler diversement est aujourd’hui aux mains de tous. Des réseaux alternatifs se créent en contre-pouvoir, là où les médias traditionnels peuvent être en retard ou manipulés par certaines classes dirigeantes.

Comme lors du scandale de la réserve naturelle Dahliafleur, menacée d’être rasée pour un projet hôtelier climaticide, la blogosphère ivoirienne a encore su mettre tous les autres sujets de divertissement en pause pour se mettre au diapason d’une alerte écologique. 

Les catastrophes passées n’ont peut-être pas pu être évitées, mais elles ont donné des armes pour affronter les prochaines. Faut-il s’attendre à ce qu’Internet réinvente les codes de l’expression populaire dans nos États africains ? Facebook aura-t-il raison des médias traditionnels d’information ? Jusqu’où ira la mobilisation sur internet en cette année en Côte d’Ivoire (année électorale) ? Affaire à suivre !

Yves-Landry Kouamé


COP29 et échecs des sommets climatiques : à quoi faut-il s’attendre à Bakou ?

Cette année, la COP29 a lieu en Azerbaïdjan du 11 au 22 novembre, sur fond de souvenirs plutôt décevants des précédentes COP et plus largement des sommets sur le climat.

Depuis 1995, les 197 signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) se réunissent annuellement pour discuter des grandes orientations mondiales lors de la Conférence des Parties (COP). Cette année, c’est à Bakou, la capitale d’Azerbaïdjan, que la 29ᵉ Conférence des Parties a lieu. Face aux échecs successifs des sommets climatiques, à quoi faut-il s’attendre cette fois ? En réalité, les conclusions décevantes des COP passées donnent quelques indices.

Des engagements non contraignants

Il s’agit ici d’un écueil qui saute aux yeux à chaque fois qu’on aborde le bilan des COP : le caractère inopérant, réversible et évasif des décisions qui en découlent. 

À l’instar des grands sommets internationaux sur l’environnement, les COP aboutissent souvent à des annonces géantes aux pieds d’argile. C’est comme si l’un des gros points d’attention des dirigeants mondiaux lorsqu’ils se décident à prendre une décision sur le climat, c’est de s’assurer du caractère non contraignant de la décision. 

Ces derniers peuvent, au gré des alternances politiques locales, tourner casaque en ne jouant pas le jeu concernant les engagements climatiques pris collectivement, au mépris des conséquences à l’autre bout du monde.

En 2015, les États ont par exemple signé trois accords majeurs que quasiment personne ne respecte aujourd’hui : l’accord de Paris sur le climat, les 17 objectifs de développement durable à New York, le partenariat pour le financement du développement à Addis-Abeba, en Éthiopie. Quelque temps après : les États-Unis vont sortir de l’accord de Paris après l’élection de Donald Trump et la Chine continue d’investir dans sa dépendance aux sources d’énergie polluantes. Pareil pour les promesses d’appui financier aux pays vulnérables entre 2009 et 2020 : une fois l’objectif annoncé, les pays riches pollueurs ont longtemps trainé les pas pour respecter cet engagement.

Les postures politiciennes entretiennent l’inaction climatique sur chaque sujet à l’ordre du jour à la COP. Or, quand un problème devient politique, on peut être sûr qu’il ne sera pas résolu de si tôt. Et quand il devient économique, on peut déjà passer au sujet suivant.

La COP28 à Dubaï a permis de voir en gros plan cette réalité. On avait à la même table : d’un côté les gros pollueurs du monde de l’énergie qui n’ont pas intérêt à arrêter de polluer, encore moins à se laisser dicter un rythme de sortie des énergies fossiles et de l’autre, les pays pauvres qui subissent tout en restant accrochés aux éventuelles mesures compensatoires des pays riches. 

La COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan (et peut-être aussi la COP30) risque de reproduire le même tableau.

Une COP en Azerbaïdjan : encore un hôte critiquable

Le choix du pays hôte rappelle le boycott de la COP28 à Dubaï, dans une région où les habitants sont loin d’être bons élèves en matière d’écologie. 

Depuis son annonce, le choix de l’Azerbaïdjan fait aussi grincer des dents. C’est un pays où on ne connait pas les concepts de démocratie, de diversité, d’inclusion, de liberté de la presse, de liberté… Sachant que les rendez-vous climatiques sont les meilleures occasions pour les activistes et la société civile d’amplifier leurs actions par des manifestations, c’est assez contre-intuitif. Pour preuve, l’ONG Freedom House a accordé la note de 7/100 à l’Azerbaïdjan sur l’échelle de mesure du niveau de liberté dans le pays. La question climatique est pourtant aussi une question de justice.

Même en ligne, la répression semble forte : 34/100 comme note en termes d’indicateur de liberté d’expression sur les réseaux sociaux par exemple. Ce pays est présenté comme autoritaire et dictatorial selon plusieurs ONG. Le président est au pouvoir depuis 2003, a succédé à son père et s’inscrit dans la droite ligne d’un pouvoir exercé depuis plus de 50 ans par la même caste. Toutes les manifestations pour dénoncer quoi que ce soit ne sont pas les bienvenues, y compris les manifestations climatiques.

De ce fait, certains observateurs parlent de greenwashing. La COP29 permettra au pays de se refaire une santé médiatique alors qu’il fait partie du problème. Plusieurs sujets sont d’emblée voués à être abordés de façon superficielle, comme lors de la COP28 à Dubaï, comme la question de la transition énergétique.

À part vouloir soigner le mal par le mal, qu’est-ce qui peut bien justifier une COP dans ces conditions ? En même temps, si on commence à lister les pays infréquentables, la liste des redflags sera longue.

NCQG : retour du sujet de la réparation par le levier financier

Les inondations au Pakistan de 2022 ont coûté 40 milliards de dollars de pertes et dommages. Mais lors de la COP28 à Dubaï l’année dernière, le monde entier applaudissait l’effort de 700 millions de dollars levés timidement par les gros pollueurs pour aider les pays vulnérables. Le gap est énorme. 

En Afrique, plus de 700 000 personnes ont subi la violence des épisodes climatiques extrêmes en 2024. Surtout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale où plusieurs dizaines de décès ont été enregistrés. Aucun prix ne vaut toutes ces vies arrachées à cause du dérèglement climatique.

Pire, le changement climatique pourrait entraîner d´ici 2050, autour de 250 000 décès supplémentaires par an, selon l’OMS.

Malgré ce triste tableau, les pays pollueurs ne répondent presque jamais spontanément à l’appel de la solidarité internationale. Ils s’étaient engagés à Copenhague en 2009, à fournir 100 milliards de dollars (là où les pays africains espéraient 400) par an jusqu’en 2020, afin de compenser les pertes et dommages causés à l’autre bout du monde. Cet objectif n’a jamais comblé les espoirs suscités lors de son adoption.

