Yves-Landry Kouamé

Paul TESTARD – Moi Jeu Tri : une bifurcation au service des déchets en Afrique

Après 7 ans dans un grand groupe français, Paul a claqué la porte pour aller à la recherche de solutions pour une meilleure gestion des déchets en Afrique. Avec l’ONG Moi Jeu Tri, il développe aujourd’hui un chantier colossal : s’appuyer sur les enfants pour essaimer la culture du tri et construire un véritable écosystème de valorisation des déchets en Côte d’Ivoire et au Togo.

En 2016, 69% des 174 millions de tonnes de déchets produits en Afrique subsaharienne ont fini en décharge à ciel ouvert selon la Banque Mondiale. Dans cette zone de l’Afrique, la gestion des déchets est un véritable casse-tête pour les autorités locales et c’est pour contribuer à sa remédiation que Paul a fait le choix, loin d’être simple, de rejoindre l’aventure Moi Jeu Tri.  

Analyste financier en Egypte, responsable de projets de logements abordables en Indonésie, expert en microfinance au Maroc, responsable d’audit en France, le parcours professionnel de Paul était pourtant sur une voie des plus rêvées pour un jeune diplômé. Mais lorsqu’à 31 ans, sa quête de sens se présente avec une irrésistible acuité, il laisse tout tomber pour aller débarrasser les rues africaines de leurs déchets. Il s’agit ici d’une trajectoire de vie pleine d’enseignements, à la croisée de plusieurs enjeux de la jeunesse d’aujourd’hui.

Quand la recherche de sens fait sortir des sentiers battus

C’est avant tout la recherche de sens par une reconversion dans la question de l’environnement qui pousse le natif de Colombes et sa compagne à franchir le pas. Quitter une carrière intéressante dans une entreprise du CAC40 pour se lancer à la conquête des déchets en Afrique ne se fait pas sur un coup de tête.

Moi Jeu tri Côte d’Ivoire avec Rosanne, Edem, Yves et Paul ©MoiJeuTri

❝Il y a un changement de paradigme. Là où il y a 10-15 ans la grosse entreprise était le saint graal, ce n’est plus trop le cas maintenant. Au sortir des études, j’ai eu la chance de faire ce à quoi j’aspirais dans une grande entreprise. Mais à un moment, je ne voyais plus trop ce que je faisais. J’ai eu envie d’une vraie reconversion dans un autre projet qui me permettrait d’avoir un vrai impact.

Paul TESTARD

Le carriérisme à tout prix et coupé du monde est-il devenu Has Been ? Notre génération est aujourd’hui confrontée à des questionnements existentiels. En tant que jeunes, nous vivons sur une planète frappée à tous les niveaux par un nombre considérable de crises : crise écologique et géopolitique, crise de sens dans le monde du travail, pressions sociales, inégalités… La crise sanitaire a d’ailleurs permis de requestionner le sens de plusieurs jobs.

Comme tous ces jeunes en phase avec leur temps, se soustraire aux enjeux écologiques et sociaux du monde qui l’entoure n’était plus envisageable pour Paul. À un moment essentiel de son ascension professionnelle, il a senti le besoin de bifurquer, d’orienter autrement son énergie et ses compétences. Sur le chemin de cette bifurcation professionnelle, Paul rencontre Edem d’Almeida, fondateur de l’ONG Moi Jeu Tri en 2018. 

Dans la foulée de cette rencontre, une première visite en terre ivoirienne et togolaise a lieu pour tâter le terrain avant de se lancer définitivement dans le projet d’expatriation avec sa compagne. C’est à cette occasion que le couple découvre la terre d’opportunités et d’hospitalité qu’est la Côte d’Ivoire, un pays favorable à leur installation à plusieurs niveaux. 

Les parents de Paul lui avaient déjà insufflé une certaine curiosité pour cette partie de l’Afrique. Ils ont en effet longtemps travaillé en Afrique (Togo, Bénin, Burkina Faso). Ils lui ramenaient des cassettes sur des contes africains et le petit Paul appréciait énormément. En 2019, après avoir pesé le pour et le contre, le couple se lance et pose ses valises à Abidjan. D’abord directeur du développement de la PME de recyclage AGR, il va très vite se consacrer spécifiquement à l’ONG Moi Jeu Tri. L’ONG est à l’origine une création de l’entreprise AGR qui envisageait d’étendre sa stratégie RSE. Le choix sera par la suite fait de rendre l’ONG indépendante et d’en confier la structuration à Paul pour le développement d’une action sociale plus forte autour de la question des déchets au Togo et en Côte d’Ivoire.

Avant de venir nous avons analysé plusieurs points. Du point de vue économique, sécuritaire et du respect des droits des femmes par exemple, certains pays sont plus favorables que d’autres en Afrique. La Côte d’Ivoire cochait plusieurs cases.❞ Paul Testard

Moi Jeu Tri : les enfants au cœur d’une nouvelle philosophie de gestion des déchets

L’ONG Moi Jeu Tri dont Paul Testard est aujourd’hui le délégué général, avec ses trois sièges (France, Côte d’Ivoire, Togo) et sa quarantaine d’employés essentiellement locaux, s’est emparé de la problématique du recyclage des déchets par le prisme de l’éducation. 

Activité avec les enfants ©MoiJeuTri

Tout commence dans les établissements scolaires. Ambassadeurs Moi Jeu Tri dans leurs écoles en Côte d’Ivoire et au Togo, les enfants deviennent de puissants vecteurs de transformation des habitudes familiales. C’est eux qui vont convaincre leurs parents de l’importance du tri des déchets et du recyclage. Il y a une vraie urgence à ce niveau car à titre d’exemple, aujourd’hui la majeure partie des 280 tonnes de déchets plastiques produits par jour à Abidjan finit dans la nature : moins de 10% de ces déchets sont collectés et valorisés. Cette situation est à la base de la plupart des cas de paludisme et notamment de mortalité infantile selon l’UNICEF.

Moi Jeu Tri vise donc la transformation écologique des territoires grâce aux écoles qui les composent. Concrètement, les déchets recyclables sont collectés dans les écoles au moins deux fois par mois, avant d’être triés et valorisés dans les différents centres de gestion de l’ONG, en lien avec les autorités locales. 

Ensuite, ces déchets sont vendus auprès d’un écosystème d’entreprises de recyclage. Finalement, les revenus générés permettent de développer des projets sociaux au sein de ces écoles afin de contribuer à l’amélioration des conditions d’apprentissage : rénovation des classes, achat de fournitures scolaires, mise en place de points d’eau etc. Les élèves et leurs familles voient ainsi directement l’impact de leur implication.

Activité avec les enfants (Togo) ©MoiJeuTri

Grâce à ce système où les enfants sont au cœur du changement culturel, les déchets ne sont plus considérés uniquement comme une externalité négative mais plutôt comme un facteur de développement et d’inclusion.

C’est pour cela que, très vite, avec son ADN africain, la puissance de son modèle, sa maîtrise des standards internationaux en matière de gestion des déchets, Moi Jeu Tri va s’imposer comme un leader dans le domaine de l’éducation environnementale et du traitement des déchets en Côte d’Ivoire et au Togo. Paul l’exprime fièrement.

❝Il n’y a pas une semaine où nous ne sommes pas contactés soit par des collectivités locales soit par des agences publiques en charge de la salubrité, afin de les accompagner sur ce sujet qui reste une véritable épine dans les pieds des élus et des administrations.

Parce que la valeur n’attend pas le nombre des années, l’ONG est devenue une pionnière au niveau local avec son modèle. Moi Jeu Tri, c’est aujourd’hui la coordination de 222 écoles partenaires en Côte d’Ivoire et au Togo et l’accompagnement d’un réseau de 7 communes engagées dans la transition écologique. C’est aussi plus de 60 000 familles sensibilisées au tri, plus de 100 tonnes de déchets triés ét valorisés, des centaines de jeunes formés et insérés dans les métiers du recyclage et plus spécifiquement de l’économie circulaire. 

Moi Jeu Tri ou la force de la diversité : pas de frontière à l’engagement écologique

Les crises auxquelles notre planète est confrontée et qui ne disparaîtront pas subito presto, appellent à la redéfinition de notre rapport au monde et notamment au décloisonnement. Le modèle développé par Moi Jeu Tri fonctionne parce qu’il est irrigué par une armée de jeunes guidés par une ambition commune et qui s’enrichissent de leurs parcours divers. 

Equipe Moi Jeu Tri Côte d’Ivoire ©MoiJeuTri

Unis dans leur diversité, leur ambition c’est de construire un écosystème complet autour du recyclage des déchets. Pour Paul, tous ces jeunes d’origines différentes qui travaillent autour de ce projet, démontrent chaque jour l’importance du collectif. Seul on va vite, ensemble on va loin. 

Ivoiriens, togolais, français et bientôt d’autres nationalités, sont réunis autour de ce projet alors que nous partageons tous des vies et des cultures différentes. Je crois que toutes les crises que nous traversons sont aussi une source immense de créativité et d’énergie positive pour créer un nouvel élan de rassemblement et de coopération. Sans cet enjeu planétaire, nous ne serions probablement pas aussi soudés et mobilisés ici.

A force d’y croire, cet engagement ne passe plus inaperçu. Moi Jeu Tri a été cette année lauréate de l’appel à projet FISONG qui ne sélectionne que deux projets au monde. L’ONG a aussi remporté le prix du meilleur projet dans la catégorie eau/assainissement/déchet du Club Abidjan Ville Durable. Des soutiens institutionnels et bénévoles fusent de partout pour encourager cette dynamique qui va sans doute, si elle se maintient, transformer durablement plusieurs territoires africains. 

Pour finir, il est important de rappeler que ce choix de rejoindre l’Afrique n’était pas le pari le plus sûr pour le natif de Colombes en France. Au premier abord perçu comme une aventure risquée, pas très sécure pour un jeune avec un tel profil, Paul raconte aujourd’hui avec passion et enthousiasme tout le chemin parcouru en si peu de temps avec Moi Jeu Tri. Paul a eu raison de croire comme le philosophe allemand Hölderlin que « là où croît le péril, croit aussi ce qui sauve ». C’est cette bifurcation qui lui a permis de retrouver de l’étincelle. Sous son impulsion, des milliers d’élèves trient aujourd’hui correctement leurs déchets dans les écoles ivoiriennes et togolaises, des collectivités territoriales arrivent à faire face au fléau des déchets non recyclés, des écoles sont rénovées…

D’une carrière dans le CAC40 aux poubelles africaines, le parcours de Paul Testard est plein d’enseignements. Sa trajectoire professionnelle pourrait être celle de nombreux jeunes aujourd’hui tiraillés par la crise de sens, à la recherche de l’ikigai, sur une Terre plus que jamais bouleversée par des crises. 

Si je devais donner un conseil à tous les jeunes qui liront ceci, je leur dirai : évertuez-vous à trouver votre POURQUOI. Engagez-vous dans ce que vous aimez faire, même quand cette voie semble plus ardue que d’autres. C’est la meilleure manière de trouver du sens et in fine, d’apporter quelque chose de positif autour de vous.

Yves-Landry Kouamé


Élections en Côte d’Ivoire : où est la place de l’environnement ?

Nous approchons d’un moment décisif pour les 5 prochaines années en Côte d’Ivoire. Le 2 Septembre 2023, c’est jour de vote. Les ivoiriens iront élire leurs conseillers municipaux et régionaux. Dans ce pays vulnérable au réchauffement climatique et quotidiennement en proie à des dégradations environnementales, ces élections sont cruciales. Mais identifier très clairement la place de l’environnement dans le débat politique qui s’engage n’est pas la chose la plus facile.

via iwaria

753 dossiers de candidature pour les mairies dont 34,03% de femmes, 94 pour les régions dont 32% de femmes, c’est le bilan de l’appel à candidature pour les élections du 2 septembre en Cote d’Ivoire. Après observation des premiers jours de campagne, disons que les ivoiriens qui, comme moi, s’attendaient à des messages autour des vrais sujets du quotidien, attendront encore. D’ailleurs sur la liste officielle des candidats aux municipales et aux régionales, ne figure pas de dossier de candidature pour les Verts. Nos écologistes sont aux abonnés absents. Comme d’habitude, me dira-t-on ! Pourtant, le sujet environnemental est un sujet éminemment politique qui incombe aux collectivités territoriales.

Élections locales et enjeux de gestion de l’environnement

Les dégradations environnementales en Côte d’Ivoire interrogent sur le rôle des collectivités locales, à savoir les mairies, les départements et les régions.

Plusieurs communes comme Adjamé, Abobo et Port-Bouët rivalisent d’insalubrité en plus de l’insécurité. Pourtant, sur la question des déchets et plus globalement de la protection de l’environnement, les lois ivoiriennes semblent claires.

Posons-nous des questions simples : pourquoi les dégradations environnementales perdurent élection après élection, catastrophe après catastrophe ? Les électeurs sont-ils voués à subir la mauvaise gestion des collectivités ?

Même si le constat sur le terrain est tout autre, il est important de rappeler que les collectivités locales sont responsables de la protection de l’environnement en Côte d’Ivoire. On dit qu’elles sont compétentes sur ce sujet. Elles doivent travailler de concert pour maintenir une bonne qualité des sols, de l’air et des eaux pour le bien-être des populations.

https://twitter.com/Chroniques225/status/1453007801169633292?s=20

Les lois ivoiriennes ont le mérite d’être on ne peut plus claires sur les compétences des mairies, des département et des régions en matière d’environnement. Les collectivités territoriales sont en première ligne de la gestion de l’environnement. 

La loi n° 2003-208 du 07 juillet 2003 confie par exemple à la commune les compétences suivantes : la gestion, la protection et l’entretien des forêts d’intérêt communal ; la pré-collecte des ordures ménagères, le transport des déchets aux postes de groupage, la réalisation et la gestion des centres de compostage des déchets ; la lutte contre l’insalubrité, la pollution et les nuisances au niveau communal ; l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des plans communaux d’action pour l’environnement etc.

Le code de l’environnement, au niveau de ses sections II et III portant sur les obligations des collectivités locales, clarifie encore les responsabilités. L’article 66 du code dit ceci : “Les communes sont responsables de la collecte, du transport et de l’élimination des déchets ménagers[…] Elles ont l’obligation d’élaborer des schémas de collecte et de traitement des déchets ménagers avec le concours des services techniques des structures compétentes.” 

L’article 67 va plus loin : “Les collectivités locales sont tenues d’avoir un plan de gestion de l’environnement.” Les mots sont précis.

Tout est dit mais rien n’est fait. Conséquences : les conditions de vie sont dégradées par les décharges à ciel ouvert. Les eaux usées circulent à ciel ouvert dans les rues les plus empruntées des quartiers. Les caniveaux sont bouchés par les ordures sauvages. Les ordures s’accumulent dans le périmètre des écoles publiques, avec leurs lots de nuisances et de prolifération de maladies.

Le cadre légal est bien posé. Il faut juste des équipes municipales capables de les mettre en œuvre. On s’imagine qu’avec ce cadre légal, s’ils sont aux commandes, les partis politiques écologistes n’auront plus qu’à appliquer les textes pour être en phase avec leur ligne idéologique. Mais ces derniers ne sont même pas encore prêts à diriger.

Des partis écologistes en perte de vitesse

Aujourd’hui la Côte d’Ivoire est autant réputée pour son cacao que pour la déforestation et le travail des enfants. L’environnement est devenu par la force des choses un sujet éminemment politique.

https://twitter.com/France24_fr/status/1494321447593910272?s=20

 Les autorités sont tout le temps interpellées sur cette question qui dérange de plus en plus. Le président de la république n’y échappe pas. Cependant, nos écologistes n’y voient que du feu.

Toujours aux abonnés absents, gangrenés de militants papillons, accrochant leurs habits où le soleil brille, les partis écologistes ne sont jamais là où on les attend.

Plusieurs angles critiques leur sont offerts chaque semaine dans l’actualité environnementale nationale et internationale, mais aucune n’est exploitée par les écologistes ivoiriens. Entre montée des eaux, projets climaticides, déforestation, déchets de rues, il y a beaucoup de sujets à exploiter pour éveiller l’opinion publique. Mais nos écologistes n’y trouvent pas leur compte. Etonnant !

J’insiste cependant à croire qu’il doit sûrement avoir des raisons solides à cela. Dans un paysage politique tribal, toujours en recomposition et figé autour des grands partis traditionnels, il n’est pas évident de faire entendre de nouvelles formations politiques.

Cela dit, une question qui me taraude l’esprit : reste-il encore des écologistes au sein des partis dit écologistes en Côte d’Ivoire ?

https://twitter.com/petitFarasha/status/1539541053983817728?s=20

Comment expliquer leur silence assourdissant face à la recrudescence des atteintes à l’environnement en Côte d’Ivoire ? Comment expliquer l’absence de partis écologistes lors des élections et leur faible poids, alors que les sujets environnementaux sont omniprésents dans le quotidien des ivoiriens ? Je veux bien qu’on m’aide à trouver des réponses. 

La dernière vraie participation d’un parti écologiste au processus politique date de 2021. En effet, lors des dernières législatives, une candidate du PEI (parti écologique ivoirien) est arrivée en 3e position à Songon derrière Beugré Mambé et N’Koumo Mobio. Il s’agit de LOBA Antoinette épouse ATABAN. Cependant, cette dynamique s’est rapidement essoufflée. 

Le PEI est pourtant l’un des plus importants partis de la sphère des verts en Côte d’Ivoire. Avec le Mouvement Ecologique Ivoirien (MEI) fondé par l’ancien joueur de l’Olympique de Marseille Jean-Désiré Sikely, Edouard N’Gouan a tenté plusieurs coups mais s’est cogné la tête à chaque fois, lui et ses autres compagnons. 

En 2018, Claude Gohourou, qui s’est particulièrement illustré dans l’affaire des victimes du probo koala, a quant à lui mis en place un nouveau parti politique. Il a fondé le Parti Ecologique de Côte d’Ivoire (PECI). Pour rappel, il est depuis le scandale écologique de 2006, à la tête d’un mouvement en faveur de l’indemnisation des victimes des déchets toxiques.

Ce dernier a été recalé à la présidentielle de 2020, pour défaut de paiement des 50 millions de Fcfa de caution, comme pour dire qu’au-delà des idées il faut avoir les moyens. « Le parti écologique voudrait se positionner comme le fer de lance pour la défense de la préservation de l’environnement et surtout de la reforestation en Côte d’Ivoire » disait-il. 

Tous ces partis ont quelque chose en commun : ils n’ont pas de structure lisible et ne pèsent ni sur l’actualité ni dans le paysage politique local. Leur manque de réactivité face aux nombreuses atteintes à l’environnement en Côte d’Ivoire concourt logiquement à leur échec politique. Or le sujet écologique ne peut être politisé que par l’éducation populaire et par la pédagogie.

Il est clair que tous les ivoiriens qui rêvent de voter Vert en Côte d’Ivoire n’auront pas gain de cause avec l’offre politique actuelle. Faudra peut-être se rabattre sur les autres colorations politiques qui s’attèlent à intégrer le discours écologique dans leurs programmes de campagne. Et pour les élections du 2 septembre, ils sont nombreux.

Et si l’éveil politique autour de l’environnement venait d’ailleurs ?

“Je veux faire de Korhogo une ville propre, une ville salubre et soucieuse de la protection et de la promotion de son environnement” a lancé à Korhogo, un candidat non écologiste. Il s’agit du candidat du nouveau parti de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire. Le pion du PPA-CI Issa Malick Coulibaly place ainsi la protection de l’environnement au cœur de son projet pour la troisième ville peuplée du pays, la Ville des Sénoufos.

via iwaria

A Man, Houlé Marie Noelle, candidate pour le compte du plus vieux parti de Côte d’Ivoire, le PDCI (pour ne pas dire parti des vieux), propose un programme en lien avec la propreté de la ville et la transformation des déchets. Même tableau à Bouaké, la deuxième ville la plus peuplée du pays, où l’environnement occupe une place essentielle dans le programme proposé par Gnamien Konan. A Téhémi, l’indépendant Pale Sansan propose à son tour un programme axé autour dit-il du développement durable.

Pour le 2 septembre, l’environnement a le vent en poupe partout, sauf chez les Verts. Effet de “Com” ou prise de conscience politique de l’urgence environnementale en Côte d’Ivoire ? Quoi qu’on en pense, la politique c’est d’abord la saine appréciation des réalités du moment. A Yopougon, la commune des mangeurs de viande de porc, Dia Houphouët propose par exemple de mettre en place des projets de développement durable. A Koumassi, le candidat de la majorité, Cissé Bacongo a inscrit quelque part la protection de l’environnement dans la liste de ses prochains chantiers prioritaires en cas de réélection.

Continuons notre petit tour d’horizon. A Cocody, Georges-Alain Blé mise lui aussi sur l’environnement, un peu comme Yasmina Ouegnin, l’éternelle  insoumise du PDCI-RDA. Elle a aussi inscrit l’environnement sur la liste de ses priorités : « Notre vision est de préserver l’identité unique de Cocody tout en faisant progresser sa durabilité et son caractère écologique. » Le maire sortant Jean Marc Yacé, géniteur de la luxuriante Miss Côte d’Ivoire 2021 Olivia Yacé, sollicite à son tour une nouvelle fois la confiance des électeurs en promettant de mettre en place une brigade de salubrité.

Des formules qui veulent souvent tout et rien dire en même temps fusent de partout pour matcher avec l’actualité locale indissociable des questions environnementales.

Encore plus intéressant, cette dynamique s’irrigue au niveau d’une commune que je fustige souvent pour son insalubrité : Abobo. La campagne électorale a permis de politiser la question de l’insécurité et celle des déchets. Le candidat indépendant Israël Guebo exploite à fond ces angles critiques pour se positionner. Il contribue ainsi à mettre en lumière cette situation que je décrie depuis des années. « Je m’engage à adopter pour ma commune des pratiques durables en matière d’environnement, d’énergie et d’utilisation des ressources. » explique t-il dans son programme. C’est l’un des rares à avoir travaillé pour offrir un programme disponible intégralement en ligne pour tous les électeurs.

https://twitter.com/IsraelGuebo/status/1691848400382132728?s=20

Respirons ! Quand par manque d’anticipation environnementale, l’érosion côtière balaie les activités commerciales des habitants sur le littoral ivoirien, ce sont les électeurs qui en paient le prix fort. Quand on passe de 16 millions d’hectares de forêt à moins de 3 millions d’hectares, ce sont les électeurs qui sont affectés. Quand les maladies environnementales prolifèrent à cause de l’insalubrité, ce sont les électeurs qui en paient le prix. Les sacs de riz distribués çà et là pour acheter leur conscience pendant les élections ne contribuent pas à enrayer les problèmes.

Des élus qui ne sont pas suffisamment sensibilisés à la question ne peuvent pas déployer des politiques publiques pour y faire face. Je pense qu’il est aujourd’hui essentiel d’accorder plus de place à l’environnement dans le débat politique, au même titre que la cherté de la vie, le chômage, l’éducation. Car le schéma dominant qui consiste à louer ou s’identifier aux trois historiques chefs de fil, acheter la conscience des plus précaires par des actions de Com, des boites de sardines, des sacs de riz, commence à bien faire.

https://twitter.com/MikeTa225/status/1695750932762411302?s=20

Je suis pour l’exigence envers ceux qu’on élit. Je suis pour le fait de passer au crible leurs projets. Soyons exigeants en tant qu’électeurs. Les catastrophes climatiques en Côte d’Ivoire (inondations meurtrières, montée des eaux, fortes chaleurs, dérèglement des saisons agricoles etc) et les déchets de rues ont mis en exergue l’incompétence de certaines municipalités et la nécessité d’élaborer une planification environnementale à l’échelle des territoires.

L’intégration des aspects environnementaux dans les politiques locales d’amélioration des conditions de vie des populations est aujourd’hui fondamentale. Il ne faut pas s’y louper. Soyons enfin exigeants dans nos votes. Sinon, c’est reparti pour 5 ans de déchets et de mauvaise gestion de nos collectivités.

Yves-Landry Kouamé


Montée des eaux en Côte d’Ivoire : jusqu’à quand l’inaction ?

La mer a encore grignoté de l’espace sur le littoral ivoirien. A Grand-Bassam, le week-end dernier n’a pas été de tout repos car les vagues furieuses du jeudi 10 et vendredi 11 août ont englouti des habitations, laissant derrière elles des familles sinistrées et des pertes énormes en biens matériels.

Dégâts de la montée des eaux à Grand-Bassam ©Image Twitter Edith Brou

Les scientifiques prédisent des catastrophes climatiques en 2100, mais les villes côtières de la Côte d’Ivoire prennent déjà l’eau en 2023.

Au fur et à mesure que le temps passe, des peuples désertent les villes balnéaires par contrainte, à cause de l’élévation du niveau de la mer. Cette énième actualité à Grand-Bassam me donne ici l’occasion de revenir sur une urgence écologique de premier plan en Côte d’Ivoire : la montée des eaux.

Montée des eaux et dégats importants à Grand-Bassam : la goutte de trop

YAKO aux bassamois ! Les images qui circulent sur les réseaux sociaux montrent que le week-end du vendredi 11 août a été dur et bien triste. 