Malgré ce bilan mitigé, un nouvel accord (NCQG) devrait émerger lors de la COP29 à Azerbaïdjan sur le financement climatique, avec un appel significatif au secteur privé. Le NCQG, pour dire « New Collective Quantified Goal » ou Nouvel objectif Collectif Quantifié, vise à actualiser le principe de réparation des pertes et dommages. Mais sérieusement : qui croit à l’idée de régler la pollution climatique à coup de compensation par des milliards, sans jamais s’arrêter de polluer ?

Ce sujet de la réparation des pertes et dommages, qui COP après COP, a transformé les délégations des pays vulnérables dont les pays africains en mendiants climatiques, sera le point central de la COP29. 

La réunion préparatoire de la COP29 qui s’est tenue en juin dernier à Bonn a toutefois donné quelques couleurs loin d’être reluisantes. Les attentes égalent les risques de défilement sur le sujet.

Lire aussi : COP28 à Dubaï, face aux promesses en trompe-l’œil, une jeunesse africaine méfiante

Le rêve est-il encore permis ?

Voilà le tableau de la COP29 et peut-être aussi celui de la COP30. Entre accords non contraignants, responsabilités climatiques mal assumées, une solidarité internationale en panne, le bilan des COP ne me fait plus rêver.

Sans une institution supranationale capable d’identifier et sanctionner les gros pollueurs, nous serons toujours loin du compte. Tout porte à croire que les conditions d’une action mondiale sur le climat ne sont jamais réunies.

Pour ma part, en analysant tous ces sommets qui n’ont jamais permis de juguler les problématiques environnementales primaires qui les justifient, plusieurs autres questions me taraudent l’esprit. L’une des questions qui me laisse quotidiennement dans un flou total est celle qui consiste à s’interroger sur le remède qui pourrait nous éviter de sombrer. Est-ce la disparition totale de l’espèce humaine ou est-ce l’action concertée des humains ? Pour l’instant, la deuxième hypothèse ne donne aucun gage de sûreté.

Une autre chose dont je suis certain, c’est qu’un jour, ces vieilles postures qui asphyxient l’essence de ces sommets couteront tellement cher qu’il sera trop tard pour se réunir à la COP128. Il est peut-être temps de faire évoluer ce cadre de réflexion.

Yves-Landry Kouamé


Coopération et interdépendances : quand les animaux sauvages nous apprennent à vivre

Là où les êtres humains rivalisent de cruauté, d’égoïsme, d’individualisme et de rejet de l’autre, dans une période de grands bouleversements socio-démographiques et climatiques, la vie sauvage offre de surprenants exemples de coopération entre espèces dont on ferait bien de s’inspirer…

Plus nous avançons dans la connaissance de la vie sauvage, plus elle nous en dit sur l’état de notre cohabitation. Aujourd’hui, plus que jamais, le monde sauvage nous offre des exemples pour résoudre une bonne somme de conflits que nous traversons. Longtemps débinée pour rehausser la supériorité de l’intelligence humaine, la vie sauvage est pourtant pleine d’images positives. En termes d’ingénierie de la cohabitation, les humains ont beaucoup à apprendre des modes d’habiter du monde sauvage.

Les loups et les corbeaux : une cohabitation vitale

La cohabitation entre ces deux animaux a nourri beaucoup de légendes et ce n’est pas pour rien. Le loup est un grand prédateur tandis que le corbeau est un charognard qui se contente des restes.

Le loup peut manger le corbeau, mais les deux animaux se retrouvent fréquemment à partager le repas ensemble. Les cris des corbeaux attirent les loups, indiquant qu’il y a soit une proie potentielle que le loup peut chasser, soit qu’il y a de la viande à consommer. Les corbeaux profitent en retour du labeur des loups qui vont chasser et consommer leur proie en laissant des carcasses délicieuses qui seront ensuite récupérées par les charognards.

https://twitter.com/FranceTV/status/1104441972129972228

Ce pacte de non-agression entre les deux espèces est vital pour l’écosystème et assure l’équilibre du milieu. En effet, les cadavres peuvent être vecteurs de maladies s’ils ne sont pas consommés : des bactéries animales dangereuses prolifèrent. Le loup, en laissant le corbeau charognard consommer ses restes, sait peut-être qu’il ne faut pas être trop gourmand. Sa propre survie en dépend. Les charognards jouent ainsi le rôle des culs-de-sacs épidémiques, car ils mangent les bactéries pathogènes des carcasses laissées par d’autres animaux. Les vautours par exemple sont excellents en la matière, car rares sont les bactéries animales qui résistent à leur système de digestion redoutable. Cette relation entre les prédateurs et les charognards limite la propagation des zoonoses, c’est à dire des maladies infectieuses qui passent de l’animal à l’homme.

Cet équilibre tend à se rompre. Dans certaines régions du monde, la disparition des charognards à cause des activités humaines (urbanisation incontrôlée, multiplication des activités touristiques, destruction de forêts primaires) a été à l’origine de la propagation de plusieurs maladies. Aujourd’hui, alors que la destruction des équilibres animaliers s’accentuent, les risques de zoonose augmentent, comme en témoigne la menace des maladies comme la variole du singe, la Covid, Ebola, etc. 

La solidarité légendaire des wombats face aux ravages du feu en Australie

Les wombats sont des petits mammifères herbivores, qu’on retrouve en Australie. Comme le kangourou, maman wombat possède une poche dans laquelle elle porte son petit. Ils se caractérisent surtout par leur art de creuser des terriers grâce à ses griffes redoutables.

Lors des incendies qui ont embrasé l’Australie en 2020, ce sont ces terriers, allant jusqu’à 30 mètres de profondeur, qui ont permis à d’autres animaux d’échapper aux feux dévastateurs. Cette année-là, les wombats ont reçu le Nobel de la solidarité pour leur sens élevé de la cohabitation en temps de crise. 

Crédit : Steve Burcham – Pexels

Grâce à cette ouverture à la cohabitation avec d’autres animaux en situation de danger, les wombats ont pu sauver la vie de wallabies, d’échidnés et même de kangourous. Ces derniers, qui étaient sur le point d’être ravagés par le feu, ne remercieront jamais assez les wombats pour leur hospitalité. D’ailleurs, en plus d’offrir un abri collectif isolé de la surface en feu, les wombats ont aussi permis à leurs camarades assoiffés de boire, grâce à leur capacité à creuser des puits.

Coyotes et blaireaux : l’union fait la force

Voici un autre exemple d’alliance surprenante entre les animaux. Il y a quatre ans, une caméra de surveillance permettait au monde de se rendre compte une fois de plus de la symbiose qui peut exister entre deux espèces.

Dans un écotunnel en Californie, sous une autoroute, deux animaux sauvages sont observés dans une rare communion. Un coyote attend un blaireau avant de prendre ensemble le chemin du tunnel, tous les deux apparemment très enjoués par cette aventure. 