En ce milieu du mois d’août, les dégâts observés sont considérables à Grand-Bassam, ville historique de la Côte d’Ivoire et patrimoine mondial de l’UNESCO. La ville de plus de 80.000 habitants est une fois de plus sous le choc face aux mouvements de la mer.

https://twitter.com/FernandDdeh/status/1689758788595683328?s=20

Comme une attaque soudaine perpétrée par un ennemi imprévisible et atemporel, les vagues, toujours plus proches et plus intenses que les précédentes, ont ravagé bien plus que des cabanes. Des piliers d’habitations ont cédé et des commerces ont été détruits. Face à la situation, les habitants n’ont pu qu’attraper leurs têtes en signe de désolation et d’impuissance. Il n’y a rien pour repousser les assauts de la mer.

https://twitter.com/edithbrou/status/1690701738024566784?s=46

C’est peut-être l’événement climatique de trop dans cette ville de la Côte d’Ivoire, historiquement première capitale du pays. Il y a moins de trois mois déjà, des inondations y faisaient la sombre actualité. Les fortes pluies du samedi 10 et du dimanche 11 juin derniers avaient déjà fait la une du journal local Fraternité Matin. Le journal décrivait des populations fuyant leurs maisons. Ces jeudi 10 et vendredi 11 août, nouvelle actualité climatique aux conséquences toujours aussi tristes et inquiétantes pour l’avenir. 

Ces évènements ont été évoqués par les scientifiques il y a plus de 30 ans. Les dangers qui pèsent sur les villes balnéaires un peu partout dans le monde sont de taille. Les côtes ivoiriennes ne sont donc pas les seules concernées. Les villes suivantes sont aussi concernées par ce phénomène : Venise, New-York, Miami, Shanghai, Le Havre, Lagos, Abidjan, Grand-Bassam, Dakar, Alexandrie, Lomé, le Cap, Accra etc. Ces villes risquent d’être littéralement sous l’eau si le réchauffement climatique continue sur sa lancée actuelle.

Sachant que plus de 60% de la population urbaine mondiale vit sur le littoral, les risques de catastrophes causées par la montée des eaux sont bien réels et surtout potentiellement très dommageables. En effet, au sein des villes côtières de Côte d’Ivoire, des peuples se sont acculturés à la présence de la mer et à l’exploitation des ressources halieutiques pour vivre et se réaliser. 

Ce sont par exemple les peuples du groupe ethnique Krou. Il s’agit des avikams aujourd’hui célèbres avec le film AYA, des nzemas, des didas, des abourés etc. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à l’allure où vont les choses, ces peuples seront bientôt condamnés à vivre loin de leur territoire d’origine, comme des réfugiés climatiques, à cause de la montée des eaux.

La montée des eaux : conséquence du réchauffement climatique

Au journal, la RTI, télévision nationale, pointe du doigt l’insalubrité et un phénomène naturel sans aller plus loin. Pourtant, il s’agit d’une conséquence du réchauffement climatique. Rien d’étonnant quand on sait que le traitement médiatique de l’information environnementale est encore au stade préhistorique en Côte d’Ivoire.

https://twitter.com/alex_le_bars/status/1690075876002615296?s=46

En fait, l’eau a une propension à occuper plus de place quand elle se réchauffe. C’est ce qu’on appelle la dilatation thermique des océans. C’est l’un des facteurs qui expliquent la montée des eaux. Il s’agit aussi d’une conséquence de la fonte des glaciers continentaux.

Ainsi, le phénomène de montée des eaux, celui qui est imputable au réchauffement climatique et qui est largement documenté, n’est rien d’autre qu’une conjonction de ces deux facteurs : la dilatation de l’eau des océans et la fonte des glaciers. Elles-mêmes causées par le réchauffement climatique.

Lire aussi : Inondations en Côte d’Ivoire, chronique d’une anarchie urbaine et environnementale

Aussi, les scientifiques s’accordent à dire que le réchauffement climatique en Afrique entraînera une fréquence des événements météorologiques extrêmes comme ce qu’on a pu observer à Grand-Bassam en ce mois d’août et tout ce qui arrive à Grand-Lahou ou Lahou Kpanda depuis plusieurs années. Ce qui signifie que nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Ces mouvements océaniques, qui peuvent prendre plusieurs noms selon les caractéristiques de leurs manifestations, sont imputables au réchauffement climatique. Pour rappel, le réchauffement climatique est causé majoritairement par les rejets anthropiques de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

https://twitter.com/franckfoute/status/1690992932474482690?s=46

Par ailleurs, la Sodexam, organisme national météorologique, qui a émis une alerte à la veille des premières vagues dévastatrices, indique bien que la Côte d’Ivoire possède l’un des indices de vulnérabilité les plus élevés au monde en matière de changement climatique, en raison notamment de l’exposition de ses villes balnéaires à la montée de eaux. 

https://twitter.com/gouvci/status/1689376445745807360?s=46

Cela dit, nous pouvons faire face à cette situation si nous écoutons enfin les scientifiques. Selon les océanographes ivoiriens, une façon d’y faire face, c’est de déployer une politique claire de gestion intégrée du littoral. Cela est expliqué dans l’ouvrage “Géographie du littoral de Côte d’Ivoire”. 

Mettre en place de réelles politiques environnementales en Côte d’Ivoire

L’environnement est absent du débat politique en Côte d’Ivoire malgré toutes les alertes sur la vulnérabilité de notre pays. Les populations des villes balnéaires sont laissées pour compte face aux catastrophes environnementales.

Et pourtant, un peu partout dans le monde, les politiques rejoignent les scientifiques pour investir le génie hydraulique, inventer les villes flottantes de demain, mettre en place des cordons dunaires, innerver les mangroves etc. Où en sommes-nous en Côte d’Ivoire à ce niveau ? Quelles sont les solutions techniques expérimentées jusque là ? Qu’en disent les parlementaires locaux ? Pas grand-chose !

Pour un pays aussi ambitieux en matière de développement, cette vulnérabilité face à la montée des eaux et plus globalement face au réchauffement climatique, est un gros frein. En effet, les sinistrés de la montée des eaux sont freinés dans leur participation au développement local. Ils arrêtent d’être des acteurs économiques, perdent leurs réalisations et deviennent plutôt des cas sociaux à la charge de l’Etat.

https://twitter.com/efasheef/status/1691103735538192384?s=46

Les activités touristiques et les opérateurs économiques du secteur de l’hôtellerie ne pourront pas survivre indéfiniment sans une politique environnementale sérieuse. 

Ce qui m’inquiète le plus, c’est que les problèmes environnementaux de la Côte d’Ivoire ne s’arrêtent pas là. A la montée des eaux s’ajoutent d’autres problématiques environnementales de premier plan : les déchets qui jonchent les rues dans un contexte d’urbanisation incontrôlée, la forte dégradation du couvert forestier, la pollution des sols par une agriculture fortement consommatrice de produits phytosanitaires dangereux, une conscience écologique faible chez les citoyens, pour ne citer que quelques exemples.

Mettre en place de réelles politiques environnementales devient donc une urgence. Il y a urgence à déployer un plan multisectoriel de relance écologique pour aboutir entre autres à une gestion intégrée comme le suggèrent nos chercheurs. Car si rien n’est fait dans ce sens, notre inaction nous engloutira, pendant que les autres flotteront sur l’eau.

Lire aussi : les villes africaines survivront-elles au réchauffement climatique ?

Yves-Landry Kouamé


CAN 2023 en Côte d’Ivoire : attention à la pollution d’Abidjan !

Deux fois étoilée dans cette compétition qu’elle accueille, la Côte d’Ivoire n’a toutefois pas autant de prestige en matière de propreté des rues ni de qualité de l’air. Sa capitale économique, dépotoir des déchets sauvages et industriels, a tout d’une ville à dépolluer avant l’accueil des invités de la 34e coupe d’Afrique des Nations.

Dans une rue d’Adjamé, à Abidjan © Yves-Landry Kouamé

Comme à chaque CAN, pendant que certains s’inquiètent de la qualité des infrastructures d’accueil, d’autres font des pronostics sur le niveau de l’équipe nationale, eu égard aux dernières prestations des éléphants. Mais au-delà même des infrastructures et des performances sportives à venir, ce qui peut aussi inquiéter, c’est le sujet de l’insalubrité, au cœur de la Ville qui abrite le plus grand stade du pays, en l’occurrence le stade olympique Ebimpé. Ce vieux problème de l’insalubrité revient d’ailleurs souvent dans les compositions musicales des artistes ivoiriens depuis la fin des années 90.

“Sauvez-nous oh, on ne peut pas respirer” : refrain mythique d’une chanson de l’ancien groupe de zouglou Les Salopards, titrée “Vive le maire”

(Album Génération sacrifiée – 1998)

Dépolluer Abidjan : une vraie urgence avant la CAN de l’hospitalité

Première ville-hôte de la Coupe d’Afrique de l’hospitalité, Abidjan, la perle des lagunes, est loin de figurer au palmarès des villes propres.

Au fil des ans, à force d’accumulation des déchets sauvages dans les rues et d’une gestion urbaine dépassée par le développement urbain, l’exposition aux différents types de pollution y a atteint des sommets. Va-t-on accueillir nos invités de la Can 2023 dans ces conditions ?


Au bord de la lagune Ebrié à Abidjan, Cocody-Blokhauss ©Yves-Landry Kouamé

C’est d’ailleurs là que la différence peut se faire en ce qui concerne l’accueil de cette compétition continentale. Le tableau actuel montre une Lagune Ebrié qui a perdu de sa superbe, des rues d’Adjamé jonchées de déchets de toutes sortes, des usines et des transports qui rejettent quotidiennement des polluants dans l’atmosphère.

Abidjan, fait partie de ces villes fortement concernées par la pollution en Afrique de l’Ouest où le coût économique de la pollution plastique oscille entre $10 000 à $33 000 la tonne.

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C’est la ville où les habitants, notamment ceux de certains quartiers, vivent au quotidien avec le risque de pollution. Pollution des eaux ivoiriennes, pollution de l’air, 17 morts et une centaine de milliers d’empoisonnement, c’est par exemple le bilan direct du déversement des 300-600 tonnes de déchets pétroliers aux larges d’Abidjan le 19 Août 2006. Il s’agit ici du scandale du Probo Koala ou encore l’affaire Trafigura, l’une des plus importantes atteintes à l’environnement en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui encore, les effets sont là.

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Toujours à Abidjan, les habitants de certaines communes comme Treichville paient au quotidien les frais des activités industrielles. L’inhalation quotidienne de la poussière rejetée par l’activité industrielle dégrade les conditions de vie.


Dans les rues d’Adjamé à Abidjan ©Yves-Landry Kouamé

Alors entre les odeurs et le paysage de l’insalubrité à chaque coin de rue, les rejets industriels et les fenêtres constamment recouvertes de poussières, faut savoir où on pointe le nez à la CAN 2023. Autre point important : la compétition viendra certainement ajouter son lot de pollution.

Prévenir et gérer les déchets des supporters pendant la CAN

Les grandes compétitions sportives sont connues pour leurs impacts négatifs sur l’environnement. C’est une dimension qui est aujourd’hui à anticiper dans l’organisation et la communication autour des compétitions de haut niveau.

Pour l’instant, aucune campagne de communication autour de la CAN 2023 ne s’y penche sérieusement.

Or si aucune mesure n’est prise dans ce sens, si aucune dimension écologique n’est affichée à la CAN 2023, si les supporters n’adoptent pas des gestes écocitoyens, les stades et leurs alentours deviendront des dépotoirs de déchets. 

Il n’est pas trop tard pour bien faire. Sachant que l’agence nationale de gestion des déchets peine déjà à gérer les 280 tonnes de déchets plastiques journaliers d’Abidjan, qu’en sera-t-il des déchets qui seront générés par les passionnés du football ? En effet, Abidjan, c’est aussi la ville dont la gestion des déchets reste un véritable casse-tête pour les autorités locales. Plusieurs systèmes de gestion des déchets ont échoué à assurer la collecte et le traitement de ces derniers, face à l’urbanisation galopante, jusqu’à la mise en place de l’Anaged en 2017.

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Par ailleurs, va-t-on ou peut-on rêver observer des supporters locaux ou d’autres pays africains ramasser les déchets dans les stades après chaque match comme lors de la Coupe du monde au Qatar ou en Russie ? Les supporters japonais ont acquis une réputation exceptionnelle de civisme en la matière. 

https://twitter.com/tansuyegen/status/1594777308661190656?s=46

En 2018, malgré une défaite (3-2) contre la Belgique, les supporters japonais ont défrayé la chronique en restant jusqu’à la fin pour nettoyer le stade. Contrairement à d’autres qui ne tardent pas à jeter des bouteilles sur le terrain pour exprimer leur dépit, les supporters japonais ont su garder de la lucidité pour effectuer des gestes écocitoyens : ils ont été filmés ramassant les déchets produits pendant le match. Cette façon de faire a été réitérée au Qatar en 2022, après le match d’ouverture Qatar-Equateur. 

https://twitter.com/RMCsport/status/1596615087749578754?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1596615087749578754%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=

Comme une bonne onde qui se propage, les français ont fait pareil après leur victoire (2-1) contre le Danemark. Les supporters Sénégalais ont aussi fait pareil après le match contre le Qatar. C’est aussi cela la beauté du football qui est un puissant canal pour véhiculer des messages importants.

https://twitter.com/StadesC/status/1596251738553876480?s=20

Alors, allons-nous assister à des scènes similaires lors de la plus importante compétition sportive africaine ? L’espoir est permis ! 

https://twitter.com/a_forestier/status/1145433014543032320?s=46

Pour que la fête du football africain soit belle

Ce n’est pas faire tort au pays organisateur de la 34e fête du football africain, que de mettre en lumière l’insalubrité de la vitrine du pays, surtout quelques mois avant l’évènement. Bien au contraire.

https://twitter.com/COCAN_2023/status/1664681245404430336?s=20

Le slogan “Abidjan est le plus doux au monde” repose sur la chaleur traditionnelle des ivoiriens, notre humour, notre ouverture sociale, notre gastronomie, notre brassage culturel, autant d’atouts reconnus mondialement. Les autorités en charge de l’organisation assurent quant à eux que la Côte d’Ivoire est prête à accueillir la compétition. L’actualité est par ailleurs rythmée par le recrutement de 10 000 volontaires afin d’impliquer les jeunes, renforcer les équipes d’encadrement et guider les touristes sportifs de sorte à faire montre de l’hospitalité ivoirienne. Mais qu’est-ce que l’hospitalité dans une maison remplie de déchets ?

La Côte d’Ivoire a tout (ou presque) pour produire de beaux spectacles, du bon jeu comme en 2015 tout en rendant inoubliable le séjour de chaque visiteur lors de cette CAN.

https://twitter.com/Selephanto/status/1681815120911949826?s=20

Les principales villes-hôtes que sont Abidjan, Yamoussoukro (capitale politique, siège de la plus grande basilique du monde), Bouaké, Korhogo (abritant un musée d’art important) et San-pédro (premier port de cacao au monde), regorgent de lieux touristiques à la hauteur de l’évènement.

On parle aussi du pays de Didier Drogba et de Yaya Touré, d’une nation de football qui totalisera bientôt 25 participations à la coupe d’Afrique (même si le ratio participations/finales remportées, penche plutôt en faveur de l’Egypte). Toutefois, pour que la fête du football africain soit belle en Côte d’Ivoire, il est important de ne pas accueillir nos invités avec des poubelles sauvages jonchant les rues et les bords des cours d’eau.

https://twitter.com/ActuFootAfrique/status/1680246955656503299?s=20

Pour que la fête du football africain soit belle en Côte d’Ivoire, et pour ne pas rajouter davantage de pollution, il urge de redonner fière allure à nos rues, d’associer tous les acteurs intervenant dans la gestion des déchets, d’infuser quelques éco-gestes aux habitants et de placer le séjour des amoureux du football sous le sceau du civisme et de l’éco-citoyenneté.

Il est important de joindre l’utile à l’agréable en invitant tous les amoureux du foot à s’investir dans la propreté des lieux. Les jeunes volontaires peuvent être formés dans ce sens et les communications peuvent revêtir le sceau du zéro-déchet dans les stades. La réussite de cette CAN en dépend.

Let’s go pour la CAN éco-citoyenne de l’hospitalité !

Yves-Landry Kouamé


Soldes et fast fashion : quel est le vrai prix de la mode à petit prix ?

Travailleurs mal payés, réduits au silence et loin des yeux des consommateurs, les ateliers de la fast fashion ou sinon de la mode rapide et à petit prix rappellent des conditions de travail dignes de l’époque de l’esclavage. Pendant que les soldes battent leur plein, à travers la lorgnette écologique, sociale et humaine, plongeons-nous dans l’univers des impacts de nos vêtements.

A cause de leur rythme de consommation qui est à la base du réchauffement climatique actuel, les seniors de la génération boomers ont longtemps été fustigés par la génération Z, à juste titre. Mais les chiens ne font pas de chats et les habitudes de consommation sont dures à changer. Ces mêmes jeunes soutiennent aujourd’hui un modèle de consommation qui contribue tout autant à polluer la planète. Il font tourner à plein temps la machine de la fast fashion.

C’est une branche de l’industrie de la mode qui se caractérise par la vente/achat en masse, de vêtements de marque à moindre coût. Quand on sait aujourd’hui l’importance du style vestimentaire chez les jeunes, on peut très vite se douter de quoi il en ressort. L’idée de la fast fashion c’est que tout le monde puisse porter des tenues de valeur mais en payant moins que le prix normal. Mais comment cela est-il possible? D’où vient cette tendance à courir vers les produits neufs, moins cher et, semble t-il, de qualité ? Qui paye la différence de ces produits moins cher ?

Fast fashion :  péché mignon de la génération Z

La Béatrice qui milite sur les réseaux sociaux n’a rien à voir avec la Béatrice dépendante des fast-food et accro au shopping dans la vraie vie. Or, cette appétence pour le shopping entretient la fast fashion, ce nouveau pendant de la mode qui vend moins cher et en quantité des vêtements à durée d’utilisation très limitée. 

Manifestation d’Extinction Rébellion lors d’un évènement de mode le 29 sept. 2020 ©infolibertaire

Une des caractéristiques de ces vêtements, c’est qu’ils perdent de leur superbe après le premier lavage. C’est un peu comme dans ces fast-food dont raffolent les jeunes, où les plats doivent être consommés immédiatement au risque de ne plus être consommables une fois refroidis. Le shopping et les fast food font ainsi partie intégrante du mode de vie de la jeunesse. Une jeunesse qu’on dit majoritairement sensible aux enjeux écologiques.

Les jeunes entretiennent, souvent sans le savoir et sans le vouloir, la société de la fast consommation. Dès la sortie du nouveau modèle de téléphone, celui sorti il y a moins d’un an, devient tendancieusement obsolète. En France, tout le mois de Juillet 2023 est consacré aux soldes d’été cette année. C’est l’autre rendez-vous mythique de la fast fashion à côté de la black friday. Des périodes où tout ce qui compte c’est d’acheter moins cher. Tous ces achats sont aussi motivés par les réseaux sociaux.

Soumis aux diktats des réseaux sociaux et à la stimulation par les soldes, les jeunes veulent être toujours à la page. Poster des photos avec les mêmes habits peut ternir l’image. Il faut donc sans cesse renouveler, éviter de porter plusieurs fois le même habit pour ne pas paraître démodé. Pour répondre à cette façon de vivre, soit on a assez de moyens financiers, soit on guette les réductions sans se poser de questions. D’ailleurs, il y a des réductions quasiment tous les mois. Mais quel est le modèle économique derrière ces grosses marques qui vendent tout moins cher ? Comment sont payées les petites mains qui confectionnent nos vêtements moins cher ?

Un système économique qui cache les conditions de travail

En Novembre 1999, Seattle accueillait un sommet de l’OMC qui allait radicalement impacter notre façon de consommer. Lors de ce sommet, l’OMC a consacré une nouvelle forme d’économie qui va faire qu’on ne va plus voir ceux qui souffrent pour nourrir l’industrie de la surconsommation qui allait suivre. 

Un atelier de confection au Bangladesh, alimentant les grandes marques de vêtement à travers le monde.

Plusieurs usines vont par la suite être fermées dans les pays développés pour être délocalisées dans le tiers-monde. Des manifestants avant-gardistes, s’étaient alors réunis autour de ce sommet pour dénoncer les effets délétères de cette forme de mondialisation. Ils avaient été violemment repoussés.

Plus de 20 ans après, les conséquences sont là : des produits sont fabriqués dans des conditions inimaginables à l’autre bout du monde et exposés dans les boutiques de marques des mégalopoles. En plus de polluer l’atmosphère par le transport de ces marchandises, cette économie cache les conditions de travail.

Les consommateurs qui se rendent dans les boutiques se doutent très peu des mains qui ont été utilisées pour confectionner ces vêtements car les usines de fabrications sont loin et ne font pas la une des programmes publicitaires. Les campagnes publicitaires mettent plutôt en avant les soldes et la mode accessible à tous. Cela dit, qui paye finalement la différence ? Qu’est-ce que cela coûte réellement à la planète ?

Le vrai prix de la mode à petit prix

En ce XXIe siècle, le vrai prix des produits n’a pas grande importance. Le consommateur est programmé pour rechercher le prix le plus bas, au détriment du prix qui rémunère justement le travail du producteur. Pourtant, tous ces habits produits en masse et jetés, utilisés qu’une ou deux fois, sont obtenus à partir de ressources naturelles limitées et nécessitent pour leur fabrication une pression sur des ressources de plus en plus rares et précieuses comme l’eau.

Quel est l'impact de l'industrie du textile sur la pollution et l'environnement ? 1

Un tee-shirt en coton de 250g peut mobiliser 2500 litres d’eau. Pour rappel, plus de trois personnes sur dix dans le monde, soit plus de 2 milliards d’êtres humains, n’ont toujours pas accès à l’eau potable selon l’ONU et c’est en Afrique que se trouvent la majeure partie des personnes buvant de l’eau provenant de sources non protégées, ce qui représente un obstacle majeur au développement. Aussi, le polyester, matière incontournable dans l’industrie de la fast fashion, nécessite l’extraction du pétrole, amplifiant ainsi le réchauffement climatique et la dégradation des écosystèmes.

De plus, les conséquences humaines de la fast fashion peuvent être tragiques. Environ 1135 travailleurs ont péri tragiquement en 2013, dans l’effondrement du Rana Plaza, une industrie textile, à Dacca au Bangladesh. Cette usine qui ne respectait pas les normes de construction en la matière, présentait des risques d’effondrement par ses murs fissurés et l’entassement en son sein des machines à tisser. Un 24 Avril 2013, sans considérer les protestations des employés contre ces conditions de travail, la direction du Rana Plaza fait venir les employés pour continuer à y travailler afin d’honorer les commandes de l’industrie de la mode un peu éparpillée à travers le monde. Mais ce fut la goutte qui a fait déborder le vase : le bâtiment s’effondra sur les employés après la mise en marche des machines. Les mûrs du bâtiment n’ont pas résisté cette fois aux vibrations des machines.

Les volontaires qui cherchent des survivants dans les décombres du Rana Plaza, près de Dacca, au Bangladesh, le 24 avril 2013. (MUNIR UZ ZAMAN / AFP)
Effondrement d’un atelier de confection de vêtement pour les grandes marques au Bangladesh : des milliers de pertes en vies humaines ©MUNIR UZ ZAMAN/AFP

La fast fashion a par ailleurs révolutionné les services de livraison à domicile. Un produit peut être commandé en ligne aujourd’hui et livré demain. Le plus souvent, selon certaines conditions, la livraison est gratuite. Mais c’est quoi la gratuité quand les livraisons représentent une part non négligeable des gaz à effet de serre des transports et quand des gens travaillent non stop ? Selon l’ADEME, les vêtements et chaussures représentent jusqu’à 4 milliards de tonnes de CO2. Plus la livraison se fait rapidement, plus l’impact écologique est important car le véhicule sera quasiment destiné à un nombre infirme de colis. Les livreurs travaillent tout le temps sous pression, suite à nos clics en ligne et les entreprises qui les embauchent s’en déresponsabilisent la plupart du temps. 

Les conséquences de la fast fashion ne s’arrêtent pas là. Les déchets qu’elle engendre sont envoyés aussi à l’autre bout du monde et polluent l’environnement des populations qui ne lui ont rien demandé. C’est ainsi que la fast fashion transforme progressivement en Afrique, la capitale ghanéenne Accra, en une poubelle urbaine. Elle y déverse 160 tonnes de déchets textiles chaque jour. L’Afrique subsaharienne a pourtant déjà du mal à gérer les déchets de ses propres ménages.

Des alternatives, mais surtout un examen intérieur à faire

Face à ce tableau problématique, plusieurs marques “éco-responsables” émergent. Ces dernières mettent en avant le contraire de la fast fashion, c’est-à-dire, la slow fashion.  Des lignes de vêtements recyclés, de seconde-main, plus durables, occupent de plus en plus l’espace. Mais si le principe reste le même, c’est-à-dire acheter, pas parce qu’il nous en manque mais pour faire bonne figure et être à la mode, l’impact néfaste reste toujours important. Un examen intérieur devrait donc nous amener à nous poser la question de l’utilité de l’acte d’achat. Cela éviterait les achats compulsifs et épargnerait bien des vies à l’autre bout du monde.