Cette image qui a étonné le monde est loin d’être anecdotique. En effet, blaireaux et coyotes se nourrissent des mêmes proies. Ils sont tous les deux carnivores. Ils chassent quasiment dans les mêmes endroits, rôdent autour des mêmes cibles. 

Leurs proies peuvent courir soit très vite ou se terrer pour se cacher. La logique humaine aurait voulu qu’ils se fassent une guerre de territoire afin que le plus fort s’empare de toutes les proies. Sauf qu’il arrive que certains animaux soient plus intelligents que nous. 

De plus, les blaireaux ne sont pas doués pour la course et les coyotes ne savent pas creuser des trous. Plutôt que d’exploiter les faiblesses de l’autre pour s’imposer, les deux animaux vont mutualiser leurs compétences. L’un est en difficulté face aux proies qui se terrent et l’autre face aux proies qui courent vite. L’idée ingénieuse qu’ils vont développer, c’est donc de chasser ensemble, conscients de leur complémentarité. Quelle belle idée !

Deux cerveaux valent mieux qu’un. Les bamilékés du Cameroun disent qu’un doigt seul ne peut attraper des puces. Oui ! Les citations ne manquent pas en la matière, mais les exemples sont devenus rares ! Coyotes et blaireaux nous rappellent que ça marche mieux ainsi. L’union fait la force. Leur travail d’équipe et les défis relevés ensemble ont même inspiré des jeux de société !

Une leçon pour les humains

Dans un monde en panne d’humanité, gangréné par l’individualisme, il est nécessaire de se souvenir que nous faisons aussi partie d’un écosystème où tout est interdépendant. Les animaux sauvages nous en donnent de nombreux exemples.

À l’heure où le sort des migrants climatiques s’assombrit à cause des politiques de rejet, je veux à travers ce billet que nous puissions jeter un regard sur ce qui se passe dans le monde sauvage, où les relations d’interdépendance peuvent être édifiantes. À l’inverse, le manque de solidarité, notamment en temps de crise, conduit souvent à des catastrophes planétaires. 

Pendant la Covid par exemple, les pays africains étaient abandonnés à leur sort, ce qui a eu d’énormes conséquences en termes de propagation de la maladie ainsi que sur les relations entre le Nord et le Sud. Aujourd’hui, les mêmes schémas semblent se dessiner avec la variole du singe. Plusieurs pays baignent dans des catastrophes humanitaires dans un silence collectif assourdissant. En Afrique, on sait qu’un malheur qui frappe à la porte du voisin ne nous est pas étranger. 

Ces exemples de relations animales peuvent donc servir aux humains. Ces animaux ne sont peut-être pas conscients du caractère solidaire et profondément humain de leur façon de vivre. Les wombats ne sont certainement pas conscients d’avoir sauvé la vie aux kangourous en Australie. Les blaireaux et les coyotes ne sont probablement pas conscients que leur stratégie de vie commune illustre bien l’idée de l’union qui fait la force. Les charognards ne sont sûrement pas conscients qu’ils limitent la propagation des maladies. Mais une chose est sûre : ces êtres sauvages réussissent souvent mieux que nous dans l’exercice de la cohabitation et de la solidarité. Ils n’attendent pas le 19 août pour célébrer la Journée internationale de l’aide humanitaire, mais la vivent au quotidien.

Le symbolisme de leurs interrelations nous dit beaucoup sur la meilleure manière d’habiter la planète, de réagir en temps de crise et comment rester en équilibre avec nos semblables, ainsi qu’avec ces êtres que nous détruisons à un rythme effrayant, sans véritablement connaître. 

Yves-Landry Kouamé


Inondations et effondrements en Côte d’Ivoire : chronique d’une anarchie urbaine et environnementale

Éboulements, glissements de terrains, accidents de la circulation, effondrements d’immeubles, mûrs fissurés, le mois de juin est devenu, par la force de son actualité dramatique, le mois rouge au pays de l’éléphant. Au-delà de la saison des pluies, cette situation met en évidence une anarchie urbaine, notamment à Abidjan.

Inondations et effondrement d’immeubles passent aujourd’hui pour des faits divers en Côte d’Ivoire. Chaque année, et particulièrement pendant la saison des pluies avec son pic en juin, les populations des grandes villes, surtout les Abidjanais, subissent les conséquences de l’anarchie qui caractérise le développement urbain des villes ivoiriennes. Les drames se succèdent dans les quartiers précaires comme dans les quartiers huppés.

Ces évènements révèlent en réalité une certaine anarchie urbaine avec son lot de déclinaisons. Si les scientifiques décrivent les évènements pluvieux extrêmes comme des symptômes du changement climatique provoqué par les activités humaines, en Côte d’Ivoire, comme on peut le constater cette année encore, il suffit de peu pour générer le pire.

La saison des pluies et ses faits divers dramatiques 

C’est par l’effondrement d’un immeuble à la Riviera palmeraie, dans la commune de Cocody à Abidjan, que la saison pluvieuse a pointé son visage le plus sombre cette année. 


Le 4 juin, la toile ivoirienne fait tourner la vidéo spectaculaire d’un immeuble effondré, devant le regard impuissant des riverains. “À qui le prochain tour”, peut-on lire sur leurs visages ?

Du côté de Yopougon, un Gbaka (minicar en Nouchi) a été emporté ce jeudi 13 juin par les eaux, sur la voie reliant la plus grosse commune de Côte d’Ivoire à la commune d’Adjamé, alors qu’il transportait une trentaine de passagers. 

Même scénario sur la route de Yamoussoukro ce vendredi 14 juin. La route Abidjan-Yamoussoukro, impraticable à cause du niveau de l’eau, des véhicules qui plongent dans des ravins, d’autres bloqués dans des caniveaux. Il s’agit d’une situation typique de constructions sans tenir compte des risques d’inondation.

De violents orages, sur des secteurs très urbanisés, caractérisés par une imperméabilisation des sols, vont forcément entrainer un ruissellement aux dépens de l’infiltration (car l’eau qui tombe sur la route goudronnée ne peut pas s’infiltrer). Les eaux vont donc se concentrer sur les voiries et générer des dommages.


L’année dernière, au mois de juillet, le bilan partiel de la saison des pluies s’élevait à 30 décès dont 22 dans la seule ville d’Abidjan. Cette année, nous sommes bien partis pour battre un triste record. Touchons du bois !

Or, s’il y a inondations meurtrières, c’est qu’il y a des zones inondables habitées. S’il y a éboulement de terrain, c’est qu’il y a construction anarchique sur des terrains à risque.

La plaie des quartiers précaires et de l’étalement urbain

L’urbanisation incontrôlée produit toujours des dégâts incontrôlables. La nature ayant horreur du vide, si la puissance publique ne maîtrise pas l’espace (le foncier), celui-ci est occupé spontanément par des gens qui n’ont d’autre préoccupation que de se loger. Il se crée ainsi un processus d’artificialisation informelle des sols, avec des risques d’imperméabilisation là où il faudrait laisser l’eau s’infiltrer. 

Lire aussi : les villes africaines survivront-elles au réchauffement climatique ?

À Abidjan, les quartiers précaires poussent comme des petits pains, à la faveur de l’exode rural, conséquence de l’hyperconcentration des activités économiques et des mouvements de population au niveau sous-régional. 

C’est dans les bas-fonds, sur des pentes raides, sous des fils à haute tension, qu’on retrouve ces baraques érigées sans droit ni titre foncier. En plus des risques sanitaires de ce type d’occupation, les répercussions environnementales sont lourdes.

© Iwaria

Cela dit, ces quartiers sont de véritables laboratoires d’observation des conditions sociales et des parcours résidentiels. La logique répressive de déguerpissement, comme nous le constatons souvent, ne saurait être la solution de long terme. 

Quand tout le monde est aménageur et agent immobilier

À Abidjan, pas besoin de faire des études en aménagement du territoire, en urbanisme ou en architecture pour vendre une expertise en la matière. En effet, les dispositions légales en matière non seulement d’acquisition des terrains, mais aussi d’ingénierie de la construction ne sont pas accessibles à tout le monde et s’opposent à certaines habitudes commerciales informelles.

Géomètres, topographes, architectes et agents immobiliers improvisés pullulent la toile d’annonces aussi surprenantes les unes que les autres, en jouant de la faible connaissance et du faible niveau d’accès à l’information de leurs clients. C’est le secteur de la “marmaille” (vendeurs d’illusions en jargon ivoirien) ! 

© Iwaria

Il y a tout un anarchisme autour des pratiques d’attribution des terrains constructibles. Légalement, tout est organisé de façon à ce que l’autorité administrative soit le dernier rempart légal après l’étape villageoise. Mais dans les faits, cette voie légale, cristallisant les convoitises autour du fameux ACD et consacrant un processus faisant intervenir des autorités traditionnelles (délivrance d’une attestation villageoise), est à la base de nombreux conflits fonciers en zone urbaine. 

Ainsi, il est assez coutumier de voir plusieurs personnes possédant une attestation pour la même parcelle. C’est aussi dans cette cacophonie des niveaux d’attribution de terrains que s’organise l’occupation de parcelles à risque et notamment de constructions dans des zones inondables et exposés à des glissements de terrain.

Par ailleurs, le recours aux professionnels de l’aménagement n’est pas toujours privilégié en raison du coût du foncier qui ne laisse souvent plus de marges de manœuvre pour la construction et surtout de l’appréhension selon laquelle cela reviendrait plus chère. 

Planifier, cartographier, informer 

Beaucoup décriée, mais jamais résolue, l’absence de planification urbaine endeuille chaque année les populations ivoiriennes. Le pire, c’est qu’il s’agit là d’une situation qui risque d’empirer si rien n’est fait d’ici aux prochaines décennies.

Aucune description de photo disponible.
© Sodexam (2020)

En 2100, l’Afrique devrait abriter 40 % de la population mondiale et cette projection concerne davantage la Côte d’Ivoire. Les processus d’urbanisation galopante sont déjà observables, plaçant la ville littorale d’Abidjan en position de nœud central des dynamiques urbaines dans la sous-région.

Le tronçon Lagos-Abidjan devrait être la plus grande zone d’habitation continue et dense au monde d’ici à la fin du siècle. Il faut donc anticiper, planifier et adapter le développement urbain aux implications environnementales, sociales, économiques et administratives d’une telle poussée démographique en prenant en compte les conditions climatiques.

Pour rappel, nous sommes dans la zone du globe caractérisée par un climat chaud et humide. Nous sommes soumis à des gros événements météorologiques extrêmes exacerbés par le réchauffement climatique. De ce fait, le challenge des aménageurs (dont je fais partie) est de trouver des formes urbaines répondant à la fois aux questions de chaleur, d’humidité et globalement aux aléas climatiques.

Par exemple, face aux inondations et l’augmentation du niveau de la mer, il faudrait favoriser des formes urbaines qui facilitent l’absorption de l’eau en excès pendant les épisodes pluvieux et qui laissent place à des zones tampon qui vont permettre à l’eau de s’infiltrer en amont de la ville et non à l’intérieur.

De plus, il faut rendre la cartographie accessible à tous. En matière de prévention des risques d’inondation, il est quasiment impossible de se passer de clés de lecture spatialisées.

Pour prévenir les constructions dans des zones à risque, il est important que nous sachions où se trouvent ces zones. Et cela peut se faire par l’entremise de la vulgarisation des cartographies qui permettent de situer géographiquement notre terrain. 

Nous venons de le voir, le sujet des inondations et des effondrements d’immeubles est fondamentalement un sujet d’aménagement urbain. Une urbanisation incontrôlée génère un désordre urbain qui occasionne malheureusement l’actualité que nous connaissons aujourd’hui, notamment des pertes en vies humaines. Pour peu, le pire arrive. Il est urgent d’agir structurellement pour résoudre définitivement ce problème. La vie est sacrée.

Lire aussi : Montée des eaux en Côte d’Ivoire, jusqu’à quand l’inaction ?

Yves-Landry Kouamé


Jeunesse africaine face à la crise climatique : comment sauver la planète quand on a faim ?

Alors que le monde entier célèbre la journée mondiale de l’environnement ce 5 juin, la jeunesse africaine danse devant le buffet. Et lorsqu’on n’a rien à manger, comment penser aux délicieuses recettes pour sauver la planète ?

[Les personnages cités à titre illustratif dans cet article sont fictifs, bien qu’inspirés de faits réels.]

Les jeunes africains manquent généralement de moyens pour prendre leur part dans les solutions à la crise climatique. Ils sont pourtant les plus touchés par les conséquences du réchauffement climatique.

En sept ans d’engagement écologique, j’ai eu le temps d’observer et de côtoyer de belles initiatives sur différents continents. Cependant, force est de constater que dans l’engagement écologique des jeunes en Afrique, je ne vois que de maigres actions çà et là qui se démarquent difficilement, témoins d’un engagement famélique, facilement instrumentalisable à la faveur de la moindre niche de financement.

Alors cette année, au lieu de me laisser entrainer dans le flot des actions symboliques marquant le 5 juin autour du thème de la journée mondiale de l’environnement, j’ai plutôt envie de parler des difficultés qui empêchent les jeunes africains de prendre leur part dans le combat écologique mondial. 

Quand les besoins primaires ne sont pas comblés

Plusieurs obstacles empêchent les jeunes de s’engager dans des initiatives durables en Afrique. Rappelons qu’il s’agit du continent qui subit le plus les conséquences du réchauffement climatique. Sa jeunesse est handicapée par une crise climatique dont l’Afrique n’est pas responsable.