Le lien entre notre porte-monnaie et les conditions de travail devrait être plus transparent, imagé et visible de tous. Il est aujourd’hui vital de l’exiger en tant que client. Car plusieurs études montrent que les seules mentions “équitable”, “engagé” ou “biologique” ne suffisent plus à garantir des conditions de production qui respectent la planète.

« Tout n’est pas vert dans le bio. »

Titre d’un numéro du Canard Enchainé en 2019

C’est pour toutes ces raisons que l’attitude de consommateur doit être remplacée par celle du consom’acteur. Le consom’acteur est minimaliste, n’achète pas tout le temps ni sous l’impulsion publicitaire, encore moins pour éviter qu’on le voit avec le même habit deux fois, mais parce que cela est nécessaire.

Les jeunes gagneraient à faire, avant chaque achat, ce travail intérieur qui précède toute prise de décision raisonnée et sans biais cognitif. La vie d’humains vulnérables en dépend à l’autre bout de la planète.

Yves-Landry Kouamé


Diatoula – Les Terres Douces : la ferme agro-écologique du couple Coulibaly en Côte d’Ivoire

Il y a presque 20 ans, Marie, alsacienne et fille de viticulteur, rencontrait l’ivoirien Mamadou à Bamako. Cette rencontre n’a pas seulement donné 3 magnifiques enfants : elle a été aussi à l’origine d’un projet exceptionnel, une magnifique ferme-auberge agroécologique localisée dans la région de la Marahoué en Côte d’Ivoire.

À l’instar de plusieurs pays agricoles dans le monde, la déforestation et les pesticides frauduleux font ravage en Côte d’Ivoire. Cette situation engendre au passage un appauvrissement des sols, induisant par la même occasion un exode rural inquiétant.

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Si rien n’est fait pour réconcilier l’agriculture à la biodiversité locale, ce géant agricole risque d’être victime de son succès d’ici quelques années. Marie et Mamadou l’ont bien compris. Grâce à leur initiative écologique exceptionnelle (Diatoula – Les Terres Douces), il est aujourd’hui possible de redécouvrir le plaisir de cultiver et de manger des produits du terroir, sans pesticide, tout en passant un moment touristique d’une rare bienveillance.

D’une histoire d’amour à un projet agricole en faveur des générations futures

Le projet de ferme-auberge est né il y a 18 ans, lors de la rencontre du couple Coulibaly à Bamako. Mais c’est finalement en 2018, à côté de Yamoussoukro où Mamadou a grandi, qu’il va se réaliser.

« Tout est parti de ma rencontre avec Mamadou, de la possibilité de créer un pont entre le Nord et le Sud, de notre attachement originel à la terre et surtout de la volonté commune d’élever nos enfants dans un autre monde… »

Marie Engel-COULIBALY

Diatoula – Les Terres Douces s’est nourri du parcours des deux âmes pour finalement prendre ce nom très significatif. Diatoula est en fait le nom du village, dans une banlieue de Bamako qui a vu naître l’idée du projet agricole. Dans la langue Bambara, Diatoula signifie « la terre aride qui reverdit ». Et l’extension « Les Terres Douces » est le nom de la rue qu’ils ont habité à Salleboeuf, dans la périphérie de Bordeaux.

La ferme-auberge vue d’en haut : panneau photovoltaïque alimentant la demeure ©Marie Engel Coulibaly

Aujourd’hui, cette ferme-auberge écologique fait partie du patrimoine que le couple compte léguer aux générations futures. L’organisation pour faire grandir le projet se fait dans une belle complicité et en harmonie avec leur vie familiale.

Les rôles sont bien agencés de sorte que Mamadou par son expertise s’occupe du développement de la partie agricole de l’exploitation et de la gestion de l’équipe, tandis que Marie s’occupe de l’intendance générale de la maison qu’elle a au départ dessinée grâce à ses compétences en architecture. Elle s’occupe également de la gestion des chambres d’hôtes.

Le statut juridique de la ferme-auberge est associatif, mais reste une expérience familiale qui profite à 7 salariés permanents à ce jour. L’aventure rencontre également l’implication de tous les habitants et communautés autochtones voisines : « sans eux nous n’existons pas ; s’ils sont contre nous, nous ne faisons rien ! » explique Mme Coulibaly. Tous les salariés viennent des campements d’à-côté et sont constamment sensibilisés à l’écologie et à l’agriculture responsable.

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Miser sur l’agro-écologie en Côte d’Ivoire : un pari avant-gardiste

Face aux dérives environnementales de l’agrochimie et leurs impacts néfastes sur la santé, les habitudes de consommation et les façons de cultiver changent aux quatre coins du monde. Et l’Afrique n’est pas en reste. Le berceau de l’humanité, où se trouvent plus de 60% des terres arables restantes au niveau mondial, s’adapte et voit éclore des acteurs agricoles qui ouvrent la voie à des alternatives agro-écologiques qui donnent de l’espoir, à l’image du couple Coulibaly.

Géographiquement, nous sommes à Sinfra, non loin de la capitale politique ivoirienne (Yamoussoukro). Ce département du centre-ouest de la Côte d’Ivoire abrite une végétation de forêt claire fortement impactée par la déforestation.

Diatoula-les terres douces  © Marie Engel Coulibaly

Dans cette localité peuplée majoritairement par des peuples autochtones Gouro, le couple Coulibaly a pu acquérir un espace de 36 hectares, permettant de concrétiser un projet qui va certainement servir d’exemple dans la filière agricole ivoirienne.

L’agriculture est en effet source de dégradations environnementales inquiétantes en Côte d’Ivoire selon plusieurs observateurs. En plus d’appauvrir les sols, le recours abusif aux produits phytosanitaires devient un réel danger dans plusieurs localités.

Marie et Mamadou ont bien diagnostiqué ce problème et ont décidé d’implanter cette ferme-auberge en réponse à la crise de sens générée par l’agriculture chimique et extensive.

L’idée avec cette ferme-auberge, c’est d’arriver par une expérience familiale, à essaimer une dynamique collective de retour au lien avec la nature.

Un concept agro-écologique atypique et une réponse concrète à un malaise 

Pierre Rabhi aurait été ravi de découvrir cette initiative, lui qui a été le chantre de l’agroécologie toute sa vie. Sur les 36 hectares s’agglutinent une diversité de cultures qui se développent sans pesticide, selon des principes agroécologiques.

Fondée sur l’idée d’intégration de l’agriculture au sein d’une biodiversité, l’agroécologie fait intervenir l’énergie solaire, le compostage comme alternative aux engrais chimiques, l’agroforesterie et l’association élevage-culture. Car que serait l’agriculture si toute la biodiversité s’effondrait ?

Plantation d’ananas Bouteille entre les rangs d’une plantation de manguiers ©Marie Engel Coulibaly

Diatoula – Les Terres Douces, c’est donc concrètement une ferme-auberge composée de trois chambres d’hôtes pour se plonger dans un environnement d’une ruralité profonde, bordé par une diversité de cultures dont la culture de cacao, de l’anacarde, de la banane plantain, du manioc, de l’igname etc.

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Les cabanes réservées à l’hébergement des visiteurs sont construites avec des matériaux locaux écoresponsables, du Géobéton : c’est de la terre avec très peu de ciment, qui permet d’avoir des briques résistantes et rafraichissantes. Pas de problème d’humidité à l’intérieur, très bonne isolation donc pas besoin de climatiseur.

Anacardier de la ferme agroécologique DIATOULA-Les Terres Douces ©Marie Engel Coulibaly

Dans cet environnement propice au tourisme agricole, il y a aussi des moutons, des poulets, des canards, des lapins, des ruches… Les visiteurs peuvent se plonger dans cet univers rural bordé par une biodiversité qui prospère avec le temps. Ils peuvent aussi nager, découvrir et déguster des mets locaux cuisinés exclusivement avec des produits issus de la ferme.

Chambre pour les visiteurs ©Marie Engel Coulibaly

Trop souvent, les touristes visitent la Côte d’Ivoire sans goûter à la Côte d’Ivoire profonde. La réalité c’est qu’il est de plus en plus difficile pour des touristes de goûter aux terroirs du pays et à la gastronomie locale, surtout lorsque ces derniers découvrent la Côte d’ivoire en restant à Abidjan. Ce constat entretient d’ailleurs un malaise, en témoignent les retours d’expérience des visiteurs de la ferme, qui y voient un paradis local, une source pure et une réponse concrète à ce malaise, loin de la cacophonie abidjanaise.

Tout l’engagement du couple franco-ivoirien trouve également sa traduction dans le fait que durant le séjour des visiteurs, Marie et Mamadou partagent leur passion pour la connaissance et la préservation des espèces vivantes endémiques, discutent des liens entre agriculture et biodiversité, parlent de l’importance de la santé des sols dans la préservation de la qualité nutritionnelle des aliments etc.

Pour finir, il est important d’ajouter que ce projet exceptionnel reste tout de même un défi quotidien. L’expérience n’est pas aisée car, entre les divagations des troupeaux de bœufs et les problèmes structurels locaux, il y a encore du chemin à parcourir pour atteindre les objectifs escomptés. Toutefois, le couple Coulibaly sait puiser de l’énergie positive en ayant en tête l’adage qui dit que « celui qui plante des arbres sachant qu’il ne pourra pas profiter de leur ombre, vient de commencer à comprendre le sens de la vie. »

« Pour ce qui est de la main d’œuvre, au début ça a été long de trouver les bonnes personnes pour nous accompagner dans ce projet. Mais à force d’être exigeants, nous avons aujourd’hui une équipe formidable. »

Marie Engel-COULIBALY

D’ici 5 ans, le couple ambitionne de faire émerger une forêt nourricière sur cet espace. Quelle belle vision !

Yves-Landry Kouamé


Cop27 en Égypte : au plus près des sujets brûlants de la jeunesse africaine

L’année dernière, la distance, les visas, le coût élevé des frais de voyage, l’invisibilisation médiatique et le contexte sanitaire ont sapé la participation de la jeunesse africaine à la COP26 de Glasgow. Cette année tout se joue en Afrique, plusieurs sujets brûlants attendent des réponses, mais rien n’est gagné.

Pas besoin, à première vue, de traverser la Méditerranée pour se rendre à la COP27. C’est en Égypte que les derniers espoirs de la jeunesse africaine devront porter leurs fruits ou s’envoler définitivement. Du 6 au 18 novembre, à Charm el-Cheikh, devraient émerger des solutions concrètes au réchauffement climatique qui handicape l’avenir des jeunes africains. Cependant, au vu de l’échec de la COP26, au regard des faibles résultats des accords de Glasgow, à quoi faut-il s’attendre en Égypte ? La jeunesse africaine, aura-t-elle enfin la place qu’il faut au premier rang des invités ?

Une autre COP inaccessible à la jeunesse africaine

Un peu comme lors de la COP26, la jeunesse africaine est la grande absente de la COP27 qui a pourtant lieu en Afrique. 

Ce sont des espoirs qui tombent à l’eau. En effet, avec la COP27 à Charm el-Cheikh, on s’attendait à voir enfin, dans les grands médias, les multiples visages de l’engagement exceptionnel des jeunes africains dans le combat écologique mondial. Mais il n’en est rien.

Fr : La #Cop27 a lieu en Afrique et la plupart des activistes africains n’ont pas la chance d’y aller en raison du manque de badge ou de financement.

Plusieurs jeunes qui ont un engagement remarquable sur le continent ont essayé tant bien que mal d’accéder au sommet climatique le plus important de l’année. Pour espérer faire passer le message des pays terriblement exposés à la crise climatique, certains activistes ont lancé des campagnes de financement participatif en ligne, d’autres ont envoyé plusieurs courriers à des officiels et organisations internationales. Ils n’ont cependant pas tous eu gain de cause.

Pour rappel, Charm el-Cheikh est une ville africaine située en Egypte. Mais, même quand la COP se rapproche géographiquement d’eux, le constat est identique : les jeunes africains ne sont pas les premiers invités. Un sentiment d’exclusion s’ajoute donc à leurs conditions d’engagement déjà très difficiles. Les quelques jeunes qui ont pu s’y rendre sont assurés de s’asseoir sur les strapontins des salles de négociation, avec un poids médiatique faible voire inexistant. On peut dire que ces derniers sont juste utilisés pour du youthwashing (utiliser une poignée de jeunes engagés pour couvrir l’inaction). C’est bien dommage pour la planète !

https://twitter.com/hoffmansfloater/status/1586287611173535744?s=21&t=yMe2FfXYtf5fC16iotiYgQ
Cet activiste climatique (Dixon Bahandagira) a son bage pour assister à la COP27, mais n’a pas l’argent pour se rendre en Egypte depuis l’Ouganda.