Cette jeunesse ne reste néanmoins pas les bras croisés. Elle tente des choses toutefois fragilisées par un contexte difficile. Plus de 72 millions de jeunes africains, dont majoritairement des femmes, n’ont pas accès aux études, à un emploi ou à une formation qualifiante. 

© Iwaria

Près de 98 millions d’enfants ne vont pas à l’école. Il est difficile de faire émerger des Einstein de l’écologie dans ces conditions. Tout le monde ne peut pas être Greta, mais quand même ! Pendant que Greta Thunberg grille les cours pour protester contre l’inaction climatique, Moussa lui, aurait aimé bénéficier d’un système éducatif correct.

Comment prendre conscience des enjeux du monde qui nous entoure si on ne sait ni lire ni écrire correctement ? Comment faire partie de la solution face à la crise climatique ? Moussa a manqué pas mal d’opportunités avec son association environnementale, car il n’a pas les compétences nécessaires pour mobiliser les fonds, rédiger les bons courriers et entretenir des partenariats institutionnels malgré ses belles idées et sa passion. Entre le manque d’eau potable dans son village, la distance entre son domicile et l’école et le manque d’électricité pour réviser, il a dû écourter ses études sans avoir le moindre diplôme.

Chômage, manque d’argent, difficultés quotidiennes, elles-mêmes exacerbées par le réchauffement climatique, les rares jeunes plus ou moins compétents, qui comprennent la trajectoire infernale de l’humanité en crise, sont ramenés à la dure réalité de la pauvreté.

Entre la recherche d’une situation professionnelle et sociale stable et l’envie de s’engager pour changer les choses, Jessica a quant à elle dû faire un choix difficile. Après plusieurs demandes infructueuses de financement, elle a tiré une croix sur l’association environnementale qu’elle avait créée sur les bancs de l’université. Quel dilemme ! Il n’y a rien de pire que le savoir qui n’apporte point de salut à celui qui le possède.

Le projet de Vanessa est subventionné par du greenwashing 

Pendant qu’ils sont au camp, Vanessa reçoit une notification par mail lui confirmant l’obtention d’une importante subvention privée pour son projet de soutien aux victimes des inondations.

Elle est contente et l’explique aux autres jeunes engagés du camp. Au tour de Kylian qui vient des États-Unis de lui expliquer qu’il s’agit d’une entreprise fossile qui pollue et donc de Greenwashing.

© Iwaria

Vanessa a fondé son association pour aider les victimes des sécheresses, inondations et de la pauvreté dans son village. Elle est aujourd’hui l’interlocutrice entre sa communauté et les entreprises étrangères qui s’installent progressivement dans la région. Elle organise des actions humanitaires et notamment le relogement des habitants des sites menacés par les inondations et les glissements de terrain. 

Son village est constamment frappé par des épisodes de sécheresse et de famine. Elle côtoie quotidiennement des enfants faméliques qui n’ont pas de choix à faire entre des aliments issus de l’agriculture biologique ou pas. La nourriture se fait tellement rare.

Ce qu’elle va répondre à Kylian, c’est que dans cette lutte, elle a été seule pendant longtemps, et particulièrement financièrement. Vanessa a envoyé tous les courriers qu’elle pouvait aux autorités locales et internationales, mais n’a bénéficié d’aucun soutien suffisant. Plus d’une fois, elle a voulu abandonner. 

Jeune femme africaine tenant un portefeuille avec une monnaie virtuelle bitcoin stressée et frustrée avec la main sur la tête visage surpris et en colère
© Freepik

De retour d’une formation dans le cadre d’un programme international, elle commence à ouvrir ses horizons et côtoie des bailleurs privés qui sont prêts à la soutenir. Elle y voit deux bénéfices : une lucarne de sensibilisation des entreprises qui s’installent et exercent sans tenir compte de la population et un moyen de pérennisation de ses activités. 

Avant de mettre fin à la conversation, Vanessa explique à Kylian qu’il est facile de choisir quelle aide accepter lorsqu’il y a une Sécurité sociale et une institutionnalisation de l’aide aux associations au niveau local. Mais chez elle, c’est tout un parcours du combattant pour trouver des aides. 

Tedougou, un ancien compagnon avec qui elle a essuyé les plâtres des débuts de l’association, l’a abandonnée en cours de route pour se lancer dans des petits boulots : il est actuellement pompiste dans la nouvelle station d’essence qui vient d’ouvrir dans son village. Les difficultés de la vie ont rattrapé Tedougou. Comment sauver la planète quand on a faim ?

Donner aux jeunes africains les moyens d’agir : financer, accompagner 

Les jeunes d’Afrique doivent davantage être entendus et vus sur le front de l’engagement écologique. Dans ce sens, les financements destinés à l’adaptation et à l’atténuation doivent être bien fléchés.

La dernière décennie a été celle où l’on a le plus parlé de réparation et de soutien à l’adaptation au changement climatique en Afrique, mais les jeunes restent toujours les angles morts. Les niches d’innovation se raréfient, plusieurs initiatives s’essoufflent par manque d’accompagnement.

L’engagement écologique doit être à la portée de tous les jeunes et notamment des jeunes africains, car c’est avec eux que l’avenir de la planète se construira durablement. Pour libérer l’engagement des jeunes africains, pour sanctuariser leur puissance d’innovation, faudrait-il d’abord les libérer de leurs insuffisances économiques et matérielles. Comment sauver la planète quand on a faim ?

Yves-Landry Kouamé


CAN 2023 : Le bal des supporters écocitoyens

La CAN 2023 en Côte d’Ivoire est en passe de devenir la première CAN écocitoyenne de l’histoire. Après un peu plus d’une semaine de compétition, plusieurs images fortes font bouger la toile africaine. Parmi elles, les images de supporters écocitoyens ramassant les déchets dans les tribunes et celles de voyageurs venus à vélo font sensation.

image d’illustration ©freepik

Autour des stades, en tribune comme sur les terrains, l’aura de la CAN 2023 est exceptionnelle. Après la précédente édition au Cameroun, pour le moins pâle en termes d’images positives, beaucoup ne s’attendaient pas à vivre en Côte d’Ivoire une expérience sportive aussi riche. Cette année, la toile africaine vibre au rythme des belles images et de messages forts !

Petit focus dans ce billet sur les premières images qui ont retenu mon attention, en l’occurrence celles de supporters faisant preuve d’écocitoyenneté dans les tribunes. Quelle analyse peut-on en faire ? Est-ce par imitation des supporters japonais ou s’agit-il d’une réelle dynamique de changement des manières de faire ?

Le bal ouvert par les supporters algériens

Les premiers à l’origine de cette initiative sont les supporters algériens. Ils se sont illustrés sur les réseaux sociaux avec leurs déchets en main, nettoyant les tribunes des stades de la Côte d’Ivoire.

Ces images positives contrastent parfaitement avec celles de la supportrice algérienne proférant des propos dégradants sur le pays hôte et qui a été ensuite, à juste titre, renvoyée du territoire sur ordre des autorités.