Ne s’agit-il pas là d’une autre forme d’exclusion ? N’est-ce pas là une façon de disqualifier l’engagement écologique des jeunes issus de pays en difficulté ? L’absence de Greta à la COP27 est par exemple plus médiatisée que la participation de la poignée d’activistes africains sélectionnés pour assister aux négociations en Égypte. Là où la légitimité de la présence de Greta est évidente, celle des amis de Vanessa Nakate est sans cesse remise en cause. Mais qui est mieux placé que la jeunesse africaine pour parler du réchauffement climatique ?

Ce traitement inégalitaire qui a été critiqué à la COP26 en Écosse, est perpétué à la COP27 en Égypte. 

Échec probable de la COP27 : la jeunesse craint une COP26 bis 

L’observation des premières images ne donne aucun espoir. Rien ne présage une COP27 révolutionnaire. 

Sponsoring de Coca Cola, commerce insupportable autour de l’événement, mise à l’écart des activistes locaux, droits à l’activisme restreints, le décor de la COP27 est ainsi planté à Charm el-Cheikh.

Coca Cola, qui est de loin le plus gros producteur de déchets plastiques au monde, est sponsor de cette COP27. Cette information a suscité l’indignation des organisations de lutte contre la pollution. Avec un tel cocktail, la COP27 mélange dans le même verre, les acteurs qui profitent d’un monde dont la conscience se verdit (greenwashing) et les acteurs qui ont vraiment à cœur de verdir notre planète.

En plus de ce décor, quand on jette un coup d’œil aux retombées de la COP26 on remarque très vite que plusieurs pays présents en Égypte n’ont pas matérialisé leurs engagements de Glasgow. Ils étaient environ 200 à signer ce pacte de Glasgow.

Le pacte de Glasgow, c’est l’acte qui centralise l’essentiel des accords de la COP26. Cependant, une fois retournés dans leurs pays respectifs, les signataires de ce pacte ont littéralement tourné le dos aux sinistrés climatiques, en brillant par leur inaction.

Ce constat donne raison aux détracteurs de ces sommets climatiques. Ces sommets mondiaux sur le climat deviennent artificieux et redondants pour la jeunesse. Greta Thunberg, qui a été pourtant révélée au monde grâce à son discours historique à la COP de 2018, a boycotté le sommet cette année. La jeune suédoise y voit du greenwashing. 

L’une des ambitions poursuivies par la COP27, c’est de transformer enfin en action, les accords signés lors des précédents sommets climatiques. Une trop grande ambition n’est-ce pas ? Le risque d’une COP26 bis est bien réel.

Sujet brûlant de la COP27 : l’épineuse question des pertes et dommages

Les pertes et dommages liés à la crise écologique imposée à la Terre sont inégalement répartis. L’Afrique paie le prix fort. Quand on observe les politiques environnementales sur d’autres continents, on a l’impression qu’il y a encore du temps. Or en Afrique le réchauffement fait des ravages depuis des décennies. C’est d’ailleurs pour cela que la jeunesse africaine parle aujourd’hui de justice climatique.

Le réchauffement climatique a un coût énorme pour l’Afrique. Si les jeunes africains ont du mal à se construire et à construire l’avenir du continent africain, c’est en partie parce que cette jeunesse a été condamnée à faire face à un environnement défavorable. 

Cet environnement a été et continue d’être pollué par les grosses activités industrielles des pays développés. Les conséquences sont aujourd’hui dramatiques : famine à Madagascar et au Kenya, peuples côtiers chassés par l’élévation du niveau de la mer en Côte d’Ivoire et au Sénégal, inondations meurtrières au Nigeria, terres agricoles asséchées au Sahel, etc. La liste des conséquences actuelles du réchauffement climatique est longue et le coût de l’adaptation est hors de portée. Il se chiffre à des milliards de dollars. On parle même de centaines de milliards de dollars par an.

Fr : « Vous ne pouvez pas vous adapter à l’extinction »

Bien évidemment, les pays africains, dont une trentaine figurent parmi les plus économiquement pauvres au monde, ne peuvent pas débourser cet argent. L’idée même d’adaptation commence à déranger puisqu’il s’agit de s’adapter pendant que les pays qui la suggèrent continuent de polluer.

C’est donc l’un des sujets brûlants qui n’échappe plus aux revendications des jeunes. Cette question de la réparation des pertes et dommages donne pourtant une posture assez délicate à l’Afrique. Les pays industrialisés ont promis, il y a plus de dix ans, de contribuer à combler le trou des 100 milliards de dollars nécessaires à l’adaptation des pays en difficulté. Mais cette promesse n’a jamais été tenue. 

Dans le chapitre II et III du pacte de Glasgow les pays industrialisés avaient réaffirmé leur conscience du devoir de soutien à l’endroit des pays touchés.  Mais rien n’a bougé depuis la COP26. L’Afrique est pourtant le continent qui pollue le moins mais qui subit le plus les conséquences de la pollution. La réussite de la COP27 est donc liée à l’issue des négociations sur ce sujet.

Le tableau présenté ici n’est pas exhaustif et les jeunes africains savent pertinemment que la COP27 ne répondra pas à leurs préoccupations. Les pays développés n’arrêteront pas leurs industries polluantes au terme de cet événement. Les financeurs des projets dévastateurs comme Eacop essayeront toujours des passages en force et les médias classiques resteront complices.

Une chose est certaine aujourd’hui : la succession des COP ne fait pas reculer les causes des dégradations environnementales. Or, d’après le dernier rapport du GIEC, il ne nous reste plus que 3 ans pour agir si nous voulons éviter les pires scénarios climatiques. Aucune action gouvernementale concrète n’a accompagné les alertes de ce rapport. Plus personne n’en parle. Chaque année, les scientifiques ne cessent de sonner le glas funèbre d’une planète à l’agonie, à coup de rapports et d’articles que les décideurs lisent à peine.

Lire aussi : COP28 à Dubaï, une jeunesse africaine méfiante

Il est peut-être temps d’inventer d’autres modèles d’action collective. Il est tout aussi urgent de réinventer ces Conférences des Parties afin qu’elles ne soient plus des voyages coûteux qui accélèrent l’effondrement de la biodiversité au lieu d’y remédier. Nous espérons toutefois une COP27 qui surprendra positivement par son impact sur la planète, même si les premières images augurent du contraire.

Yves-Landry Kouamé


Cacao bio et chocolat équitable : quand la situation des planteurs rencontre enfin des alternatives

À lui seul, le trio Côte d’Ivoire-Ghana-Togo vaut environ 70% du cacao qui alimente l’industrie mondiale du chocolat. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que cette industrie pourtant lucrative ne profite pas aux cacaoculteurs.

Cacao bio et chocolat équitable : quand la situation des planteurs rencontre enfin des alternatives @etresensibleasonenvironnement - photo de gebana
© gebana

La matière première nécessaire à la fabrication du chocolat provient majoritairement d’une poignée de pays tropicaux où manger du chocolat peut relever du luxe. Parmi ces pays, la Côte d’Ivoire bat tous les records de production de cacao, l’ingrédient principal du chocolat. Tout juste derrière, il y a le Ghana, deuxième producteur mondial. Le Togo, autre pays ouest-africain non moins important, a longtemps fait l’actualité du swollen shoot, la maladie du cacao. En parlant de maladie, nous mettons les pieds dans l’océan de maux dans lequel baignent les cacaoculteurs. Dans les champs de cacao d’Afrique, loin des rayons « Chocolats et Confiseries » de nos supermarchés, la friandise n’a en effet pas le meilleur goût ni le meilleur coût.

Chocolat raffiné, cacaoculteurs déprimés

Le coût économique, social et écologique de l’achat d’une tablette de chocolat peut être amer. Sans le vouloir, le consommateur se rend régulièrement complice de pratiques climaticides, du travail des enfants et de certaines formes d’esclavage en Afrique de l’Ouest.

Cacao bio et chocolat équitable : quand la situation des planteurs rencontre enfin des alternatives @etresensibleasonenvironnement - photo de gebana
Ecabossage ©gebana

C’est de l’Afrique de l’Ouest que provient la majeure partie du cacao nécessaire à la fabrication du chocolat. Cependant, les planteurs de cacao n’arrivent pas à joindre les deux bouts avec leurs faibles revenus. La juteuse industrie chocolatière s’approvisionne en cacao auprès de ces paysans, mais ces derniers n’ont que des miettes en retour. Pourtant, que seraient les nuits pascales, Noël, les soirs d’automne et d’hiver sans chocolat ? Que seraient nos moments gustatifs, nos moments de partages intenses sans les cacaoculteurs ivoiriens, ghanéen, togolais ?

C’est d’eux que tout part pour aboutir au chocolat raffiné, cette friandise adorée des petits et des grands. Mais dans les champs de cacao, à l’autre bout de la chaîne, le retour des observateurs ne permet pas de considérer comme parole d’évangile, l’idée que “l’homme mangera à la sueur de son front”.

Ces braves paysans travaillent à la machette pour débroussailler, à la main pour semer, entretenir, sécher et trier les fèves. Ils mobilisent aussi des forces physiques un peu partout dans la famille, car il s’agit avant tout d’exploitations familiales. D’autres manœuvres issus de l’immigration intrarégionale sont couramment sollicités dans ces champs. Cependant, tous les honnêtes observateurs sont unanimes sur le fait qu’en plus de dégrader l’environnement, ce travail ne permet pas aux planteurs de sortir de la pauvreté. Au contraire, ces derniers qui n’ont pas la liberté de fixer, à la hauteur de leur travail, le prix du cacao issu de leurs champs, vivent et vont à la retraite dans des conditions difficiles. Ils ne perçoivent qu’autour de 6% des recettes de l’industrie du chocolat.

Concernant le prix du cacao, rappelons que depuis son entrée en bourse en 1925, le prix du kilogramme de cacao fluctue chaque année. Une fluctuation du cours du cacao signifie que sur le marché boursier, selon certaines tendances, l’on peut décider de diminuer ou augmenter le prix auquel il faudrait acheter le cacao des planteurs. Et c’est sur le principe de l’offre et de la demande au niveau international, que ce prix fluctue. Ce prix, toujours à l’avantage des acheteurs et des chocolatiers, est à la base de la dégradation de l’environnement et des conditions de vie des planteurs dans la sous-région ouest-africaine.

Cacao bio et chocolat équitable : quand la situation des planteurs rencontre enfin des alternatives @etresensibleasonenvironnement - photo de gebana
Séchage au soleil des fèves de cacao ©gebana

Cette réalité n’est pas toujours constatée dans nos supermarchés car les industriels font peser le poids des fluctuations plutôt sur la tête des planteurs. En plus de cette situation inconfortable, comme on peut le lire dans l’ouvrage “Qui sont les planteurs de cacao de Côte d’Ivoire”, certains négociants emploient des méthodes déplorables pour instrumentaliser les coopératives dans le but d’acheter le cacao au prix le plus bas possible et maximiser leurs marges au détriment des planteurs.

Face à une telle situation, pour continuer à exister et couvrir leurs charges familiales, les cultivateurs sont obligés d’étendre leurs exploitations sur de grandes surfaces, de grignoter des espaces protégés, de faire travailler des enfants. La tentation des intrants chimiques s’est même accrue ces dernières années, à force de contraintes.

Ce cacao mangeur de forêts et de vies

La culture du cacao rime aujourd’hui avec déforestation, travail des enfants et manipulation de paysans illettrés. Dans la course au plus grand producteur de cacao, la biodiversité a dépéri et des vies continuent d’être mises en danger.

Cacao bio et chocolat équitable : quand la situation des planteurs rencontre enfin des alternatives @etresensibleasonenvironnement - photo de gebana
Cacao mûr © gebana

La Côte d’Ivoire est l’exemple par excellence d’une biodiversité sacrifiée au bénéfice de l’économie d’exportation de matières premières agricoles. Avec 40% de la production mondiale de cacao, aucun autre pays de la planète ne fait mieux que ce pays africain. C’est tout simplement le plus gros producteur de cacao au monde. Il y a donc de fortes chances que le dernier chocolat consommé ait un lien avec ce pays. Toutefois, le revers de la médaille, c’est une déforestation à plus de 80% depuis 1960. Entre les 60 000 tonnes de cacao produits en 1960 et l’historique barre franchie de 2 000 000 tonnes lors de la campagne 2016-2017, beaucoup d’arbres sont tombés et plusieurs habitats naturels ont été détruits. Des 16 millions d’hectares de forêt que comptait la Côte d’Ivoire en 1960, il n’en reste que 2,9 millions aujourd’hui. C’est l’une des plus grosses catastrophes écologiques en Afrique.