Cette attitude écocitoyenne des supporters algériens a été bien accueillie par la toile.

Les supporters ivoiriens répondent au défi du zéro déchet dans les tribunes

Moins d’une semaine après le coup d’envoi de cette compétition, on a vu les ivoiriens s’illustrer à leur tour de façon positive, au travers d’images de supporters responsables. Eux aussi se sont mis à ramasser les déchets afin de laisser leurs stades propres.

Malgré les performances décevantes (pour ne pas dire chaotiques) de l’équipe nationale en phase de poules, les supporters ivoiriens, dans leur majorité, restent attachés à la bonne organisation de cette CAN et font tout pour garder une bonne image.

Des étudiants de Bouaké, dont les cours ont sûrement été perturbés à cause de cette compétition continentale, se sont même engagés à nettoyer les déchets qui traînent dans les tribunes du stade de Bouaké.

Même sans gants et sans équipements appropriés, chaque jour de match est l’occasion d’un Clean Up Day !

Ce challenge lance un signal fort aux délégations des autres pays qualifiés. C’est une invitation à l’écocitoyenneté, à la responsabilité et à la hauteur d’esprit peu importe l’issue des matchs. C’est aussi une manière de lutter contre le fléau des déchets non traités qui jonchent les rues des villes africaines, un vrai défi pour le continent.

En adoptant cette attitude, il faut aussi comprendre que les ivoiriens respectent les consignes données par le comité d’organisation de la CAN 2023.

Le Comité d’organisation de la coupe d’Afrique des nations (COCAN) a en effet beaucoup communiqué autour d’une CAN zéro déchet dans les tribunes. Une première dans l’histoire de l’organisation de la coupe d’Afrique.

Maliens, Tunisiens et d’autres nationalités rejoignent l’opération “stades propres”

Dans l’ambiance du deuxième match de poules, les supporters du Mali et de la Tunisie ont tenu à s’illustrer de la même façon. Ils ont nettoyé leurs tribunes avant de quitter le stade.

La vidéo des supporters maliens a fait le tour de la toile, montrant un peuple discipliné et attaché aux bonnes valeurs.

Malgré le score nul dans un match au cours duquel les Maliens ont d’abord mené au score, avant de se faire rattraper… les supporters des deux camps n’ont pas manqué d’envoyer un message symbolique positif depuis les tribunes.

https://twitter.com/luca_varan/status/1749027632090436041?s=46

Ce sont des images plaisantes. Elles nous rappellent un certain peuple japonais que le monde entier a applaudi à la coupe du monde au Qatar en 2022.

Sur les traces des supporters japonais ?

Lors de la coupe du monde 2022, les citoyens japonais présents au Qatar s’étaient attirés la sympathie du monde entier en nettoyant les tribunes après chaque match. Ces derniers nous ont habitués à ce type d’image… En 2022, dans une coupe du monde très critiquée car loin d’être écologique, les japonais ont su, par leur attitude écocitoyenne, apporter un brin de vert dans les tribunes.

https://twitter.com/CanalplusFoot/status/1139813100150910977?s=20

Ces images ont fait le tour de la planète. Le monde entier a loué la culture du respect des infrastructures publiques au Japon. Les humains agissant par mimétisme, ce beau geste a inspiré d’autres supporters.

https://twitter.com/stadesc/status/1596251738553876480?s=46

C’est aussi cela la puissance du sport et surtout du football. Pourtant, ce type d’image était très rare dans les compétitions africaines avant cette 34ᵉ Coupe d’Afrique des Nations. Cette année est différente, les images vues sur les réseaux sociaux semblent avoir marqué les esprits. L’écocitoyenneté dans les stades, c’est nouveau, c’est exceptionnel et c’est réjouissant !

Cerise sur le gâteau : du vélo, des crampons végans, des malvoyants…

Du point de vue écologique, il y a un peu de tout dans cette CAN 2023. Pendant que certains s’adonnent au zéro déchet en tribune, d’autres font de la mobilité douce et décarbonée leur combat.

https://twitter.com/cieofficiel/status/1746234037843214838?s=46

Des supporters marocains, plutôt mieux inspirés que Regragui leur coach, ont passé des mois sur la route pour rejoindre la Côte d’Ivoire, en choisissant le vélo comme moyen de déplacement. C’est l’autre geste écocitoyen fort de ce début de CAN.

https://twitter.com/moorishmovement/status/1747558400639000733?s=46

Parmi ces cyclistes impressionnants, celui qui a fait exploser la toile, c’est Haj Mohamed Madkour. Ce vétéran de 72 ans a mis à rudes épreuves ses muscles pour soutenir les Lions de l’Atlas en Côte d’Ivoire. Même aventure pour d’autres marocains comme Mohammed Ouissafane, qui a fait la route à vélo également.

https://twitter.com/prom_ivoire/status/1747923739486879862?s=46

Le spectacle des supporters marocains ne s’arrête pas là. Un autre marocain de 29 ans, Hamid El Bahry, a quant à lui fait le choix de s’y rendre à pied. Oui ! Du Maroc à la Côte à pied !

Ces supporters, en plus de démontrer leur amour pour leur sélection de football, font par ricochet la part belle à la mobilité douce, active et décarbonée. Leur empreinte carbone aurait été considérable s’ils avaient fait le choix de la voiture ou de l’avion, comme la plupart des visiteurs.

Ces histoires sont tout aussi impressionnantes que belles. Peu importe l’issue de cette compétition pour le Maroc, on pourra retenir qu’ils ont été les champions de la mobilité active et décarbonée de la CAN 2023.

Autres images réjouissantes, celles de joueurs nigérians s’affichant avec des paires de foot écologiques. Des chaussures fabriquées à partir de déchets c’est quand même pas mal !

https://twitter.com/lucavaran/status/1749348781642952949?s=46

Que dire aussi de cette vidéo saisissante de malvoyants célébrant des buts à la CAN ?

https://twitter.com/edithbrou/status/1748684439733907797?s=46

Que retenir de ces premières images frappantes ?

Avec l’explosion des réseaux sociaux (sur lesquels les médias jouent un grand rôle, notamment en ce qui concerne l’attractivité des territoires) les pays africains ont compris la notion de nation branding.

https://twitter.com/gamberge_1/status/1747324803902583110?s=46

Tous les moyens sont bons pour enjoliver l’image du pays à l’extérieur, quitte à exagérer ou à montrer le contraire de ce qui est réellement à l’œuvre. Dans cette optique, le football est aujourd’hui un puissant levier de marketing national.

https://twitter.com/wode_maya/status/1747963736546046168?s=46

Par le biais de cette CAN 2023, la Côte d’Ivoire confirme sa culture hospitalière et les avancées solides du pays ces treize dernières années, notamment en ce qui concerne sa stabilité politique.

https://twitter.com/algeria3new/status/1749134924936774120?s=46

Pour les supporters des différents pays, la course à la palme d’or du meilleur public écocitoyen est une façon de montrer leur niveau de civisme et d’ouverture d’esprit. Chaque supporter devient l’ambassadeur de son pays d’origine.