Suite logique, qui dit déforestation, dit aussi exposition au réchauffement climatique. La destruction des arbres, ces précieux alliés contre le réchauffement climatique, expose l’agriculture africaine à davantage de crises majeures. Le dernier rapport du GIEC y a consacré plus d’une centaine de pages, à juste titre.

En outre, si l’envoyé spécial du jeudi 10 janvier 2019, avait créé un malaise, c’est surtout qu’en plus de détruire des forêts, le cacao détruit beaucoup de vies. Dans ce documentaire bouleversant, dès les premières secondes, on pouvait voir et entendre une représentante d’ONG lâcher :

«Si vous avez beaucoup mangé du cacao (chocolat) ces dernières années, vous avez vous-mêmes mangé du travail des enfants, de l’esclavage. Ils travaillent dans les pires formes de travail des enfants. C’est-à-dire : (manipulation) des produits chimiques très dangereux, des machettes, des poids très lourds…»

Envoyé spécial. Cacao : les enfants pris au piège – 10 janvier 2019 (France 2)

Il y a vraiment de quoi culpabiliser. Et pourtant, la liste des vices de ce secteur est plus longue.

Cacao bio et chocolat équitable : quand la situation des planteurs rencontre enfin des alternatives @etresensibleasonenvironnement - photo de gebana
© gebana

Sortons toutefois la tête de l’eau. La réalité est là, elle interroge notre porte-monnaie et nous invite à consommer autrement. En effet, en achetant un produit, on soutient les pratiques qui ont permis d’avoir ce produit.

On veut juste déguster du chocolat – direction supermarché – un achat – et on se rend complice de la déforestation, du travail des enfants et de l’esclavage à l’autre bout de la planète !

Jusqu’ici, en tant que consommateur, nous avons majoritairement plutôt été du côté des distributeurs et de l’industrie du produit fini au lieu d’être du côté des planteurs. Être du côté des planteurs c’est d’abord interroger la provenance des matières premières et les pratiques de la marque avant d’acheter.

Avant d’acheter, avoir la certitude que le chocolat est issu du commerce équitable et que le cacao est issu d’une agriculture biologique peut résoudre une partie des problèmes des cacaoculteurs. Plusieurs entreprises sont engagées sur ce terrain, en proposant des alternatives, un peu comme gebana.

Des alternatives : gebana, le bio et l’équitable

Les problèmes soulevés plus haut mettent en évidence le fait que les planteurs n’arrivent pas à vivre du prix auquel leur cacao est acheté. Certains acheteurs véreux profitent des paysans. La culture du cacao fait intervenir des enfants qui devraient être à l’école. Ce secteur a un impact environnemental dévorant.

Pour y remédier, une des voies possibles en tant que citoyen, c’est d’adhérer à un autre projet de société : celui porté par des marques engagées comme gebana.

Il est aujourd’hui indispensable que les consommateurs achètent auprès des marques engagées, qui essaient de rompre avec le système commercial qui place l’argent au-dessus de l’humain. Les marques engagées, ce sont ces marques qui garantissent au consommateur un achat qui a du sens. Acheter une boîte de chocolat chez gebana par exemple, c’est d’abord être assuré que le planteur en Afrique, dont le cacao a servi pour la fabrication de ce chocolat peut toucher une part qui lui permet de vivre décemment de son agriculture. Cette garantie est apportée par la certification “Commerce Équitable”. Le commerce équitable tel que pratiqué par gebana, permet au producteur de toucher le juste prix sur ses produits, de toucher 10% des bénéfices annuels de gebana, d’être formé à l’agriculture biologique et lui permet également d’avoir accès à une clientèle qui comprend le sens du travail de la terre.

Entretien des fèves de cacao séchées @etresensibleasonenvironnement - photo de gebana
Entretien des fèves de cacao séchées au soleil ©gebana

Détenteur du label bio et équitable, réduisant au maximum les intermédiaires entre le planteur et une clientèle essentiellement européenne, gebana a cette particularité de lutter contre les pratiques déplorables des géants de la grande distribution et questionne perpétuellement les règles commerciales qui désavantagent les petits producteurs. Les cultivateurs de gebana en Afrique, notamment au Togo, touchent deux fois de l’argent sur un même produit et sont accompagnés pour se spécialiser en agriculture biologique, en agroforesterie, etc.

La clientèle de gebana comprend bien qu’au-delà d’une simple commande en ligne, ce sont surtout des vies qui sont sauvées et des environnements qui sont préservés, parce que gebana paye environ trois fois le prix conventionnel du cacao auprès de ses cacaoculteurs.

Il faudra cependant plus d’acteurs dans cette démarche. Les efforts de gebana ne suffisent pas pour garantir un revenu vital à tous les paysans. Les bonnes pratiques doivent s’irriguer auprès de plus d’acheteurs de fèves de cacao. C’est justement pour cela que l’entreprise a réuni récemment tous ses collaborateurs grossistes, pour leur expliquer qu’il fallait payer plus le cacao, afin de rendre la filière plus bénéfique pour tous les acteurs. Cette démarche rencontre déjà quelques succès.

Cacao bio et chocolat équitable : quand la situation des planteurs rencontre enfin des alternatives @etresensibleasonenvironnement
Chocolat bio, issu du commerce équitable ©Yves-Landry Kouamé

Au-delà des alternatives qui peuvent exister, l’idéal pour le consommateur qui veut agir pour l’environnement, serait de limiter la consommation des produits comme le chocolat, dont l’impact environnemental est dévorant, et surtout d’éviter d’acheter certaines marques de chocolat. Par ailleurs, les scientifiques s’accordent à dire qu’il faut modifier radicalement nos habitudes de consommation, limiter le gaspillage de ressources et changer nos façons de produire.

Modifier notre façon de consommer, c’est acheter là où l’impact environnemental est moins important. C’est voter pour des alternatives comme gebana, ces alternatives qui rendent le consommateur acteur du bien-être des producteurs et de la terre.

À chaque achat de chocolat ou d’un autre produit, nous devons penser à faire le choix qui ne nous rend pas complice de la déforestation, du travail des enfants et de toutes les nouvelles formes d’esclavage.

Chaque achat est un vote, un choix entre d’un côté ceux qui détruisent des vies humaines, animales et végétales pour des gains personnels, et de l’autre, ceux qui redonnent du sens au travail de la terre et qui permettent au consommateur d’agir pour le bien commun et pour la protection de notre environnement de plus en plus fragilisé.

Yves-Landry Kouamé


Jeunesse et engagement : réponses aux questions de Suzanne

J’ai répondu aux questions de Suzanne N’gouandi pour sa chaîne de podcast « S’engager autrement »

Ce podcast enregistré dans le cadre de la journée mondiale de l’environnement s’intéresse à l’engagement des jeunes en Côte d’Ivoire et en Afrique. Suzanne a voulu le plus de détails possibles, sans limite de temps. Ce billet revient sur quelques séquences : l’intégralité est à écouter sur sa chaine. Let’s go !

Suzanne : comment t’es venue l’idée d’initier ton blog ?

Moi : L’idée m’est venue quand mes sensibilités écologiques ont rencontré ma prise de conscience que tout est en train de s’effondrer. C’est une prise de conscience qui s’est faite par des lectures, des documentaires, des constats, de l’indignation face à l’inaction et face à la banalisation des catastrophes environnementales en Côte d’Ivoire.

Je ne suis pas un grand fan de télévision mais pour les rares fois où il m’a été donné de regarder la télévision, j’ai toujours été intéressé par les documentaires sur la nature, le récit sur des animaux, la flore etc. J’aime les documentaires qui montrent ce qui se passe dans la tête des animaux, comment ils vivent, se défendent, meurent, assurent leur survie en groupe etc… J’ai toujours été fasciné par l’intelligence du monde animal et végétal.

En grandissant à force de lecture et de visionnage de documentaires, j’ai compris avec un peu de peine que c’était un patrimoine en danger. J’ai compris que si on reste dans notre propension à vouloir tout manger, tout détruire parce qu’on veut de l’argent, on veut se développer, on va tout droit dans le mûr parce qu’avec le réchauffement climatique on va peut-être construire des infrastructures mais à un moment on ne pourra pas les utiliser. 

 J’ai l’impression qu’on est tous dans un gbaka dont les pneus arrières se dégonflent progressivement, alors que le gbaka est en plein sur l’autoroute et personne ne veut que le gbaka s’arrête, parce que tout le monde est pressé d’arriver là où il va. Tu vois un peu Suzanne, voilà où on en est. C’est de ça qu’il s’agit quand on parle de crise écologique, climatique, d’effondrement de la biodiversité etc… et j’ai eu envie d’écrire sur ça à partir de 2017 pour partager avec d’ autres jeunes. 

Et coïncidence, en 2017, je participe à une formation organisée par un opérateur de téléphonie en Côte d’Ivoire sur le blogging. Elle a été animée par des anciens du blogging en Côte d’Ivoire et séance tenante j’ai créé mon blog sur WordPress. Étant donné que j’avais déjà pas mal de réflexions que j’avais envie de partager, le blog s’est vite enrichi de ces réflexions et les billets ont commencé à dépasser le seul cadre de mon blog[…]

Suzanne : peux-tu nous parler de ton blog et des thématiques abordées ?

Moi : Il y a une thématique centrale. C’est l’écologie. Et j’ai actuellement trois rubriques.

La rubrique « écologiquement » où je partage des réflexions diverses. C’est une rubrique qui permet de voir comment mes réflexions ont évolué depuis 2017. Parce que dans l’engagement il y a des stades de réflexion. Il y a des choses que j’ai dites en 2017 que quand je lis aujourd’hui je me dis « mais frère qu’est-ce que tu racontais? » (Rire) Mais au moins, ça a le mérite d’exister car c’est aussi le fruit d’un stade d’engagement. C’est dans cette rubrique que j’exprime souvent mon ras-le-bol face à certaines dérives et actualités écologiques.

Il y a ensuite la rubrique « consom’acteur » où je pars du principe que si le consommateur change sa façon de consommer, on aura résolu une grosse part des problèmes de l’humanité. Si avant d’acheter un produit, je me pose la question de savoir si l’entreprise qui a fabriqué n’est pas cruelle envers la biodiversité, ne déforeste pas, ne maltraite pas ses employés, cela va pousser l’entreprise qui au départ ne pense qu’à faire du chiffre, à faire attention et fournir un produit qui n’est pas le fruit de la déforestation et du travail inhumain par exemple. Se poser des questions avant d’acheter c’est quitter le grade de consommateur pour évoluer au grade de consom’acteur. Et c’est de tout ça que je parle dans cette rubrique. 

La dernière rubrique c’est « initiatives durables » où je partage l’histoire d’autres jeunes et d’autres personnes engagées sur le sujet écologique de la plus belle des manières, en Afrique. Parce qu’on pense souvent à tort que l’Afrique ne bouge pas sur certains sujets d’ordre mondial, alors que si ! Sauf qu’on ne relaie pas assez les bonnes initiatives. Il y a des personnes qui font des choses extraordinaires qui n’ont besoin que de visibilité : et la visibilité c’est toi ton partage, ton témoignage, c’est moi mon blog qui offre une lucarne à un jeune, à une entreprise qui fait des efforts pour l’écologie ou sinon pour éviter le pire à l’humanité.

Suzanne : comment as-tu été sensibilisé à l’activisme pour la cause environnementale ?

Moi : Comme je l’ai dit au début, avant d’arriver au blog, j’étais déjà sensible à tout ce qui touche à la vie sauvage, à la nature dans toute sa diversité. Mais à un moment, il y a des lectures et constats qui m’ont fait prendre conscience de l’urgence écologique en Côte d’Ivoire. Je suis par exemple toujours impressionné par les déchets qui jonchent les rues d’Abidjan, d’Adjamé à Abobo, Port-Bouet, Akouedo etc… À un moment j’ai commencé à faire le lien entre le fait de traverser certaines communes comme Adjamé, Abobo à pied et le fait d’avoir mal à la tête après. Parce que dans ces communes, on est constamment exposé à la pollution atmosphérique, sonore, aux odeurs de poubelles. En 30min de marche tu es déjà asphyxié à Abidjan, t’as déjà chopé deux-trois maladies dues à l’environnement insalubre.

Il y a eu aussi plusieurs scandales en Côte d’Ivoire qui ont attiré mon attention. En 2006, le gros scandale écologique qui va attirer mon attention : le scandale probo Koala, l’affaire trafigura, où un matin on se réveille avec une forte odeur qui envahit Abidjan et emporte 17 vies humaines avec une centaine de milliers d’empoisonnements suite au déversement de plus de 300 tonnes de déchets pétroliers au large d’Abidjan. J’étais encore adolescent mais ça m’a marqué. Après j’ai lu un rapport qui montrait comment la Civ est passée de 16 millions d’hectares de forêts à moins de 2 millions aujourd’hui (véritable catastrophe). Arrivé à l’université, j’ai commencé à être au parfum de la menace de disparition de nos villes côtières comme Grand-Lahou et Lahou-Kpanda, du fait du réchauffement climatique dont l’une des conséquences est l’élévation du niveau de la mer. 