Ramasser les déchets qui ne nous appartiennent pas, dans des stades qui ne nous appartiennent pas, c’est faire preuve d’un sens élevé de civisme.

Les supporters marocains, algériens et tunisiens qui s’illustrent particulièrement, sont comme en mission. D’ailleurs, le Maroc, pays qui accueille la prochaine CAN, n’a pas trop intérêt à laisser une mauvaise image.

https://twitter.com/cotedivoireoff_/status/1749064792726282721?s=46

Ces écogestes en tribune et toutes ces images fortes sont donc une manière pour les nations présentes à la CAN 2023 de « montrer patte blanche » et de donner à voir une belle facette de leur pays. À cet effet, les messagers numériques de ces pays s’activent à relayer en masse leurs écogestes et toutes leurs actions positives, même les plus minimes, notamment sur X (ancien Twitter) .

Mais peu importe qu’elles soient surjouées ou sincères, toutes ces images sont les bienvenues. Quelle différence entre un Khoya qui se prend en photo, déchets en main dans les tribunes d’un stade ivoirien, et Greta qui se prend en photo, pancarte en main, adossée au mur du parlement suédois ? C’est peut-être de là que partira la révolution écologique en Afrique.

Le monde du foot à l’heure de la transition écologique, Questions d’environnement, RFI


Toutes ces images sont donc sincèrement les bienvenues, d’autant plus que la CAN 2023 est l’une des plus médiatisées de l’histoire. Tous les projecteurs sont tournés vers l’Afrique et cela durera jusqu’au 13 février. On dit souvent que l’Afrique souffre d’un déficit d’images positives… Cette fois-ci une belle lucarne s’ouvre pour communiquer de sorte à verdir le tableau. Et pour l’instant, le compte est plutôt bon !

Il nous faut le maximum d’images positives comme celles-ci pour le reste du tournoi. Il s’agit déjà, après seulement une semaine, de la CAN la plus écocitoyenne et hospitalière jamais organisée. Alors que le meilleur gagne et que la fête reste écocitoyenne !

Yves-Landry Kouamé


COP28 à Dubaï : face aux promesses en trompe-l’œil, une jeunesse africaine méfiante

La 28ᵉ conférence des parties sur le climat se tient du 30 novembre au 12 décembre 2023 à Dubaï, aux Émirats arabes unies. Il s’agit de l’une des COP les plus contestées de ces dernières années. Du choix du président de cette COP28, en passant par la question de la non-inclusion de la jeunesse africaine, ou sinon du poids marginal des pays vulnérables par rapport aux lobbies invités en masse, tout est à refaire.

L’encre ne finit pas de couler pour décrier une COP28 où les dés sont pipés d’avance. Un pays hôte loin d’être neutre, des promesses en trompe-l’œil, une surreprésentation des lobbies, une sous-représentation des pays vulnérables et de la jeunesse africaine, pour ne citer que ces aspects. Cela dit, sachant que les éditions précédentes n’ont pas engendré de retombées exceptionnelles, que vaut vraiment cette COP28 ? Est-ce que le choix du pays hôte ne dit pas tout sur la portée de cette COP ? Quelle place y est accordée à la jeunesse africaine ? Pourquoi faut-il se méfier de la multiplication des annonces de Dubaï ? Décryptons ensemble.

Un pays hôte qui fait grincer des dents et une jeunesse africaine à l’écart

Les Émirats arabes unies sont un pays de consommation de masse, où les habitants ont une empreinte carbone qui montre clairement que le climat est le dernier de leur souci, ce choix de le désigner pays hôte n’a jamais fait l’unanimité.

https://twitter.com/Nemontanaa/status/1730846904718639457

À l’heure de la sobriété énergétique, les paysages urbains dans ce pays sont dans la démesure : îles artificielles, plages artificielles, la plus grande tour du monde, des lumières et usines partout…

Ainsi, avec un niveau de vie d’une abondance insolente, les Émirats arabes unis cumulent presque tous les modes de consommation et de production qui sont à la base du réchauffement climatique mondial.

Les quelques jeunes africains qui participent à ce rendez-vous peuvent se dire que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Ces jeunes arrivent comme un chien dans un jeu de quille.

https://twitter.com/Fridays4FutureU/status/1730938450432405762

D’ailleurs, comme lors des éditions précédentes, un constat qu’on peut émettre, c’est l’absence de visibilité de la jeunesse africaine à ce sommet, notamment à la table des discussions.

Contre toute attente, une victoire pour les pays vulnérables !

Premier jour, première grande annonce de la COP28. Un fonds « pertes et dommages » qui va servir à réparer des catastrophes climatiques a été adopté. Bonne nouvelle, mais tout porte à croire qu’il faut rester mesuré dans la jubilation. N’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ? Où en est-on avec le premier fonds de Copenhague ?

https://twitter.com/FeydelSandrine/status/1730504205910020161?s=20

En 2009, lors de la COP15, un premier fonds était adopté à Copenhague pour financer l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation de l’usage des énergies fossiles dans les pays en développement. Ce fonds prévoyait en outre 100 milliards de dollars en direction des pays vulnérables. Mais, les engagements de ce fonds n’ont jamais été respectés par les pays développés.

L’année dernière à la COP27, le principe d’un fonds d’urgence a été signé en Égypte pour réparer les torts causés aux pays vulnérables, sans trop entrer dans les détails. C’est ce fonds qui vient d’être adopté avec beaucoup d’aspects qui ne rassurent pas les pays concernés.

Par exemple, ce fonds sera logé à la Banque mondiale où les pays riches ont plus de pouvoir que les pays vulnérables. Intervient également dans ce fonds la fameuse logique non contraignante.

On parle de contributions volontaires. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que si chacun peut mettre ce qu’il veut, le risque d’un « Copenhague Bis », et donc d’une coquille vide est grand. Il faudra d’ailleurs rester très attentif sur la composition du comité de gouvernance qui sera mis en place d’ici à quelques mois.

Encore un accord non contraignant sur les énergies fossiles

Responsables du réchauffement climatique, le pétrole fait partie, avec le charbon et le gaz, des sources d’énergie fossiles dont il faut se passer pour limiter le réchauffement climatique à + 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle. Une trajectoire qui parait utopique au regard des modes de vie actuels. Or, sans cet effort, les sécheresses, la montée des eaux, les inondations et autres catastrophes continueront de faire des ravages en Afrique.

A cet effet, tournons les regards vers Sultan Al Jaber, astre du développement des activités pétrolières dans son pays et président de la COP28.

Si plusieurs organisations non gouvernementales et plusieurs personnalités s’insurgent contre la présidence de la COP28 de Dubaï, c’est surtout parce que Sultan Al Jaber est une figure doublement controversée. Directeur de la principale entreprise pétrolière des Émirats arabes unis, il est aussi fondateur de Masdar, géant des énergies renouvelables. Il n’aurait donc pas de mal à pencher d’un côté comme de l’autre. Il n’a par ailleurs pas trop intérêt à ce que l’industrie pétrolière baisse ses activités comme le recommandent pourtant les scientifiques.

Finalement, les craintes des observateurs se confirment à la COP28 avec l’annonce d’un engagement non contraignant d’une centaine de pays à tripler les investissements dans les énergies renouvelables d’ici 2030. À première vue, il s’agit d’une bonne nouvelle.

https://twitter.com/vanessa_vash/status/1731201975700574216?s=46

On peut s’imaginer que cela contribuera à s’éloigner des énergies fossiles, mais il ne faut pas être dupe. Plus de pétrole dilué dans un peu d’énergie renouvelable ne fait pas de mal au lucratif business du pétrole, d’où le travail acharné pour rendre cet accord NON CONTRAIGNANT.

Qui a cru que le but des pétroliers était d’engager une véritable transition énergétique telle que le suggèrent les scientifiques ? La transition peut attendre.

Les promesses en trompe-l’œil entraînent des migrations

Les fausses promesses alourdissent les effets du réchauffement climatique. Ce poids lourd empêche les pays africains d’offrir de meilleures perspectives à leur jeunesse.

Ces pays subissent des retards de développement en raison de la pollution engendrée majoritairement par les pays développés depuis la révolution industrielle jusqu’à la fin du XXe siècle et s’endettent pour s’adapter.

Les inondations en Libye et au Congo, les manifestations de la montée des eaux en Côte d’Ivoire et les évènements extrêmes dans la corne de l’Afrique ont par ailleurs montré cette année l’ampleur de notre vulnérabilité en cas de catastrophes climatiques.

Des populations obligées de quitter leurs terres, des perspectives économiques brouillées, des coûts économiques qui auraient pu financer d’autres projets de développement. C’est cela la réalité du réchauffement climatique dans les pays du Sud. Pendant que d’autres se gavent et balancent des fausses solutions à la COP, d’autres en bavent au quotidien à l’autre bout du monde.

L’Afrique n’est pas historiquement responsable du réchauffement actuel, mais en subit le plus les conséquences. J’aime à le rappeler, quand on parle des effets du réchauffement en Afrique, on parle d’abord de jeunes dont l’avenir est handicapé. Cette jeunesse, qui n’est jamais correctement mise en avant lors de ces sommets, est la première à être touchée par les effets des demi-mesures lors des COP.

Tous ces jeunes qui fuient aujourd’hui le continent au péril de leur vie sont, pour beaucoup d’entre eux, des victimes du réchauffement climatique. Le réchauffement climatique renforce les vulnérabilités environnementales, notamment dans les zones côtières, les zones rurales, agricoles, dans les zones à faibles potentialités économiques, etc.

La migration est finalement une forme d’adaptation au réchauffement climatique. Car quand on manque de perspective chez soi, tout ce qu’il reste à faire c’est de fuir. La crise écologique, à force d’inaction, devient ainsi humanitaire. Il y a urgence à agir !

Lire aussi : COP29 et échecs des sommets climatiques, à quoi faut-il s’attendre à Bakou ?

Yves-Landry Kouamé


À la découverte de huit citations écologiques de héros africains

Certains d’entre eux sont morts pour la défense de l’environnement, d’autres y ont échappé, non sans impact. Ces hommes et ces femmes qui ont défendu des convictions écologiques en Afrique restent cependant très souvent absents de la mémoire collective lorsqu’il s’agit d’interroger l’histoire de la pensée écologique.

Aujourd’hui indissociables de la pensée écologique africaine, ces quelques infographies reviennent sur leurs paroles et écrits. Ces héros de la protection de l’environnement en Afrique sont en effet des sources authentiques d’inspiration pour les jeunes générations.

Citations pour rappeler l’importance spirituelle et sociale des arbres

Wangari Muta Maathai est l’une des plus belles figures de l’engagement écologique en Afrique. Femme intellectuelle et militante écologiste, elle a eu un tel impact par son engagement, qu’aujourd’hui des millions de jeunes à travers le continent africain s’identifient à son combat et plantent des arbres partout.

Elle a été par ailleurs la première femme d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale à étudier jusqu’au doctorat. En 2004, elle a reçu le Prix Nobel de la paix, devenant ainsi la première femme africaine à recevoir cette distinction prestigieuse.

On dit de lui qu’il a repoussé le désert en Afrique. Yacouba Sawadogo voue toute son énergie à lutter contre les effets du réchauffement climatique en usant de techniques ancestrales pour planter des arbres dans le désert.

Des appels à la responsabilité des pollueurs et à plus de médiatisation de l’engagement des jeunes

Youba Sokona est l’une des voix scientifiques les plus importantes en Afrique en matière de climat. Du haut de sa position au niveau du GIEC, il ne fait que tirer la sonnette d’alarme. Il appelle surtout à des solutions africaines à la crise climatique.

Dans cette citation il met surtout en lumière le fait que le continent africain qui pollue moins que les autres, subit de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique : une façon de situer les responsabilités et d’appeler à une certaine justice dans les efforts de lutte contre le réchauffement de la planète.

Vanessa Nakate est aujourd’hui une figure incontournable du mouvement de la jeunesse écologique africaine. Rendue célèbre par une situation déplorable, elle ne cesse de porter le message qui dit qu’il faut plus de visibilité aux actions de la jeunesse du continent qui subit le plus les conséquences du réchauffement climatique.

Pour rappel, en janvier 2020, un scandale médiatique a éclaté suite au sommet de Davos, où Vanessa Nakate a été retirée d’une photo où figurait Greta Thunberg et d’autres activistes. La jeune activiste est montée au créneau pour en faire un angle de lutte. Cette situation a attiré l’attention sur une sorte d’invisibilisation médiatique de l’engagement de la jeunesse africaine.

Quand des héros politiques montent au créneau

Pour l’icône de la lutte contre la ségrégation raciale, le problème environnemental n’est pas juste une question de prise de conscience en Afrique. Pour lui, le vrai sujet réside dans la pauvreté et le manque d’éducation.

Plus connu pour son combat politique que pour son combat en faveur de l’environnement ou pour la cause des femmes, Thomas Sankara est aussi une figure importante du mouvement écologique en Afrique.

La voix des communautés locales face aux usines polluantes

Ken Saro-Wiwa a risqué sa vie pour la défense de l’environnement en dénonçant les ravages des multinationales dans le delta du Niger.

Phyllis Omido a gagné 12 millions de dollars en gagnant un procès contre une usine influente, au bout d’une détermination incroyable pour la cause environnementale et humanitaire.

Lire aussi : Les 7 pas de l’apprenti écolo (en infographie)

Yves-Landry Kouamé