Tout ça a commencé à résonner fort à un moment donné dans ma tête. Ça a mijoté jusqu’à ce que j’aie besoin de déverser dans un bac plus grand qu’est internet pour que chacun puisse se servir. Parce que je me suis rendu compte que ces graves problèmes étaient banalisés dans l’opinion publique ivoirienne. Et ça l’est encore aujourd’hui malheureusement ! On attend peut-être que le pire fasse le buzz, pour se rendre compte de ce que les scientifiques du climat prédisent depuis 30 ans et d’ici 100 ans pour l’Afrique.

Suzanne : quelles sont les actions que les jeunes peuvent mener pour protéger l’environnement ? (10 exemples)

Je ne donnerai peut-être pas dix exemples mais pour ce qui me vient en tête, je dirai :

  • S’informer, et se former si possible, pour comprendre les menaces qui pèsent sur notre planète. C’est par la connaissance du problème qu’on arrive à prendre le bon bout de l’engagement.

  • Changer notre façon de consommer.

Derrière certains produits que les jeunes achètent, il a fallu déforester et exploiter des gens. Les jeunes doivent changer leur façon de consommer.

  • Être bénévole au sein d’une association/ONG environnementale : ça permet de garder la flamme, s’enrichir mutuellement et engendrer plus d’impact quand c’est bien coordonné.

  • Faire attention à l’eau qu’on gaspille à la maison.

  • Faire attention à l’électricité qu’on gaspille à la maison.

  • Avoir un usage écologique du numérique : ne pas publier sur internet parce qu’on a envie de publier. Mais publier parce que c’est utile pour la communauté qu’on entretien. Parce que derrière, ce sont des machines qui stockent toutes la masse d’informations qu’on balance sur les réseaux sociaux, ces machines fonctionnent en permanence avec de l’énergie, de l’électricité. Or pour avoir l’électricité ce sont des ressources qui sont mobilisées, des ressources qui ne sont pas inépuisables.
  • Consommer local, parce qu’un produit qui vient de l’autre bout du monde ça pollue plus qu’un produit qui vient du champ d’à côté : on parle de kilomètres alimentaires.
  • Faire des recherches sur les marques qui fabriquent avant d’acheter leurs produits. Parce que si tu achètes les produits d’une marque qui polluent les terres pour produire en masse, c’est comme si toi aussi tu cautionnes cette pratique dévastatrice pour l’environnement…

Je vais m’arrêter là. Il y a des astuces sur mon blog. En 2019, j’ai publié les 7 pas de l’apprenti écolo.

Suzanne : penses-tu que la jeunesse africaine et ivoirienne devrait plus s’engager pour la préservation de l’environnement ?

Moi : Bien sûr ! Et surtout s’engager sérieusement. Par des actions concrètes, qui permettent d’avancer dans les lois, qui permettent d’éviter des scandales comme probo koala, qui permettent d’avoir des mesures fortes pour éviter les graves crises que prédisent les experts du climat. Le dernier rapport du GIEC est sans appel : si on ne fait rien le réchauffement climatique va causer des inondations extrêmes, accentuer les déplacements de populations, provoquer des guerres civiles etc… Donc c’est sérieux et c’est de nous qu’il s’agit d’abord.

Suzanne : pour toi c’est quoi s’engager?

Moi :

C’est passer à l’action de façon régulière et répétée dans le cadre d’une cause qui nous tient à cœur, en venant tel qu’on est, avec les moyens qu’on a. Autrement c’est le don de soi sans rien attendre en retour…

On ne vient pas à l’engagement pour se faire un nom, mais pour servir une cause. Si en le faisant ça nous profite en terme de réputation tant mieux. Mais le but principal c’est d’aider à résoudre un problème de société, sans rien attendre en retour. C’est du sacrifice. Accepter de donner une partie de son temps, son savoir, son énergie, son argent, sans forcément monnayer, c’est cela l’engagement. 

Dans le cadre de la cause environnementale, c’est comprendre que nous sommes peut-être la dernière génération à pouvoir avoir les cartes en mains pour redresser ce monde qui court résolument vers le mur. Les scientifiques ne cessent de sonner le glas funèbre d’une planète à l’agonie. Chaque mois un rapport scientifique sort pour nous alerter, mais on ne lit pas. C’est dans ces rapports qu’il a tout ce qu’il faut pour s’engager.

Ailleurs, ça bouge fort, sur d’autres continents. Pour une fois, il ne faut pas être en retard dans la prise de conscience des enjeux du monde dans lequel  on vit. Nos parents, nos prédécesseurs ont négligé certains combats de leur temps et aujourd’hui nous en payons le prix durement. Il ne faut pas commettre la même erreur.

S’engager en tant que jeune, c’est comprendre que c’est à nous d’impulser les changements auxquels on aspire. Ça peut passer par des podcasts comme ce que tu fais, par le blogging pour donner de la voix, par des mouvements, par l’entrepreneuriat, la politique etc… 

Pour finir je dirai qu’il n’y a pas de petit engagement. Chacun peut s’engager à son niveau comme il peut et comme il l’entend. Face aux enjeux actuels, il ne faut juste pas rester dans le camp de ceux qui ne font rien. Je terminerai en ajoutant qu’il faut être constant dans l’engagement. S’informer. Briser des barrières. Briser les codes et les plafonds de verres : faire tout ce qu’il faut pour que l’engagement puisse porter et créer du changement.

Yves-Landry Kouamé


Côte d’Ivoire : quand l’annonce d’un projet climaticide à Dahliafleur mobilise la jeunesse

C’est peut-être l’atteinte à l’environnement de trop en Côte d’Ivoire. Ce 24 mai, l’annonce du projet climaticide de transformation de la réserve naturelle partielle de DahliaFleur en un complexe hôtelier, a provoqué une élévation quasiment sans précédent de voix jeunes et diverses, comme pour dire “STOP, trop c’est trop”.

Crédit photo : M.Z.

Une jeunesse de la race des indomptables fait parler d’elle en cette fin du mois de mai en Côte d’Ivoire. Accueillant à chaud la nouvelle publiée par plusieurs médias en ligne, les jeunes ivoiriens n’ont pas tardé à monter au créneau pour dénoncer le projet de bouleversement de l’écosystème de Dahliafleur. Cette réserve naturelle partielle est en effet la cible d’un projet d’aménagement touristique important. Ce projet vise  à transformer cet espace abritant 15 espèces de mammifères, 69 espèces d’oiseaux et 91 hectares de forêt bien conservée jusque là, en un complexe hôtelier. “NON”, scande la jeunesse ivoirienne !

Un complexe hôtelier à Dahliafleur : quand l’information fait réagir 

C’est un article du média économique Sikafinance qui a attiré l’attention de la blogosphère sur ce projet qui mijotait pourtant depuis des années. Cet article d’une rare ampleur, est relayé par des milliers d’internautes et est l’objet de plusieurs captures d’écran qui atterrissent chez des influenceurs. Ces derniers ne tardent pas à donner leur point de vue : certains au vitriol, d’autres de façon plus modérée.

Avant de se lancer dans des initiatives, de nombreux activistes tentent de recouper l’information avant de réagir. C’est là que l’article de l’Agence Ivoirienne de Presse et l’article d’Abidjan.net, publiés trois semaines avant que la toile ne s’en saisisse, arrivent à leur heure de gloire pour écarter les doutes liés à la source de l’information. Il n’y a vraiment pas de fumée sans feu.

L’information est vérifiée : les autorités ivoiriennes ont bel et bien validé le projet d’aménagement touristique de cet espace naturel très prisé par les populations des lagunes. Des espèces naturelles de cette réserve devront commencer à plier bagages, pour laisser place à des chambres de touristes. Un écosystème sera bouleversé, le béton va encore prendre le dessus sur la végétation.

Face à cette situation, les premières réactions sur la toile explosent et prennent une ampleur sérieuse.

Opinion divisée : rattraper le retard de développement ou combattre le réchauffement climatique?

Selon l’angle de vue, ce projet climaticide ne draine pas les mêmes réactions. Edwin Anoma, leader de jeunesse, opte par exemple pour une analyse classique qui lie le développement du pays aux infrastructures économiques. Pour lui, les emplois qui seront créés, les opportunités économiques induites et le retard de développement du pays suffisent pour valider un tel projet. En s’exprimant par un post sur facebook, il ne manque pas d’ironiser sur la dimension de préservation du patrimoine naturel qu’opposent les autres internautes et influenceurs, en lâchant par la même occasion une expertise curieuse sur la place de la flore dans l’aménagement urbain.

Edwin n’est pas seul à penser ainsi mais à son opposé, une autre conscience s’exprime. Car pour de nombreux jeunes, rien ne peut justifier une énième atteinte à la forêt ivoirienne.

Les réactions de cette catégorie de jeunes laissent entrevoir la fin progressive d’une conception de l’idée de développement économique. Elles marquent également la rupture d’un silence citoyen qui a permis la destruction des nids de biodiversité du pays, au profit de certains aménagements, des trafiquants de bois et d’une politique à courte vue.

Une page semble finalement se tourner : celle de l’applaudissement des grands travaux d’aménagement particulièrement irrespectueux de l’environnement et de la biodiversité locale.

Ces projets qui jusque là étaient bien vendus par leurs promoteurs avec le prétexte des emplois créés, des opportunités économiques induites et du développement du pays, ne semblent plus passer, en témoignent les réactions des influenceurs. Ils sont nombreux à comprendre aujourd’hui que le développement qui consiste à anéantir le patrimoine naturel ne profite à personne, creuse les inégalités sociales et détruit l’avenir des générations futures. Il est important de cultiver l’écosystème urbain. Les arbres en ville apaisent l’atmosphère, diminuent la chaleur ambiante et traitent une bonne partie de la pollution.

La levée de bouclier des internautes a obligé le gouvernement ivoirien à clarifier la situation.

Par ce communiqué qui sème plus de flou que de clarté, le gouvernement donne plus de précisions sur le projet sans remettre en cause les inquiétudes des jeunes. L’objectif premier de ce communiqué est bien visible : calmer les ardeurs, rassurer. Les jeunes l’ont bien compris mais nombreux sont ceux qui ont décelé du greenwashing dans le communiqué. La vigilance est de mise, les autorités multiplient les sorties pour requalifier les faits : un bon signe et peut-être le coup de grâce à un projet qui n’a pas sa place dans le périmètre d’une réserve.

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Un bon signe pour l’écologie en Côte d’Ivoire

Dahliafleur est peut-être le marqueur d’une dynamique nouvelle au sein d’une jeunesse ivoirienne longtemps considérée comme insouciante, immature et amusante. La ruée impressionnante vers la pétition qui a réuni plus de 15 000 signatures en seulement deux jours en est une preuve : «Non à la destruction de 148 ha d’une forêt naturelle pour la construction d’un HÔTEL».

La question que pose un tel projet est la suivante : est-il concevable pour un pays qui est passé de 16 millions d’hectares de forêt en 1960 à moins de 2 millions d’hectares aujourd’hui, siège de nombreux scandales écologiques, de valider un tel projet ? Quelques jours seulement après la clôture de la COP15 qui s’est tenue du 9 au 20 mai dernier, cette nouvelle tombe mal, d’où la tournure de la situation. Cela confirme les critiques apportées à cette COP15 qui ressemblait plus à un événement de défilé de mode dans des salles climatisées, qu’à un événement de lutte contre la désertification.  L’organisation de cette conférence qui fut l’occasion de rappeler pour la énième fois, l’importance de préserver les terres contre toutes les formes de dégradation, n’a semble t-il rien changé à l’orientation climaticide du processus de développement que poursuit le pays depuis quelques années. Seulement quatre jours après la clôture de cette COP15, un grand chantier est lancé pour raser des parties de la réserve naturelle partielle de DahliaFleur, étendue sur une superficie de 148 hectares et créée en 2004 pour, entre autres, conserver sa diversité biologique.

https://twitter.com/BenedicteDOSSO/status/1529757270137090048?s=20&t=rq_Pr70IT_6bxybW-M93UQ

C’est un projet à suivre. Si la pression de la jeunesse ivoirienne a réussi à endiguer l’un des plus gros projets de centrale à charbon d’Afrique de l’Ouest, il faut être sûr que l’énergie à déployer contre ce projet à DahliaFleur ne manquera pas. En continuant ainsi, la Côte d’Ivoire pourrait d’ici quelques années, par sa jeunesse, se positionner comme un important hub de la conscience écologique en Afrique de l’Ouest.

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Yves-Landry Kouamé